Le pays tombe en déliquescence… et toujours point de gouvernement

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Par Élie FAYAD | 27/04/2011

La situation

Un monde arabe à nos portes en proie aux débordements de toutes sortes, des indicateurs économiques qui virent au rouge l’un après l’autre, des prix de combustibles qui s’envolent, un chaudron social en état d’ébullition, un tourisme morose, des prisons en mutinerie quasi permanente, une culture de l’illégalité gagnant les esprits comme les terres, une administration plus exsangue que jamais et, last but not least, un ministre sortant des Affaires étrangères qui gère la diplomatie libanaise comme on gère un héritage familial : le Liban vit des moments très difficiles, mais cela n’est, semble-t-il, toujours pas suffisant pour que le sentiment d’urgence prévale chez nos faiseurs de gouvernement.

Un constat s’impose : si, depuis que le 14 Mars a annoncé sa décision d’entrer en opposition, le canevas gouvernemental s’est révélé si compliqué à composer, c’est que le fil qui unit entre eux les autres protagonistes est tout sauf solide.

De fait, pas un jour ne passe sans que l’on ait l’impression que ce fil est sur le point de craquer, que les composantes du 8 Mars sont à la veille de se crêper le chignon – ce qu’elles font déjà, mais à fleurets mouchetés – et que le 8 Mars d’un côté et les « centristes » de l’autre sont à deux doigts d’un conflit planétaire entre eux.

Qu’elle est belle, la nouvelle majorité ! Elle l’est d’ailleurs à un point tel qu’on se demande si le gouvernement, à supposer qu’il soit formé de sitôt, ne serait pas à son image actuelle, c’est-à-dire un ensemble informe dont les éléments se guettent les uns les autres, s’observent en chiens de faïence, se chicanent les privilèges et les prérogatives, se renvoient la balle et les pointes acérées. Auquel cas point n’est besoin d’un gouvernement, si ce n’est que pour perpétuer le dépérissement de l’État, des institutions et de la vie publique au Liban.

Dans tout cela, il s’en trouve d’aucuns qui ne perdent pas le nord (ou plutôt, en l’occurrence, l’est). Prompt à défendre en tout temps la cause du régime syrien, le président de la Chambre, Nabih Berry, a mis une pointe d’honneur hier à dédouaner ce dernier de l’impasse gouvernementale libanaise. « Le retard pris pour former le cabinet est un complot contre la Syrie », a-t-il lancé. Qui donc, au sein de la nouvelle majorité, comploterait-il contre celle par qui le basculement de majorité a été rendu possible ? Est-ce Michel Sleiman, Nagib Mikati ou le général Michel Aoun et ceux qui, jusqu’ici, continuent, vaille que vaille, de le soutenir ?

La question mérite d’être posée d’autant que la sortie de M. Berry est intervenue après une entrevue, quelques heures auparavant, avec le Premier ministre désigné, lequel lui a fait savoir, primo, qu’il ne comptait pas se récuser et, secundo, qu’il ne saurait être question de livrer le ministère de l’Intérieur au général Aoun.

Comme il fallait s’y attendre, ce dernier a réagi en tirant à boulets rouges sur le tandem Sleiman-Mikati, le premier se voyant invité à ne pas confondre la Constitution avec une « serpillière » et le second à ne pas rejeter la faute sur les autres quand c’est lui qui temporise, les yeux rivés sur les événements de Syrie.

Mais ils sont nombreux ici à suivre avec anxiété l’évolution de la situation de l’autre côté de la frontière. L’un d’eux, Walid Joumblatt, se trouvait hier à Damas et l’on pense que les nouvelles fraîches qu’il apportera à son retour, aujourd’hui, serviraient d’indicateur pour ce qui est du sort du processus gouvernemental.

Au cas où cela intéresserait encore quelqu’un.

Source: L’Orient Le Jour