Un vendredi saint comme un fol espoir de sortie de crise

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23/04/2011

Célébré en même temps par les catholiques et les orthodoxes, le vendredi saint a été suivi au Liban, notamment à Bkerké par le patriarche Raï et le cardinal Sfeir , avec une piété particulière cette année par les fidèles, célébré dans l’espoir d’une sortie de crise, pendant qu’à Jérusalem, les chrétiens étaient appelés à prier pour la réconciliation.

La Résurrection a changé pour toujours le cours de l’histoire, a affirmé hier le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Boutros Raï, au cours de son message pascal. « La Résurrection de Jésus-Christ a ouvert une nouvelle page de l’histoire de l’humanité qui ne se refermera plus. Elle a changé le visage de l’homme et celui du monde », a dit le nouveau chef de l’Église maronite. Ce dernier, qui a également présidé un office liturgique dans la chapelle de la cour extérieure du siège patriarcal, a salué tous les fidèles de l’Église maronite au Liban et à l’étranger, ainsi que toutes les autres églises et les communautés musulmanes.
Les communautés catholiques et orthodoxes ont célébré cette année Pâques à la même date, en raison de la coïncidence de leurs calendriers, et c’est dans toutes les régions de présence chrétienne, de Tyr au Akkar, en passant par Zahlé, le Koura et naturellement Beyrouth, le Metn et le Kesrouan, que les émouvantes liturgies du vendredi saint ont retenti. En outre, tous les sermons ont reflété quelque chose de la situation locale et régionale, et des épreuves vécues par les populations de ces pays, des chrétiens en particulier.
Le patriarche n’a pas hésité à profiter de l’occasion pour demander, une fois de plus, que la crise politique trouve une issue rapide et qu’un nouveau gouvernement soit formé, après trois mois de vacances de l’exécutif.
C’est, a dit le patriarche en substance, le fruit de la résurrection sur le plan national, c’est la sortie de crise et la formation du gouvernement, l’assainissement de la situation économique et sociale, le relèvement du niveau de vie, le ralentissement du mouvement d’émigration des jeunes, davantage d’espoir dans l’avenir du Liban.
Partant de la Résurrection et du don de l’Esprit-Saint, seul capable de changer les cœurs, le patriarche a affirmé que « la réconciliation entre les personnes, les liens de fraternité, l’entente et l’engagement au dialogue » font partie des fruits attendus de la Résurrection, ainsi que la bienfaisance sous toutes ses formes : don, soulagement de la souffrance, réponse aux besoins, épanouissement de l’homme et de la société.
On rappelle que, dans une tentative de tourner la page de la guerre et de mettre un terme à la dégradation des relations personnelles entre les chefs politiques chrétiens, le patriarche vient de réunir quatre des ténors de la vie politique nationale : Amine Gemayel, Michel Aoun, Sleimane Frangié et Samir Geagea.
Le patriarche a également formulé ses vœux de paix pour la Terre sainte et « tous les pays arabes qui connaissent des troubles ».
En passant, il a cité les grands saints de l’Église maronite, tout en laissant entendre que de nouvelles béatifications et canonisations sont à attendre. Il en a cité trois : celle de Béchara Abou Mrad, un prêtre salvatorien de l’Église grecque-catholique, celle du grand patriarche Estephan Doueyhi et enfin celle de mère Marie-Alphonsine.

À Kaslik
Parallèlement à l’office de Bkerké, l’ordre maronite libanais a organisé à Kaslik l’office traditionnel du vendredi saint, auquel traditionnellement assistent le chef de l’État et son épouse. La cérémonie a également réuni un grand nombre de personnalités de tous horizons : le nonce apostolique, le commandant de l’armée, les présidents d’ordres professionnels, des députés et des ministres.
L’office a été notamment marqué par des lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament, que tour à tour ont lus les adversaires politiques du moment : Ziyad Baroud, Youssef Saadé, Georges Adwan, Élie Marouni et Gebran Bassil.
Dans un message qu’il a lu, le supérieur de l’OLP, le RP Tannous Nehmé, a rendu hommage au chef de l’État en des termes émouvants : « Je vois en vous la solidité du Libanais authentique, a-t-il dit, le chef prudent et vigilant qui s’assure que le navire libanais arrivera à bon port, malgré les tempêtes qui soufflent dans de nombreux pays. »
Le P. Nehmé a également parlé des bras en croix du Christ comme « un signe de l’ouverture » et a souhaité que « tous les Libanais s’ouvrent, sur cet exemple, les uns aux autres ». Il n’a pas manqué non plus d’évoquer les épreuves quotidiennes vécues par les Libanais. « Face à la fragilité de l’existence, a-t-il affirmé, Jésus nous apprend que la mort n’a pas le dernier mot (…). Comme Jésus, chacun de nous est, dans un coin de son âme et de son existence, injustement accusé et suspendu sur une croix. »

Matar et le Christ rassembleur
L’archevêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Matar, qui a officié en la cathédrale Saint-Georges des maronites, a axé son homélie du vendredi saint sur l’unité. Il a souligné que le Christ s’est incarné pour briser le mur de la haine qui existait entre les hommes, précisant que « la mission des chrétiens n’est autre que celle de leur chef, le Christ ».
« Il n’y a pas de distinction possible entre le Christ et les chrétiens, a-t-il dit. Les chrétiens, sans le Christ, ne sont plus chrétiens. Ils prolongent sur terre le Christ, qui est venu en ce monde pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. »

Source: L’Orient Le Jour