L’engagement de Wafa’ Sleiman se conjugue au féminin

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Par Carla Henoud | 21/04/2011

Wafa’ Sleiman, une Première dame très proche des gens.
Wafa’ Sleiman, une Première dame très proche des gens. –

Rencontre Presque trois ans qu’elle porte le lourd titre de « Première dame libanaise ». Wafa’ Sleiman s’est adaptée à ses nouvelles responsabilités tout en conservant une amabilité naturelle qui la maintient proche des gens.

C’est « chez elle », au palais de Baabda, que la Première dame reçoit, en toute simplicité. Dans l’aile privée, et un salon redécoré par ses soins, Wafa’ Sleiman s’y sent bien, depuis qu’elle y a déposé ses repères et ses habitudes. Pourtant, rien ne remplace, à ses yeux, le bonheur de sa maison de Amchit, son cher village, et celui de son époux, le président de la République libanaise. Souriante, la poignée de main chaleureuse, la Première dame met très vite son interlocuteur à l’aise. « Bienvenue », dit-elle. Une pause pour la photo souvenir plus tard, son photographe est toujours sur le qui-vive, l’entretien peut démarrer. « Je réponds à vos questions, anticipe-t-elle très aimablement, si elles ne sont ni politiques ni trop personnelles. » Nous voilà prévenus.

Croyante, elle avoue « rendre visite à de nombreux saints auprès desquels je trouve du réconfort ! ». Patiente, courageuse, quand, dans les moments difficiles que le pays a traversés, elle s’inquiétait pour son époux, alors commandant en chef de l’armée. À l’écoute des autres, Wafa’ Sleiman n’a pas changé, depuis l’accession de son époux à la première magistrature, en mai 2008. Exigeante, elle a toujours ce sentiment « de faire le quart de ce qu’elle aimerait entreprendre ». Les circonstances actuelles sont compliquées », confie-t-elle. Ses plus beaux souvenirs remontent à son enfance à Amchit, « nous sommes la génération privilégiée d’avant la guerre, nos souvenirs sont, pour la plupart, de bons souvenirs ». Ceux de longues journées au bord de l’eau, du temps passé en famille. « J’ai en mémoire l’image de ma mère, une femme très dévouée qui enseignait tout en nous élevant, mon frère, ma sœur et moi. C’est elle qui m’a donné envie de faire ce métier. »

Avec une licence en éducation et une autre en philosophie, Wafa’ Sleiman a passé de nombreuses années dans l’enseignement avant de prendre en charge d’importantes responsabilités au sein du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, de 1989 à 1998. Pour résumer les étapes importantes de sa vie, elle a choisi de s’arrêter sur cinq événements qui la définissent bien : « Le jour de notre mariage, le 23 décembre 1973 ; la naissance de mon premier enfant, Rita, en 1975 ; la naissance de mon premier petit-fils, il y a presque quatre ans ; le jour où mon époux a été nommé commandant en chef de l’armée et, bien sûr, le 25 mai 2008… »

Nouvelle étape
Beaucoup de bonheur et de grands changements depuis ce jour, dans un contexte délicat et un ajustement qui s’est fait en douceur. « J’ai un caractère qui sait s’adapter », précise-t-elle encore. Outre la lourde et discrète tâche de soutenir son époux, partager avec lui, autant que possible, les problèmes et l’aider dans les décisions qu’il prend, elle assume de nombreuses responsabilités personnelles dans le social, l’éducatif, le culturel. « Mon emploi de temps est très chargé, j’essaie d’être disponible à la famille et les vrais amis, mais il reste tant à faire. Je travaille sur la finalisation de plusieurs projets et surtout sur la Fondation que je vais lancer dans quelques mois. Elle couvrira de nombreux volets dont celui de la santé de la femme. »
Le mot est lancé, car l’engagement de la Première dame se concentre surtout autour du rôle, encore très restreint, de la femme dans la vie du pays. Poursuivant ainsi toutes les actions des militantes, femmes de l’art, avocates, qui l’ont précédée dans cette voie. « En présidant la Commission nationale de la femme libanaise, nous avons élaboré plusieurs plans d’action en vue d’améliorer sa condition dans les domaines juridiques, économiques, politiques et sociaux, ainsi qu’au niveau de ses droits fondamentaux, en accordant un intérêt particulier à la transmission de la nationalité à ses enfants. Nous avons également établi une stratégie qui s’insère dans celle, globale, de l’État, qui vise à réaliser l’égalité entre l’homme et la femme devant la loi, et à intégrer la femme dans tous les programmes de développement du pays. » Une campagne a été lancée le 8 mars 2011, dont l’objectif est l’amendement des lois à incidence économique comportant des dispositions discriminatoires à l’égard de la femme. Ces discriminations sont nombreuses : la loi sur la Sécurité sociale, la loi sur la taxe de revenu, celle relative au transfert de propriété… Et de poursuivre : « Nous assurons actuellement le suivi de la campagne nationale entamée il y a un an, sur le renforcement de la participation des femmes aux conseils représentatifs, qu’ils soient municipaux ou parlementaires. »
Alors, lorsqu’on lui demande quelles sont les femmes dans le monde, épouses de présidents ou reines, qui l’ont particulièrement impressionnée, elle répond : « J’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreuses Premières dames, au cours de mes voyages avec le président, et j’ai gardé pour certaines un souvenir particulier : l’épouse de l’émir du Qatar, cheikha Moza, pour son charisme et toutes les actions entreprises dans son pays dans les domaines de l’éducation, de la santé et la sauvegarde du patrimoine. Asma el-Assad, pour sa distinction et son implication dans des œuvres caritatives et humanitaires. La reine Rania de Jordanie qui se bat pour la paix et auprès de l’enfance en difficulté et, enfin, la reine Sophia d’Espagne. J’ai apprécié sa sérénité, sa simplicité et son humanisme. »
L’entretien tend à sa fin. Rendez-vous est pris en juin, « Inchallah » pour parler en détail de tous les projets à venir. « Je n’aime pas anticiper et décevoir. J’ai encore beaucoup de choses à dire ! »

Source: L’Orient Le Jour