L’intérêt supérieur des chrétiens du Liban au cœur de la rencontre de Bkerké

Non classé

Assises chrétiennes restreintes aujourd’hui à Bkerké

Il sera plus question d’équilibres et de changements géopolitiques que de réconciliation personnelle, entre Amine Gemayel, Michel Aoun, Sleimane Frangié et Samir Geagea, les quatre grands chefs politiques maronites qui se réunissent aujourd’hui à Bkerké, sur l’invitation du nouveau patriarche, Béchara Raï. Objectif : dégager des constantes qui supplanteront les inimitiés politiques qui traînent depuis la guerre.

Par Fady NOUN | 19/04/2011

La situation

Alors que le pays est sans gouvernement depuis quatre mois et que les forces de facto, dont le Hezbollah, en profitent pour imposer leur loi dans le bâtiment et le débit de boissons alcoolisées, les quatre grands leaders politiques chrétiens, Amine Gemayel, Michel Aoun, Sleimane Frangié et Samir Geagea, répondant à une invitation du nouveau patriarche maronite, Béchara Raï, se retrouveront aujourd’hui à Bkerké, pour réfléchir ensemble et dialoguer sur l’avenir du Liban et l’intérêt supérieur des chrétiens du Liban et de la région.

La rencontre sera la première entre le député de Zghorta, Sleimane Frangié, et le leader des Forces libanaises, Samir Geagea, depuis la sortie de prison de ce dernier (2005).

Les quatre leaders sont attendus à Bkerké à 9h30. Leur arrivée, selon des indications qu’il n’a pas été possible de confirmer, se fera loin des objectifs des caméras. Leur journée sera marquée par deux moments religieux – liés à la semaine sainte -, un temps de dialogue, un déjeuner et un communiqué final. À l’issue de la journée, les photographes seront autorisés à opérer.

À l’ordre du jour du sommet chrétien restreint figurent des sujets touchant de près à la situation des chrétiens du Liban. Il sera question, en particulier, du mouvement d’émigration, de la loi sur la naturalisation, des attributions du président de la République, de l’achat massif « politique » de biens-fonds par d’autres communautés ou forces politiques, de la présence effective et équilibrée des chrétiens au sein de l’administration et, last but not least, du ton avec lequel ces leaders s’interpellent, à travers les médias.

Dans le dialogue qu’ils entameront, les quatre hommes bénéficieront aussi des constantes que vient de dégager le « communiqué de Rome », une déclaration d’intentions élaborée par des représentants des divers courants et partis politiques libanais, et portant sur des constantes élémentaires de la vie politique. Mais pas suffisamment élémentaires pour qu’elles ne soient pas bafouées, de temps à autre, par les intéressés.

Ni armes ni tribunal

Par contre, il ne devrait pas être question, entre les quatre chefs politiques chrétiens, de sujets sur lesquels ils sont en désaccord, compte tenu de leurs alliances politiques. En particulier, il ne sera question ni du tribunal international ni des armes du Hezbollah, encore moins de la loi électorale, tous sujets propres à la conférence de dialogue national présidée par le chef de l’État, et qui est elle aussi paralysée.

Les Quatre abordent cette rencontre avec beaucoup d’ouverture, mais ils sont unanimes à ne pas vouloir placer de « faux espoirs » dans son succès immédiat.

Le ministre Boutros Harb, particulièrement proche du nouveau patriarche ces derniers temps, a affirmé hier qu’il s’agira d’un « pas avancé dans l’assainissement des rapports entre ces chefs, tout en affirmant » qu’il est impossible d’obtenir d’une seule rencontre le règlement de questions qui remontent à plusieurs décennies.

« Ce sera, a encore dit M. Harb, un premier pas vers un dialogue sur les constantes nationales, une façon de briser la glace et de rapprocher des hommes qui ne communiquent pas directement d’habitude. »

« Le patriarche Raï est conscient de la difficulté du passage de la dimension nationale au dialogue personnel, a enchaîné M. Harb, et le pas qui va être franchi ne devrait pas rester orphelin, car ses chances de succès sont étroitement liées à la possibilité qu’il se renouvelle. »

Le parlementaire a écarté la possibilité d’un échec, tant les sujets qui seront soulevés sont cruciaux et indépendants de toutes les options politiques particulières, et tellement le dépassement de certains tabous est souhaité par l’opinion publique.

Ambiguïtés

Cette ambiguïté entre le personnel et le politique sera quand même l’un des points marquants de la journée. Dans un talk-show télévisé, hier, Sleimane Frangié a relativisé l’importance des inimitiés personnelles, en comparaison avec les défis lancés aux chrétiens du Liban et de la région par les bouleversements qui se produisent en ce moment et la perspective d’un renforcement des courants salafistes dans certains pays, en particulier en Syrie.

« Ces considérations sont plus importantes qu’une poignée de main, a-t-il affirmé. Une réconciliation véritable doit être préparée, elle prendra du temps, et Samir Geagea devra notamment répondre en profondeur à certaines de nos questions. »

Le ton est nettement plus détendu, du côté des Forces libanaises, où l’on affirme que Samir Geagea se rendra à la rencontre dans un esprit d’ouverture totale et fera de tout pour son succès.

Dans les milieux du général Michel Aoun, on se méfiait hier du piège qui consisterait à prendre avantage de la rencontre de Bkerké à des fins de gloriole personnelle, ou au service des intérêts étroits d’une formation particulière. C’est dans ces milieux que l’idée d’une réunion loin des caméras aurait été le mieux accueillie.

Le bureau politique des Kataëb a salué la rencontre d’aujourd’hui, précisant que son chef Amine Gemayel a multiplié les contacts en prévision de la réunion d’aujourd’hui et plaçant son espoir dans un succès qui paverait la voie à un élargissement du cercle des participants.

Source: L’Orient Le Jour