Le pape à Raï : Le Liban a un rôle essentiel pour la paix au P-O

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Par Fady NOUN | 15/04/2011

« Parlez-moi encore du Liban », a dit le pape Benoît XVI au patriarche maronite, hier, au Vatican.

C’est devant une délégation représentative de tous les courants politiques et des différentes composantes libanaises que le pape Benoît XVI a reçu hier le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, au Vatican, mettant en évidence l’influence chrétienne au service d’une « paix durable » au Proche-Orient et la « mission immense » du Liban à cet égard.

C’est à un magnifique moment de désordre créateur que la salle Clémentine réservée aux audiences du pape a eu droit hier matin, au Vatican. Balayée l’interdiction de prendre des photos, balayée la capeline, balayée les entrées indépendantes réservées aux officiels. En un moment, soudain, toute la foule des quelque 300 Libanais qui attendaient l’ouverture de la porte menant aux appartements du pape s’est muée en délégation officielle.

Et le pape, semble-t-il, n’a pas dit « non ». « Parlez-moi encore du Liban », a-t-il dit au patriarche, qu’il recevait en tête à tête avant l’invasion sentimentale. L’enthousiasme des Libanais l’a dit sans paroles. Pour ceux qui n’étaient pas habitués au Vatican, pour les Nouhad Machnouk, les Waël Bou Faour, les Trad Hamadé, Ahmad Hariri ou Abbas Hachem qui se trouvaient là, cette « papolâtrie » a dû paraître bien étrange. Même les orthodoxes comme Atef Majdalani ont dû être surpris. Mais pour Sethrida Geagea, Gebran Bassil, Samy Gemayel ou Ibrahim Kanaan, pour l’impassible vieux routier Abdel Latif Zein représentant le président de la Chambre, pour Boutros Harb, délégué là par le chef de l’État, toute cette pagaille n’était que trop habituelle. Elle a dû même être légèrement embarrassante à leurs yeux, au regard des gardes suisses et des membres des services de sécurité qui surveillaient la foule.

Un peu d’ordre est ensuite revenu, dès l’entrée du patriarche Raï, mais surtout à l’arrivée de Benoît XVI. Nous sommes là pour « exprimer visiblement et communautairement la communion ecclésiale accordée », a dit le patriarche, s’adressant au pape, dans une allocution écrite dont tous les mots étaient soigneusement pesés.

Élu par ses pairs le 15 mars, le patriarche Raï s’était vu accorder une reconnaissance sous forme de lettre dans laquelle Benoît XVI exprimait « la communion ecclésiastique ».

« Alors que l’Église maronite prend un nouvel élan, a-t-il enchaîné, dans la continuité de ses constantes religieuses et nationales et de ses valeurs, elle reste appelée à de nouvelles tâches et confrontée à des défis qu’il lui reviendra de relever », a commenté Mgr Raï, faisant une allusion évidente à la crise politique qui paralyse le pays. Et qui empêche en ce moment la formation d’un nouveau gouvernement.

« Elle s’emploiera à promouvoir la réflexion commune et à formuler des recommandations et des plans d’action spécifiques, dans le sens de sa mission (…). Elle le fera de concert avec les pouvoirs publics (…) dans un esprit d’entente et de convivialité. »

Conscient de la dimension désormais globale du destin des chrétiens du Moyen-Orient, le patriarche a ajouté : « (…) C’est en existant pleinement dans la dignité et la liberté que les communautés chrétiennes du Liban et du Moyen-Orient pourront coexister avec les autres communautés et familles spirituelles constitutives du tissu national, dans la convivialité, la solidarité et la complémentarité ; et animer un dialogue interreligieux et interculturel au service de la justice, de la liberté et de la paix. »

« C’est dans ce sens que j’ai souhaité placer mon ministère patriarcal ; avec votre bénédiction apostolique ; sous la devise : communion et amour. »

« Voici, Très Saint-Père quelques traits de notre ministère apostolique et pastoral. Autant de tâches et de missions exaltantes, que l’Église catholique universelle, forte de la présence continue du Seigneur et de l’action de son Esprit , cherchera à assumer, en totale union et communion avec l’Église catholique universelle. »

Un grand moment de communion

Dans sa réponse à cet acte d’obéissance filial, Benoît XVI a salué les fidèles présents « venus entourer votre patriarche pour ce grand moment de communion fraternelle et d’indéfectible unité de l’Église maronite avec l’Église de Rome ».

Mais le message du pape a surtout souligné l’influence chrétienne pour une « paix durable » au Moyen-Orient. Benoît XVI a jugé en effet que le message des chrétiens au Moyen-Orient est essentiel pour contribuer à une « paix durable », en saluant la « mission immense » du Liban.

Le pape a rappelé les deux millénaires de présence et d’influence du christianisme dans la région où Jésus est né : le Moyen-Orient est une « région du monde que les patriarches, les prophètes, les apôtres et le Christ lui-même ont bénie par leur présence et par leur prédication » et qui aspire à une « paix durable », a-t-il dit.

« Parce que vous êtes au cœur du Moyen-Orient », a aussi soutenu le pape devant la délégation, « vous avez une mission immense auprès des hommes, auxquels l’Amour du Christ presse d’annoncer la Bonne Nouvelle du Salut ».

Conférence de presse

Dans l’après-midi, le patriarche a accueilli au Collège maronite les représentants des médias libanais qui couvrent sa visite. Il a confirmé qu’il recevra, mardi prochain, à Bkerké, les quatre figures les plus représentatives de la communauté maronite : Amine Gemayel, Michel Aoun, Sleimane Frangié et Samir Geagea. Ce sera, a-t-il dit, une forme de retraite spirituelle, accompagnée d’un rite de repentance particulier à la semaine sainte. Il n’en dit pas plus, mais l’on devine que ce seront les constantes libanaises qui en constitueront la substance. Le sommet maronite restreint sera suivi, le 12 mai, d’un sommet interreligieux.

Par ailleurs, le patriarche Raï a affirmé que le Liban doit dépasser le clivage actuel entre 8 et 14 Mars. Il a affirmé qu’une bonne partie de la « majorité silencieuse » ne se situe dans aucun des deux camps, et que cette majorité avait le droit, aussi, de s’exprimer et d’être représentée. Il a donc plaidé pour des prises de position politiques indépendantes des allégeances à des personnes.

En ce qui concerne les armes du Hezbollah, le patriarche Raï n’a pas voulu se prononcer, mais il a affirmé que c’est l’affaire des pouvoirs publics d’en débattre, dans le cadre d’une stratégie de défense nationale acceptée par tous.

Source: L’Orient Le Jour