Avec Raï, arrivé hier à Rome, l’Église maronite vit son dimanche des Rameaux

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Par Fady NOUN | 12/04/2011

Le patriarche à son arrivée au Vatican, accompagné du ministre Boutros Harb représentant le président de la République.

Pour le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, arrivé hier à Rome, la Ville éternelle est une seconde patrie. C’est là que, au sein de l’ordre mariamite, auquel il appartient, il a reçu sa formation cléricale. Il y a passé plus de temps que dans son Hemlaya natal, qu’il a quitté à l’âge de douze ans. Ses rues, ses bâtiments, ses églises sont pour lui remplis de souvenirs ineffaçables. Son arrivée hier a été marquée par ce parfum de retour au pays, encore qu’il y retourne investi de ses charges de patriarche dont, sans doute dans l’euphorie des premiers temps, il ne mesure pas encore tout à fait le poids.

À ce stade, il est encore lui-même et se prête familièrement à son nouveau rôle : proche, familier, pasteur d’âme, toujours concerné par les aspects parfois futiles de la vie ecclésiale et les querelles de clocher courantes dans les villages. C’est ainsi qu’entré dans l’avion, après avoir été accompagné à l’aéroport par Ziyad Baroud, il tient à saluer les passagers, à échanger quelques mots avec certains d’entre eux, qu’il connaît bien; il fera même une apparition dans la cabine de pilotage durant le vol. Entre deux séances de photos, il accordera aussi des bribes de confidences et de déclarations aux hommes politiques et journalistes qui sont du voyage.
Le patriarche est notamment accompagné à Rome par un représentant du chef de l’État, le ministre Boutros Harb, ainsi que par une délégation de quatorze évêques. À bord, se trouvaient également le ministre des Affaires sociales, Sélim Sayegh, le président de la Fondation maronite dans le monde, Michel Eddé, accompagné de son épouse, les députés Abbas Hachem et Hadi Hobeiche, l’homme d’affaires Sarkis Sarkis, de la Fondation maronite, et des proches parents du patriarche. Tout ce monde circulait ferme dans l’avion, durant le vol, qui par moments ressemblait fort à un pique-nique. Un beau désordre créateur de souvenirs et de liens. Un surcroît de personnalités est attendu dans les prochains jours.
Au centre de la visite patriarcale figure une rencontre, jeudi, avec le pape Benoît XVI, des visites aux divers conseils du Vatican ainsi qu’une prise en charge pastorale de ses fonctions auprès des institutions maronites dans la Ville éternelle.
La rencontre avec le pape complète la lettre de communion que ce dernier lui a adressée, après son élection, et qui a été lue durant la cérémonie d’installation. Vendredi, ce signe de communion se traduira par la célébration d’une messe sur l’autel du Saint-Esprit, dans la grande basilique Saint-Pierre.
Au premier jour de sa visite, hier, le patriarche s’est rendu au siège de l’ordre mariamite à Rome, place San Pietro in Vincoli, à deux pas de l’église où est exposé le célèbre Moïse de Michel-Ange. La joie est dans l’air. Les cloches sonnent à l’arrivée du patriarche. C’est dans les murs familiers de la petite chapelle du couvent qu’il a pénétré d’abord, accueilli sur place par le P. Semaan Bou Abdo, supérieur de l’ordre mariamite, le cardinal Leonardo Sandri, président du Conseil pontifical pour les Églises orientales, et une nuée de prêtres et séminaristes. La cérémonie est marquée par des chants liturgiques et des allocutions de remerciements. Un déjeuner suit. À l’heure où le monde entier regarde vers un Orient en ébullition, la cérémonie incarne un moment de tradition et de stabilité aux yeux du maire de Rome, Gianni Allemano, présent au déjeuner, et qui parle de la construction d’une « Méditerranée de paix ». Les mots de remerciements du patriarche sont chargés de promesses que quelque chose vous pousse à croire possibles. Mgr Raï rappelle souvent qu’en Jean-Paul II, qui sera béatifié le 1er mai, le Liban a un ami et un puissant intercesseur.
Le mot du cardinal Sandri fera, lui, sourire les convives : « Jean-Paul II a dit que le Liban est plus qu’un pays, un message. Pour ma part, j’ajouterai que le Liban est une passion. Pour être très près des Libanais, il faut être passionné. Autrement, vous ne pouvez pas apprécier la sympathie, la grandeur, l’ouverture d’esprit et l’amour de l’Église et du pape qu’ont les Libanais. »
Le cardinal Sandri conclut par des souhaits chaleureux pour « le nouveau voyage commencé par l’Église maronite ». Et certes, à bien des égards, le patriarcat de Béchara Raï s’annonce novateur, sinon sur le fond, du moins sur la forme. Le nouveau patriarche prend en charge une Église aux dimensions du monde, dont les fidèles sont plus nombreux à l’étranger qu’au Liban ; il prend en charge un peuple de fidèles affaibli par ses querelles politiques et les guerres qu’il a dû livrer. Saura-t-il dégager l’Église maronite de ses enlisements pastoraux et politiques ? Une chose est sûre : où qu’il se rende, le patriarche continue de recevoir l’accueil réservé à un chef exceptionnel. Avec son élection, l’Église maronite vit son dimanche des Rameaux. Mais on sait qu’après les Rameaux vient la semaine sainte et que certains de ceux qui ont applaudi à l’entrée de Jésus à Jérusalem se sont finalement retournés contre lui. Laissera-t-on ce rassembleur faire son travail ?

Source: L’Orient Le Jour