Bkerké, rendez-vous incontournable 
 de l’histoire du Liban

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25/03/2011 – Salim F. DAHDAH

En dehors des déclarations hargneuses et rancunières de ces derniers jours, de certains représentants fraîchement débarqués dans l’hémicycle parlementaire, il n’y a pas eu de fausses notes après l’élection du nouveau patriarche, car personne n’a pu et ne pourra porter atteinte à l’image du patriarcat maronite et de ses locataires. Ces derniers appartiennent en effet à l’histoire de ce pays ; ils représentent pour leur peuple une continuité spirituelle et temporelle et non un facteur de rupture quelquefois souhaité par ceux dont les intérêts personnels primaient l’intérêt collectif de la communauté et de la nation. Toujours présents au sein de la cité, les patriarches ont agi comme des pères pour tous, des rassembleurs sages, équitables et détachés, faisant fi des blessures profondes et des « coups » que certains de leurs enfants immatures leur ont infligés. Il faut espérer que le Saint-Esprit qui a inspiré le collège des évêques dans l’élection du nouveau patriarche inspirera aussi les fils « grognons et mécontents » de cette communauté, afin qu’ils saisissent la portée philosophique et humaine de ce corps essentiel du tissu social de ce pays. Socle inébranlable de l’édifice démocratique qui soutient notre entité nationale et notre pérennité, le patriarcat maronite a toujours été un facteur d’équilibre, de stabilité et de solidarité au sein de la grande famille chrétienne et un fervent partisan de la cohabitation islamo-chrétienne. Il a, grâce à son sens des valeurs, son ouverture à toutes les civilisations et les cultures, sa défense du droit à la différence et son respect des autres sensibilités religieuses, et de leurs spécificités propres, celé à jamais le destin du pays du Cèdre pour qu’il reste une terre-message d’amour, de tolérance et de cohabitation sereine entre les religions. C’est en perpétuant ces traditions qu’il a épousé et marqué l’histoire du Liban et celle des Églises d’Orient. Il s’inscrit inévitablement et irrémédiablement dans la mémoire de cette grande région du monde, celle d’un Orient véritable berceau des religions monothéistes. 
Merci donc à Sa Béatitude le patriarche Mar Nasrallah Boutros Sfeir, qui a su rester tout au long de son parcours et jusqu’à sa sortie remarquablement humble et combien grand aussi. Merci pour tout ce qu’il a donné au Liban et aux Libanais, toutes confessions confondues, merci d’être resté immuable et au-dessus de la mêlée, face à toutes les difficultés, les pressions et les traîtrises qui ont accompagné son patriarcat.
Une page de l’histoire des maronites riche en événements se referme aujourd’hui après son départ et un nouveau chapitre de cette histoire s’ouvre sous le titre : « Mar Béchara Boutros Raï, soixante-dix-septième patriarche maronite d’Antioche et des autres Églises d’Orient ».

Personnalité charismatique et homme à poigne, institutionnel aguerri et attentif aux problèmes de chacune et de chacun, toujours prêt à s’investir pour aider ceux qui le sollicitent, esprit libre et indépendant, défenseur des causes difficiles, homme de communication talentueux, créatif et courageux, S. B. le patriarche, Mar Béchara Boutros Raï arrive à point nommé pour prendre en charge des responsabilités pastorales et nationales, lourdes, ingrates et profondément perturbées, sur le front interne, par trente-trois années de guerre, de tutelle, de déstabilisation et d’insécurité politique, économique et sociale, et enfin d’émigration massive, et sur le front externe, d’incertitudes régionales très prononcées quant à l’avenir du monde arabe, sa géographie, son économie, ses régimes politiques, ses composantes religieuses et le statut des relations Orient-Occident qui va découler de tous ses changements en voie de réalisation et de la montée de l’islam dans le monde. 
Nous serons mal venus de prétendre savoir comment le nouveau patriarche devra gérer cet exceptionnel patrimoine historique, religieux et humain que lui ont légués ses prédécesseurs, et comment il va pouvoir continuer à être un témoin vigilant et courageux face aux traquenards de l’histoire et en parfaite harmonie avec un environnement socioculturel en constante mutation. Conscient et sensible à une plus grande collaboration entre les structures de la communauté et la société civile, il encouragera certainement une interactivité entre elles, son expérience passée le prouve et le confirme. C’est pourquoi, il serait souhaitable que toutes les âmes de bonne volonté se mobilisent avec lui et à ses côtés pour participer à la préparation d’un plan de redressement et de renaissance structurelle, religieuse, culturelle, sociale et économique, seuls garants de la réhabilitation des institutions de la communauté, de leur survie, de leur pérennité et de leur pouvoir à répondre aux besoins de chacun, dans tous domaines, sous le toit d’un État libanais qui redeviendrait la référence exclusive et fondamentale de tous les citoyens de la République.

Salim F. DAHDAH

Source: L’Orient Le Jour