Le patrimoine, facteur d’identité et créateur de lien social

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18/03/2011

Le Pr Garnier en conférence. Photo Michel Sayegh

Le Pr Garnier en conférence. Photo Michel Sayegh

Conférence Magistrale intervention du Pr Florent Garnier, hier à l’USJ, sur l’évolution de la notion de patrimoine et le caractère irremplaçable de ce facteur d’identité, de mémoire et de lien social.

L’histoire du patrimoine culturel et le passage « des monuments historiques au patrimoine immatériel » ont fait l’objet, hier soir, d’un magistral exposé du Pr Florent Garnier, vice-doyen la faculté de droit et des sciences politiques de l’Université d’Auvergne Clermont I et directeur de son école doctorale, à l’amphithéâtre Gulbenkian, campus des sciences sociales, en présence notamment du Pr René Chamussy, recteur, du doyen de la faculté de droit et des sciences politiques, le Pr Fayez Hage Chahine, du Pr Georges Khadige, directeur du Cedroma, et d’un public attentif et nombreux.

La conférence du Pr Garnier a mis en lumière le fait que « le patrimoine culturel est devenu une source d’enjeux divers en tant que facteur d’identité, créateur de lien social et moteur du développement économique ».

« Une prise de conscience s’est développée, de nos jours, autour du patrimoine culturel immatériel », a expliqué le Pr Garnier. Ne se limitant plus aux témoignages monumentaux du passé, ou aux sites naturels, on envisage désormais « la nécessité de protéger et de préserver les créations qui sont l’œuvre d’une communauté en ce qu’elles sont l’expression de son identité culturelle ».

C’est ainsi qu’en 2010, on a inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité le « repas gastronomique des Français ». Il a été présenté comme jouant un rôle social actif et transmis de génération en génération comme partie intégrante de l’identité de la communauté.

Au regard de cette évolution, il faut admettre que notre propre prise de conscience patrimoniale, au Liban, est encore bien élémentaire. De la destruction de monuments et bijoux architecturaux à celui de quartiers à cachet traditionnel entiers, du saccage des vestiges archéologiques à celui des paysages qui faisaient la fierté de certaines régions, c’est toute une mémoire collective, toute une identité culturelle qui se perdent.

Du privé au public

Fascinant parcours historique que celui du concept de patrimoine. La notion date de l’Antiquité romaine. Elle va évoluer en s’élargissant, passant du domaine juridique privé au domaine public, dans des dimensions historiques et esthétiques, explique le conférencier.

La Révolution française et le XIXe siècle constituent des périodes particulièrement riches dans l’histoire du patrimoine, poursuit-il. L’apparition d’un « patrimoine culturel national » pose d’abord un grand dilemme à la Révolution de 1789. Faut-il conserver pour instruire ou détruire pour régénérer ? Des décrets portant démolition des châteaux forts sont pris, aussi bien pour effacer tous les symboles de la féodalité que pour fournir du matériau de construction et de pavage. On envisage de détruire la cathédrale d’Amiens pour en utiliser les pierres. Fort heureusement, la municipalité s’y oppose et l’on reconnaît finalement sa valeur artistique. On songe irrésistiblement, dans ce domaine, à la destruction des bouddhas géants en Afghanistan, et l’on en reste édifié sur l’identité des âges par lesquels passent les diverses mentalités et cultures du monde.

La réaction contre le vandalisme révolutionnaire amène la société française, puis l’Europe, à une nouvelle réflexion sur le patrimoine. « C’est de cette époque, explique le conférencier, que l’État se voit assigner un rôle patrimonial, en tant que garant de la fonction pédagogique et démocratique des biens culturels jugés dignes d’être transmis. »

Conserver pour transmettre

Aujourd’hui, ces notions ont, semble-t-il, atteint une nouvelle maturité. Un code de l’environnement, un code de l’urbanisme témoignent du souci de préserver le patrimoine aussi bien naturel que culturel. En 1965, l’idée de création d’une « Fondation du patrimoine mondial » est proposée pour protéger « les lieux et paysages » ainsi que les sites historiques. Elle se concrétise avec la convention adoptée par la Conférence générale de l’Unesco en 1972. Elle vise au renforcement de l’action des États pour la sauvegarde et la mise en valeur des richesses culturelles les plus importantes. Cette convention a pour objet « de sélectionner au sein des nombreux monuments et sites culturels ou naturels nationaux des biens de valeur universelle, ce qui rend l’État signataire comptable devant la communauté internationale et inversement ».

« La notion de patrimoine culturel est aujourd’hui plurielle et évolutive, voire par certains aspects complexe, conclut le conférencier. En ce début de troisième millénaire, le patrimoine est compris comme un ensemble de biens, de modes de vie, de réalisations, de lieux, d’activités qui apportent une identité reconnue à un espace ou un groupement humain, auquel il permet de se repérer dans son histoire et sur sa planète, en les conservant comme une richesse indispensable aux générations futures. »

Il importe de souligner que la visite du Pr Garnier au Liban – et à la faculté de droit de l’USJ en particulier – n’est pas la première et qu’elle intervient à la suite de la signature d’une convention de coopération entre la faculté de droit et des sciences politiques de l’Université d’Auvergne Clermont I et celle de l’USJ.

F. N.

Source: L’Orient Le Jour