À Paris, Ziad Kreidy joue le printemps de Chopin

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14/03/2011

Ziad Kreidy, jeune et talentueux  pianiste, interprète et compositeur.

Ziad Kreidy, jeune et talentueux pianiste, interprète et compositeur.

Cette année encore, le vent du « Printemps des poètes » souffle à travers la France tout le long du mois de mars 2011. Pour cette 13e édition dont la marraine est l’actrice Juliette Binoche, des dizaines de manifestations sont prévues : colloques, concerts, lectures se succèdent, et le Liban, toujours à la pointe artistiquement et culturellement, n’est pas en reste. Trois évènements de ce prestigieux festival impliquent des intervenants libanais : le premier événement se situe à la Maison de la poésie de Montpellier où une dizaine de poètes de tous pays, dont la Libanaise Rita Baddoura, ont lancé une « harangue poétique ». Le deuxième événement se présente sous la forme du « Concours Andrée Chédid du poème chanté ». Cette compétition donne à de jeunes artistes la chance de pouvoir se faire entendre, tout en rendant hommage à notre immense poète récemment disparue et intimement liée par goût personnel et par filiation au monde de la chanson.

Le troisième évènement est un concert-lecture organisé à Paris par l’Atelier du verbe . Cette association a mis en place une série de manifestations dédiées à la poésie, au théâtre et à la musique, et là aussi, le Liban peut s’enorgueillir d’y être représenté par Ziad Kreidy, jeune et talentueux pianiste vivant en France et qui, en plus d’être un excellent interprète, est compositeur et musicologue. Le récital est intitulé « Naissance des préludes de Chopin à Majorque » et s’articule autour du séjour de Frédéric Chopin et de George Sand dans cette île, en 1839, à un moment très intense de leur liaison passionnée. Ce cheminement, qui commence par un bonheur total dans un lieu enchanteur et qui soudain bascule dans l’angoisse extrême de la maladie de Chopin, débouche sur l’une des plus belles musiques qui soient, et cette période trouble est d’une très grande fécondité créatrice, musicale pour l’un et littéraire pour l’autre.

Le concert se déroule sur un « pianino », nom que l’on donnait à l’époque de Chopin aux pianos droits, que celui-ci chérissait tout particulièrement, contrairement à Liszt qui, lui, préférait les grands pianos très sonores. Le célèbre facteur de pianos Camille Pleyel avait d’ailleurs fait livrer à Chopin, pendant ce séjour à Majorque, un pianino tout à fait identique à celui sur lequel joue Ziad Kreidy. Chopin y composera les célèbres vingt-quatre préludes de l’opus 28 qui sont au programme de cette soirée musicale et littéraire, inédite et originale.

Alors que les instrumentistes à cordes, et notamment ceux qu’on appelle « les baroqueux », sont férus d’instruments anciens, rares sont les pianistes qui s’intéressent aux pianos anciens. Ziad Kreidy est de ces derniers. Il étudie ces instruments historiques depuis plusieurs années et s’apprête à publier un ouvrage intitulé Les Avatars du piano qui les défend.

Le récital est une conversation à trois voix. Sur la scène éclairée aux chandelles, se tiennent le pianiste et les deux récitants : Claire Prévost, comédienne et metteuse en scène dit, avec grâce et naturel, les textes de George Sand. Philippe Jolly, ancien professeur de philosophie, facteur et restaurateur de pianoforte, enchaîne en lisant les lettres écrites par Chopin à son éditeur. Les textes alternent avec les interventions du piano. De prime abord, l’auditeur est un peu dérouté par le son feutré, un peu court et très intimiste du pianino, mais très vite, il se laisse irrésistiblement entraîner par le romantisme échevelé de cette musique qui est tantôt mélancolique, tantôt suave, parfois brutale et qui, par sa beauté et sa tristesse, « vous charme l’oreille et vous navre le cœur », aux dires de George Sand. Celle-ci a en effet très vite réalisé, ses lettres le montrent, qu’elle était en train d’assister à la naissance d’un chef-d’œuvre. Tout a été dit sur ce cycle des 24 préludes de Chopin, mais l’on a toujours l’impression de les découvrir pour la première fois, tant cette œuvre est intemporelle et immortelle. Mais, soudain, au milieu de ce déferlement de sentiments tourmentés et exacerbés, on entend quelques notes lumineuses, claires, pures et simples : Ziad Kreidy a choisi de mettre au programme le Prélude n° 22 du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach. C’est en effet en hommage au cantor que Chopin a composé ce cycle des 24 préludes.

L’interprétation de Ziad Kreidy est subtile et inspirée. Parfois tendre, parfois énergique, mais toujours empreinte d’une grande sensibilité et associée à une technique pianistique très sûre. Il est toujours revigorant de constater que les artistes libanais établis à l’étranger, notamment les musiciens, font preuve d’une créativité et d’une originalité extraordinaires, et s’inscrivent dans les mouvements de l’actualité culturelle parisienne et internationale.

Zeina Saleh KAYALI

Source: L’Orient Le Jour