Et maintenant ?

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Impression – Fifi Abou Dib, 27/01/2011

L’année n’a pas commencé que nous sommes déjà dans une ère nouvelle. C’est ça le Liban. Inutile de déguiser ce changement en vent de liberté ou de révolte. Seul compte ici le bras de fer entre deux pôles, deux sensibilités, deux cultures. Deux seulement, dans un pays pourtant connu pour sa diversité. Peut-on accuser le Hezbollah et ses affiliés d’avoir triché ? Les dés n’étaient pas pipés, c’est la règle du jeu qui était perverse. Un cabinet d’union nationale est en démocratie une solution d’urgence et non un mode de gouvernance à plein temps. Que les opposants s’en retirent, que le frêle édifice payé à prix d’or à Doha s’effondre n’était que trop prévisible, même si les événements se sont précipités, même si personne n’a vraiment vu venir.

Pas de révolution donc, pas le temps de dire ouf ! que la chose était ficelée, et faut-il dire joliment empaquetée. Pour évincer Hariri, le Hezbollah a magistralement avancé ses pions, tâtant l’eau avec prudence, soufflant ici ou là quelques avertissements bien sentis, manipulant l’opinion avec la finesse d’un marchand de bazar, pour enfin faire accepter sans trop de remous un Mikati au profil presque identique à celui du Premier ministre sortant. Le deuil en moins. Et c’est là un point qui mérite d’être retenu. Car le nouveau chef du gouvernement, dans son discours d’investiture, nous a promis rien moins que du bonheur. Oublions la tristesse, a-t-il souligné, nous invitant à la grande noce du déni, au festival du refoulement.

À l’avoir vu plus souvent qu’à notre tour, une fois de plus nous attendions le loup. Nous n’avons trouvé que la grand-mère. Il n’y a pas eu de 7 mai. Juste quelques pneus brûlés et un SNG détruit. Al-Jazira s’en remettra, bien que ça commence à bien faire, cette manie de la rue de s’en prendre systématiquement à la presse dès qu’elle est en colère.

Et maintenant quoi ? Maintenant vivre. Que les idéalistes nous pardonnent, nous avons des études à terminer, des emplois à préserver, des salaires à assurer. Nous avons un pays à panser qui, à peine relevé d’une secousse, mord à nouveau la poussière. Pour quoi, pour qui ? Les gouvernements passent, le peuple demeure. Cette pérennité oblige. Ne craignons pas pour nos libertés tant que nous en serons les gardiens. Ne craignons pas pour nos valeurs tant que nous en serons les garants. Ne craignons pas pour la justice, la vérité n’a besoin de personne pour prévaloir. Ne craignons pas pour notre dignité : ne craignons pas, c’est tout.

Source: L’Orient Le Jour