Liban : « Une crise qui prend une importance disproportionnée »

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LEMONDE.FR | 13.01.11 | 17h45  •  Mis à jour le 13.01.11 | 18h03

Au lendemain de la chute de son gouvernement, le Liban se retrouve à nouveau plongé dans un chaos politique, jeudi 13 janvier, alors que le premier ministre, Saad Hariri, doit rencontrer Nicolas Sarkozy dans la journée. Prudente, la presse internationale ne peut cacher son pessimisme quant à l’issue de cette crise, l’espoir de trouver rapidement un compromis étant quasi inexistant tant la situation est complexe.

Nicolas Sarkozy va donc être le premier acteur international à entrer dans les discussions entre le bloc du 14-Mars (composé des sunnites du parti de M. Hariri et de plusieurs partis chrétiens) et celui du 8-Mars (auquel appartiennent dix des onze ministres démissionnaires) après l’échec de la Syrie et de l’Arabie saoudite pour apaiser les tensions autour du Tribunal spécial pour le Liban (TSL).

« La diplomatie française […] pourrait entrer de plain-pied sur ce terrain maintenant que Damas et Riyad ont eux-mêmes constaté leur échec », écrit Elie Masboungi de L’Orient-Le Jour. Selon le journaliste, pour qui « la France peut maintenant faire mieux et plus vite », Nicolas Sarkozy serait désormais prêt à « faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard ».

UNE « IMPORTANCE DISPROPORTIONNÉE »

La crise interne du Liban serait alors à nouveau exposée sur le théâtre international. « Comme souvent avec le Liban, les crises internes prennent une importance disproportionnée. Le Hezbollah est soutenu par l’Iran et la Syrie, tandis que les Etats-Unis, la France et l’Arabie saoudite soutiennent le gouvernement de M. Hariri », explique Nada Bakri, du New York Times.

D’ailleurs, selon le journal israélien Haaretz, « la démission collective du Hezbollah avait pour but de montrer à la Syrie les limites de son influence sur le mouvement et de lui dire que si elle voulait montrer à Washington qu’elle pouvait préserver la stabilité au Liban, le Hezbollah et l’Iran auraient le dernier mot « . Pour le journaliste Zvi Bar’el, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est celui qui détient les clés de la crise. « Peu enchanté de voir les relations entre la Syrie et Hariri se resserrer et craignant que cela ne ronge sa puissance, il veut maintenant remanier le gouvernement, avoir un nouveau premier ministre et briser la coalition », écrit-il.

De son côté, le président libanais, Michel Sleimane, a annoncé jeudi – après avoir chargé Saad Hariri de la gestion des affaires courantes – qu’il commencerait lundi les consultations avec les groupes parlementaires pour nommer un nouveau premier ministre. Mais Simon Salame, professeur de loi constitutionnelle libanais, rappelle au journal Now Lebanon qu’après les élections législatives de 2009, il avait fallu des mois pour qu’un accord soit trouvé sur un premier ministre.

UNE « NOUVELLE ESCALADE »

Les débats seront d’autant plus délicats que la coalition 14-Mars a rejeté tout compromis sur le TSL alors que, de son côté, le Hezbollah, qui accuse le TSL d’être « à la solde d’Israël et des Etats-Unis », fait pression sur Saad Hariri pour qu’il désavoue le tribunal.

Selon Sahar Atrache, analyste à Beyrouth pour l’International Crisis Group, cité dans le même article de Now Lebanon, cette action du Hezbollah est une réponse à la politique mené par Saad Hariri qui « essayait de gagner du temps » en attendant les conclusions du TSL. « Ces démissions sont une nouvelle manière de gérer cette impasse. C’est une nouvelle escalade. »

La différence, note la journaliste du New York Times, est que, « alors que l’administration de George W. Bush soutenait ardemment M. Hariri et ses alliés, M. Obama n’a pas promis un soutien aussi large ».

Source: LeMonde.fr