Le Liban, éternelle victime de ses divisions

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LEMONDE | 13.01.11 | 13h18

A l’intérieur des frontières du Liban, l’état de non-belligérance ne doit pas être pris pour autre chose que la continuation de la guerre civile par d’autres moyens. C’est l’une des leçons que l’on peut tirer de la démission de onze ministres, majoritairement proches du Hezbollah, mercredi 12 janvier. Une fois de plus, le Liban n’a plus de gouvernement.

La crise découle de la volonté du Hezbollah, parti chiite islamiste, de bloquer les travaux du Tribunal spécial pour le Liban qui doit juger les assassins de l’ancien premier ministre, Rafic Hariri, tué le 14 février 2005. Le Parti de Dieu redoute sa mise en cause dans un attentat qui remonte à l’époque où les proconsuls syriens, ses alliés, faisaient la loi à Beyrouth.

Le Hezbollah souhaitait que le premier ministre libanais, le propre fils de Rafic Hariri, Saad, prenne ses distances avec ce tribunal au nom de la stabilité du pays. Son chantage ayant échoué, le parti chiite claque la porte, entraînant avec lui ses alliés chrétiens.

Cette situation produit beaucoup de perdants : un premier ministre affaibli, y compris dans son propre camp, une opposition claquemurée dans son intransigeance, une médiation syro-saoudienne stérile… Seuls Israël, hostile à toute forme de coalition libanaise intégrant son ennemi juré qu’est le Hezbollah, et l’Iran, qui augmente sa capacité de nuisance à la veille de conversations sur le nucléaire avec les Occidentaux, peuvent s’en satisfaire.

Ces démissions vont priver le pays de gouvernement, peut-être pour longtemps. Celui-ci était né d’un accord laborieusement conclu en 2008 après un coup de force de la milice du Hezbollah dans les rues de Beyrouth.

Mais l’accord a vite montré ses limites. Ni l’élection d’un président, ni le renouvellement du Parlement, ni même la composition d’un gouvernement n’ont permis la remise en route d’institutions victimes des fractures profondes qui traversent le pays.

La démocratie « consensuelle » qui doit théoriquement régir le seul Etat de la région où les principales communautés religieuses se partagent constitutionnellement le pouvoir est depuis longtemps moribonde – sans que personne n’ose pour autant proposer le dynamitage d’un confessionnalisme qui a prouvé depuis longtemps sa nocivité. Cette faiblesse devenue consubstantielle a fait du Liban le jouet des influences extérieures et le théâtre régional de confrontations par procuration.

C’est aujourd’hui le cas entre les Etats-Unis (le Hezbollah a claqué la porte au moment où Saad Hariri était reçu à Washington par Barack Obama) et l’Iran, alors que la France se retrouve à soutenir le tribunal tout en s’accrochant, au nom de la stabilité libanaise, à un dialogue avec la Syrie qui ne veut pas entendre parler dudit tribunal. Le temps des milices est passé au Liban. Lui a succédé le règne d’une seule, celle du Parti de Dieu, ce qui fait que les affrontements fratricides d’hier ne sont peut-être plus à redouter. Mais l’incapacité des Libanais à transcender leurs clivages les condamne au triste statut d’otages des conflits du Proche-Orient.

Article paru dans l’édition du 14.01.11, LeMonde.fr