Les chrétiens du Liban se sentent menacés

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Par Sibylle RIZK. 03/01/2011 | Mise à jour : 22:42

Des Libanais allument des bougies à Beyrouth, le 2 novembre dernier, en hommage aux chrétiens irakiens victimes de l'attentat du 31 octobre dans une église catholique de Bagdad.

Des Libanais allument des bougies à Beyrouth, le 2 novembre dernier, en hommage aux chrétiens irakiens victimes de l'attentat du 31 octobre dans une église catholique de Bagdad.

Ils se considèrent en perte de vitesse sur le plan politique et économique au profit des deux principales communautés musulmanes, les sunnites et les chiites.

L’attentat dont ont été victimes les coptes d’Alexandrie résonne douloureusement au Liban, où la communauté chrétienne partage le sentiment d’être menacée à long terme, même si le danger n’y prend pas des formes violentes. La litanie des mauvaises nouvelles concernant leurs coreligionnaires d’Orient -l’exode des chrétiens d’Irak, notamment- exacerbe le sentiment d’insécurité des Libanais maronites, orthodoxes, melkites, syriaques, latins… Au point qu’un ministre a présenté la semaine dernière un projet de loi visant à interdire pendant quinze ans toute vente immobilière entre chrétiens et musulmans.

En filigrane de l’initiative du ministre du Travail, Boutros Harb, apparaît la volonté de contrer la politique d’expansion territoriale de la communauté chiite, emmenée par le Hezbollah, qui se traduit par des «achats massifs dans des zones stratégiques», explique-t-on dans son entourage. Cette nouvelle vague d’appropriations accompagne un autre mouvement d’investissements immobiliers réalisés par des Arabes du Golfe dans les montagnes libanaises, qui a conduit le législateur à imposer des quotas en la matière. Le patriarcat maronite avait déjà alerté dans un rapport dénonçant le contournement de la loi et le dépassement de ces quotas.

Logique de ghettoïsation

Le projet de loi sur l’interdiction des transactions immobilières interreligieuses a suscité de très vives réactions sur l’échiquier politique libanais, les uns le qualifiant de «folie», les autres le jugeant «anticonstitutionnel», certains dénonçant la logique de «ghettoïsation» dans laquelle s’enfermeraient les chrétiens.

Parmi les chrétiens eux-mêmes, beaucoup estiment qu’il a le «mérite d’ouvrir enfin de débat». «Il faut que les musulmans modérés comprennent que la défense des chrétiens au Liban est leur meilleure protection et inversement. Or les chrétiens du Liban n’ont pas les moyens aujourd’hui de faire face à la double pression, démographique et financière, dont ils sont l’objet, c’est pourquoi ils vendent», estime un membre de la Ligue maronite, sous couvert d’anonymat. La mixité de la société libanaise, est, poursuit-il, la seule garantie de préserver «le caractère libéral du Liban auquel nous tenons tous».

Les chrétiens du Liban font figure d’exception dans un Moyen-Orient où l’islam est majoritaire. Bien qu’ils ne soient pas les plus nombreux en valeur absolue, leur poids au sein de la population totale de leur pays est de loin la plus élevée. Elle est estimée à 34% aujourd’hui, contre moins de 10% en Égypte ou en Syrie. Ce chiffre est cependant en baisse depuis la création du «Grand Liban», en 1920, par les forces mandataires françaises. Au-delà de ce recul démographique, les chrétiens se considèrent en perte de vitesse sur le plan politique et économique au profit des deux principales communautés musulmanes, les sunnites et les chiites. Un exemple parmi d’autres: si la présidence de la République reste réservée à un chrétien maronite, les pouvoirs du chef de l’État ont été nettement amoindris dans l’accord de Taëf qui a mis fin à la guerre de 1975-1990.

Source: Le Figaro.