Gemayel : « Les agressions contre les chrétiens sont une guerre d’extermination et d’exode »

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04/01/2011

M. Gemayel s’adressant aux journalistes à Saïfi. À gauche, on remarque le grand portrait du fondateur des Kataëb, Pierre Gemayel. Photo Sami Ayad

M. Gemayel s’adressant aux journalistes à Saïfi. À gauche, on remarque le grand portrait du fondateur des Kataëb, Pierre Gemayel.

Le président du parti Kataëb Amine Gemayel a déploré hier que « pour certains, les compromis sont devenus des concessions », réaffirmant « le droit des Libanais à connaître la vérité ».

« Il y a deux sujets qui nous occupent l’esprit, les tragédies vécues par les chrétiens dans certains pays arabes, notamment en Irak et en Égypte, et les exactions commises contre eux dans d’autres pays, qu’elles soient rendues publiques ou gardées secrètes. » Ces propos sont ceux d’Amine Gemayel, qui s’est étendu hier sur le sujet des agressions contre les chrétiens dans les pays arabes au cours d’une conférence de presse qu’il a tenue à la Maison centrale des Kataëb à Saïfi.
« Les massacres commis actuellement par des courants islamistes extrémistes n’avaient jamais été perpétrés au cours de toute l’histoire de l’islam », a-t-il dit, les qualifiant de « marque d’infamie du vingt et unième siècle qui entraînera des réactions dans divers pays, ce que nous ne voulons pas encourager ». Selon lui, « ces massacres à caractère confessionnel ne concernent pas que les chrétiens ». « Les conflits entre sunnites et chiites font partie d’une lutte pour le pouvoir, mais les agressions contre les chrétiens sont une guerre d’extermination et d’exode », a-t-il affirmé.
M. Gemayel a estimé que le Liban devait se sentir concerné par ces événements, « non par volonté d’ingérence dans les affaires d’autres pays ou par fanatisme religieux, mais par souci de préserver l’identité et l’esprit de cet Orient qui se désintégrera si le christianisme ne fait plus partie de ses composantes ».
L’ancien président de la République a insisté sur le fait que « les déclarations ne suffisent plus, ni les visites d’hôpitaux, car il faut recréer une atmosphère sécurisante », exhortant les pays arabes et islamiques à prendre une initiative à caractère international pour restaurer la stabilité. Il a considéré que « la sécurité des chrétiens dans cette partie du monde n’est pas une aumône, mais un droit ». Il a appelé le patriarcat maronite, qui accueille une réunion des évêques, à « décréter une journée de deuil national, de prière et de méditation, afin de tirer les leçons de ces événements aux niveaux régional et libanais », le rôle du patriarcat maronite « n’étant pas confiné au Liban ». Il a également espéré que « les leaders religieux du pays se retrouveront bientôt pour réaffirmer la solidité de la coexistence au Liban ».
« Ce qu’il est nécessaire d’entreprendre par le biais des initiatives espérées, c’est de redynamiser le rôle des chrétiens dans leurs pays respectifs, a ajouté M. Gemayel. Ce rôle est parfois totalement paralysé, comme cette représentation inexistante au sein du gouvernement irakien. Mais la présence chrétienne est bien réelle en Égypte, et il faudrait la renforcer. En Jordanie, les initiatives encourageant l’interaction islamo-chrétienne proviennent directement du roi Abdallah. Développer le rôle du chrétien dans ces pays confortera l’harmonie et la coopération à un niveau global. »

Pas d’autre choix que le TSL
Le président des Kataëb a longuement commenté « ce qu’on appelle les compromis à caractère libanais, régional ou international ». « Il est regrettable que pour certains, les compromis soient devenus des concessions, a-t-il dit. Il est du droit du peuple libanais de connaître la vérité. Il faudrait dialoguer sur les solutions significatives et constructives, pas sur les concessions comme cela a eu lieu par le passé. De concession en concession, les autres ne font qu’imposer des conditions supplémentaires. »
Il a déclaré « croire dans la culture du dialogue et de la paix » et martelé que « toute solution à l’avenir ne saurait être fondée que sur la vérité et la justice non politisée ». En réponse à une question, M. Gemayel s’est dit « convaincu que le Courant du futur n’est pas prêt à faire une concession sur le tribunal ou la vérité ». « Le parti Kataëb ne pourra jamais abandonner le sujet de la justice, non seulement parce que nous avons deux martyrs dans nos rangs, Pierre Gemayel et Antoine Ghanem, mais aussi parce que nous estimons qu’une telle concession signerait la perte du Liban », a-t-il ajouté. À la question de savoir pourquoi il croyait dans le tribunal international, il a affirmé « n’avoir pas le choix, la justice libanaise étant paralysée ».
Le parti Kataëb risque-t-il de se retrouver seul si tous ses alliés acceptent les concessions dont on parle actuellement ? « Cette question est hypothétique et je ne peux y répondre, dit-il. Nous sommes convaincus que notre camp croit en sa cause et qu’il n’y a pas d’autre solution que la vérité. Personne n’abandonnera ces convictions. » Et si le parti se retrouvait hors du gouvernement ? « Nous n’avons jamais aspiré au pouvoir pour le pouvoir », a-t-il répondu.

Source: L’Orient Le Jour