Par centaines, des Libanais fuient la Côte d’Ivoire pour revenir au pays

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03/01/2011

La crise politique inquiète les Libanais de Côte d'IvoireDes centaines de Libanais reviennent au pays, fuyant la Côte d’Ivoire par crainte de violences, dans un climat de confusion après les positions diplomatiques divergentes du Liban sur la grave crise politique qui secoue la Côte d’Ivoire.

« J’ai quitté le Liban il y a 30 ans à cause de la guerre civile et me voilà à nouveau en train de fuir une guerre civile », témoigne Youssef Safieddine, 58 ans, originaire de Tyr (Sud), dans un papier d’angle publié vendredi par l’AFP.
Parmi les quelque 80 000 Libanais installés en Côte d’Ivoire, plus importante terre d’accueil de la communauté libanaise en Afrique, la majorité d’entre eux travaillent comme lui dans le commerce.
Ce gérant d’une entreprise de construction à Abidjan a quitté, comme nombre d’entrepreneurs libanais, maison et travail par crainte d’être la cible de violences qui ont fait 179 morts depuis la mi-décembre, selon le dernier bilan de l’ONU.
Beaucoup disent en effet avoir été menacés après que l’ambassadeur libanais a assisté à l’investiture de Laurent Gbagbo, l’un des deux présidents proclamés, qui refuse de céder devant son rival Alassane Ouattara, reconnu par la communauté internationale comme le vainqueur légitime des élections du 28 novembre.
Ali Ajami était l’un des rares diplomates, avec l’ambassadeur de l’Angola, à être présents.
Un responsable gouvernemental libanais a indiqué à l’AFP que le ministre des Affaires étrangères Ali Chami, agissant de son propre chef sans l’aval du cabinet, avait donné l’ordre à M. Ajami d’assister à la cérémonie.
« Le comportement de M. Chami a mis en danger la sécurité de la communauté libanaise en Côte d’Ivoire », a estimé ce responsable sous le couvert de l’anonymat. « Il a commis une erreur », a-t-il ajouté.
La présence de M. Ajami à l’investiture apparaît en contradiction avec la position du Liban à l’ONU. Le Conseil de sécurité de l’ONU, dont le Liban est un membre non permanent, a en effet annoncé le 8 décembre son soutien à Alassane Ouattara comme président élu de Côte d’Ivoire.
Mercredi, dans une note adressée à M. Chami, M. Ajami a indiqué qu’il avait « de premières informations sur des Libanais du nord de la Côte d’Ivoire (contrôlé par les partisans de Ouattara) ayant reçu des menaces ».
« Votre décision de participer (à l’investiture) était sage, surtout que 90 % de notre communauté vit dans les zones contrôlées par Gbagbo », ajoute le texte, dont l’AFP a obtenu copie.
« Les Libanais sont coutumiers de la guerre civile », se résigne quant à lui Abbas Dakhlallah, revenu à Cana (Liban-Sud) il y a un mois. « Nous l’avons vécue, et c’est poussées par la peur que des dizaines de familles ont quitté la Côte d’Ivoire », souligne cet entrepreneur de 54 ans.
La compagnie aérienne libanaise Middle East Airlines (MEA) a indiqué être prête à programmer des vols supplémentaires depuis la Côte d’Ivoire si nécessaire.
Autre solution choisie par beaucoup de Libanais, majoritairement des femmes et des enfants : fuir via les pays voisins, dont le Liberia, le Ghana ou le Burkina Faso.
« Mon époux nous a renvoyés au Liban, nos trois enfants et moi, quand on a commencé à voir des hommes armés dans les rues », raconte Imane, revenue il y a trois jours à Tyr. « Nous l’appelons tous les jours (…) nous sommes toujours terrifiés à l’idée que quelque chose puisse lui arriver », dit-elle.
Mohammad Frem, homme d’affaires de 32 ans, est arrivé jeudi au Liban. « Nous suivons les développements mais nous, Libanais, sommes habitués à la violence, donc je retournerai à Abidjan la semaine prochaine, quoi qu’il arrive », assure-t-il.

Source: L’Orient Le Jour