Messe dominicale dans la douleur et la colère

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03/01/2011
À Alexandrie, des proches des victimes crient leur désespoir. Amr Abdallah Dalsh/Reuters
Hier, des traces de sang restaient visibles sur la façade de l’église des Saints (al-Qiddissine), toujours placée sous forte protection policière après l’attentat de la Saint-Sylvestre, et sur celle de la mosquée située juste en face.
Samedi, aux cris de « Le cœur des Coptes est en feu » ou « Le sang des Coptes n’est pas bon marché », des centaines de jeunes chrétiens d’Alexandrie avaient affronté les forces de l’ordre. Sourds aux appels au calme des évêques et des officiels, les manifestants répartis en petits groupes avaient lancé tout au long de la journée des pierres et des bouteilles sur les forces antiémeute déployées autour de l’église des Saints, dans le quartier de Sidi Bechr, dans l’est d’Alexandrie. En soirée, lors des funérailles des victimes au monastère Marmina à King Mariout, une banlieue à une trentaine de kilomètres d’Alexandrie, la foule avait refusé d’accepter les condoléances du président égyptien. « Non, non, non », criaient les fidèles coptes interrompant, à plusieurs reprises, le secrétaire du pape copte Chénouda III, l’évêque Youanes, lorsqu’il a voulu transmettre les condoléances du chef de l’État.
Hier, un calme précaire était revenu, mais l’émotion était toujours vive parmi les fidèles assistant à la messe dominicale. Les larmes aux yeux, des femmes imploraient à voix haute Dieu « de venger les martyrs » et « de brûler les cœurs » des auteurs de cet attentat qui a coûté la vie à 21 personnes. De nombreux fidèles déploraient également la « discrimination » dont cette communauté se plaint depuis longtemps avec force. « Dans ce pays, nous n’arrivons même pas à faire la prière dans la maison de Dieu », affirmait Sameh Guirguis, un ingénieur de 32 ans. « C’est le sentiment anticopte avivé par des responsables de mosquées qui est à l’origine de notre problème », renchérissait Fifi Abdel Malak, une mère de famille de 37 ans.
Pour l’évêque de l’église des Saints, Mgr Maqqar, « aucune religion ne peut cautionner les meurtres » et « le cœur du problème, c’est le fanatisme et l’extrémisme musulmans ». La hiérarchie copte a « essayé de calmer » les fidèles après l’attaque, « en leur expliquant que le Christ nous a demandé de faire preuve de patience », affirme-t-il à l’AFP. Mais selon lui, les institutions de l’État ont elle aussi un rôle à jouer pour apaiser les Coptes, « en garantissant notre droit à la vie, à la prière et à l’emploi ».
Le synode des évêques coptes d’Alexandrie a critiqué samedi dans des termes à peine voilés le laxisme des autorités égyptiennes face à des prises de position ouvertement anticoptes. L’attentat de l’église des Saints « est le résultat de la mobilisation anticopte et des mensonges propagés récemment contre l’Église (copte) », a affirmé le synode dans un communiqué. Les évêques faisaient allusion à plusieurs manifestations, dont la dernière a eu lieu vendredi, organisées devant une grande mosquée en plein centre d’Alexandrie, sans que la police intervienne, et appelant à boycotter les Coptes et à les punir s’ils n’acceptent pas de « libérer » Camilia Chehata et Wafaa Constantine. Ces deux chrétiennes sont « emprisonnées dans des monastères » pour s’être converties à l’islam, selon un groupe irakien lié à el-Qaëda.
Source: L’Orient Le Jour