Georges Rabbath annonce le pavillon libanais à Venise

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Par Maya GHANDOUR HERT | 13/12/2010

Georges Rabbath, curateur du pavillon libanais à la 54e Biennale de Venise.

Georges Rabbath, curateur du pavillon libanais à la 54e Biennale de Venise.

Rencontre Bonne nouvelle pour les amateurs d’art contemporain : le Liban devra avoir, en juin 2011, son pavillon national à la 54e Biennale d’art contemporain de Venise.

Ce serait la deuxième participation officielle du pays du Cèdre à cette manifestation connue comme étant l’une des plus prestigieuses au monde.
L’organisation du pavillon libanais, sous le thème « Liban : un état d’esprit », est prise en charge par Georges Rabbath, nommé curateur du pavillon par le ministre de la Culture, Sélim Wardy.
Maître de conférences et chercheur en sciences cognitives à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, il travaille dans le domaine de la psychologie cognitive, de la perception et de l’attention, et s’intéresse particulièrement aux questions de la perception de l’espace urbain réel et virtuel. Il est également chef du projet Eicon (USJ), « Espace, immersion et cognition », dont un des objectifs est « la modélisation de la ville de Beyrouth en 3D.
Mais comment un neuropsychologue est-il devenu curateur d’une manifestation artistique de cette envergure ?
Il faut d’abord savoir que Rabbath est aussi un amateur d’art. Son dernier ouvrage, Y’a-t-il quelqu’un pour sauver le monde de l’art contemporain, explore la dialectique artistique renouvelée et s’adonne à l’exercice de critique d’art avec un talent évident.
Il a, par ailleurs, été curateur pour l’exposition « Fair Skies » qui a eu lieu à Dubaï en 2009 et l’organisateur d’une exposition à Beyrouth sous le titre « Virtual Banquet ».
« Depuis 1895, la Biennale de Venise représente l’une des plus importantes fenêtres artistiques ouvertes sur des horizons internationaux, affirme Rabbath. Elle est à l’avant-garde dans la promotion de nouvelles tendances artistiques et dans l’organisation d’évènements internationaux relevant de l’art contemporain. » Il s’agit en effet d’une institution pionnière pour le Festival international du film, pour l’Exposition internationale d’art, pour l’Exposition internationale d’architecture, pour le Festival de musique contemporaine, le Festival de la danse contemporaine et le Festival du théâtre (festival qui a décerné à Roger Assaf le Lion d’or lors de sa dernière édition en 2009).
La section d’art visuel reste le secteur le plus antique et demeure au cœur de ses activités. Chaque édition est consacrée à un thème spécifique, et les membres du jury octroient plusieurs types de prix : le Lion d’or pour la meilleure participation nationale, le Lion d’or pour le meilleur artiste, le Lion d’argent pour le meilleur talent et d’autres prix. La dernière édition a accueilli 77 pavillons nationaux et des expositions artistiques pour presque 100 artistes de par le monde.
Le Liban a fait sa première apparition à la Biennale en 2007, lors de la 52e édition intitulée « Foreword ». Le pavillon libanais avait accueilli cinq artistes (Mounira el-Solh, Lamia Joreige, Fouad el-Khoury, Walid Sadek et Akram Zaatari). Cette participation, organisée par Saleh Barakat et Sandra Dagher, avait été sponsorisée par le ministère de la Culture et par des donateurs du secteur privé.
En 2011, la présence libanaise se présente sous l’intitulé » Le Liban : un état d’esprit « . Ce projet vise à présenter huit artistes dont deux sont déjà désignés : Annabelle Daou, artiste libanaise vivant à New York, qui pourrait présenter une œuvre représentative de son travail avec et sur du papier, et Etel Adnan, qui envisagerait une approche multimédia s’inspirant du thème général de la Biennale et de l’œuvre du Tintoret, comme établi par la curatrice Bice Curiger. « La Biennale est l’un des plus importants forums pour la dissémination et l' »illumination » sur les développements actuels dans le domaine de l’art international » , avait estimé l’historienne et critique d’art suisse, en présentant cette 54e édition. « Le terme nations dans « Illumination »  s’applique de façon métaphorique aux développements récents dans l’art du monde entier, avait noté Curiger, en précisant que le travail du peintre le Tintoret jouera un rôle proéminent dans cette édition. Chez de nombreux artistes contemporains, je retrouve la même recherche de la lumière qui anime certaines des œuvres tardives du Tintoret. »
Côté libanais, Rabbath prévoit d’organiser, à Beyoruth, une série d’activités et d’évènements dont le point culminant sera le vernissage à Venise, en juin 2001. C’est dans ce cadre-là que Cornelia Craft, artiste résidant à l’AUB, a présenté, avec ses élèves, lors d’une réception à l’ambassade d’Italie, une performance intitulée 777, inspiration libre des Sept péchés capitaux de la commission Brecht/Weill en 1933 et du Dream de John Cage. Les hôtesses – des étudiantes de Rabbath – se promenaient parmi les convives offrant des petites bouchées sur des cuillères et récitant des textes de Fadi Abdallah sur la loi…
Le concept général du pavillon libanais, alors ? « Nous serons comme les envahisseurs, affirme Rabbath. Pour la première fois, nous allons exporter notre chaos. On va le prendre sur un miroir et le présenter au monde », conclut le curateur qui n’exclut pas l’utilisation de matériaux technologiques pour établir une connexion directe (Internet ou autre) avec Beyrouth.
Signalons que l’Arabie saoudite, Bahreïn, le Bangladesh, la Malaisie, la principauté d’Andorre et le Rwanda participeront pour la première fois à cette manifestation. En outre, cette Biennale sera marquée par le retour du Congo et de l’Inde, qui n’y avaient pas participé depuis respectivement 1968 et 1980. Pourrons-nous compter sur le retour du Liban également ? Affaire à suivre.
Source: L’Orient le Jour