Le retard de la pluie, une catastrophe en puissance

04/12/2010

La sécheresse bien évidente dans la Békaa, dans une zone attenante au lac Qaraoun. Photo Mohammad Azakir/Reuters

La sécheresse bien évidente dans la Békaa, dans une zone attenante au lac Qaraoun. Photo Mohammad Azakir/Reuters -

Météorologie Au moment où l’Europe connaît des températures glaciales et des chutes de neige précoces, la pluie se fait attendre au Liban où les sources se tarissent et une nouvelle sécheresse menace.

« Le retard des pluies est en train de menacer quelques-unes de nos sources principales, où l’eau devient de plus en plus rare », souligne Fouad Hachwa, doyen de la faculté des sciences à la Lebanese American University (LAU). « Si cette situation perdure, nous risquons de nous retrouver face à un désastre, à de graves crises dans certaines zones », dit-il à l’AFP.
D’après les services météorologiques, le Liban a enregistré depuis septembre une pluviométrie atteignant 51,2 mm, en forte baisse par rapport aux 214,8 mm enregistrés à la même période l’an dernier.
Selon les experts, le pays dispose annuellement en moyenne de 2,1 milliards de mètres cubes de ressources hydrauliques renouvelables, dont plus de la moitié sont déversées dans la Méditerranée en l’absence d’une stratégie pour gérer les eaux. La situation s’est aggravée cette année avec des températures estivales proches des 30 degrés enregistrées en fin d’automne.
« Cette chaleur, ce retard des pluies, cela n’est pas normal », explique à l’AFP Mark Wehaïbé, chef des services météorologiques à l’Aéroport Rafic Hariri.
« Les vagues de chaleur et la sécheresse sont de plus en plus longues », relève-t-il.
Dans un pays qui, contrairement à ses voisins, dispose d’abondantes ressources hydrauliques, de nombreux citoyens se sont vus contraints d’acheter de l’eau pour leurs besoins quotidiens en raison d’une grave pénurie, les dernières précipitations remontant à il y a plus d’un mois.

Le blé en danger
Le ministère de l’Agriculture a averti que les cultures de blé, élément crucial de l’alimentation et importante source de revenu pour de nombreux agriculteurs, seraient touchées par la sécheresse.
« Nous pouvons facilement dire que la saison du blé est en danger », affirme à l’AFP Ali Yassine, directeur général du ministère.
« Normalement, les champs sont irrigués au cours du mois de novembre, mais cela n’est pas encore arrivé. L’une de nos plus grandes inquiétudes est que les sécheresses répétées (…) débouchent sur une désertification. »
Hani Safieddine, chef du syndicat des agriculteurs du Liban-Sud, craint que les agriculteurs ne commencent à acheter de l’eau pour irriguer leurs terres. « Nous entendons la sonnette d’alarme », dit-il.
Les pistes de ski attendent, elles, le premier flocon. Jad Khalil, qui dirige la station de ski de Kfardebiane, dit s’attendre à la pire saison jamais connue et offre des tarifs réduits pour attirer les clients. « L’hiver dernier, nous avons perdu un mois et demi de travail en raison de neiges tardives, et cette année nous attendons toujours les réservations », a-t-il dit.
Les cèdres sont également menacés par ce climat inhabituel et par une série d’incendies qui ont ravagé des zones montagneuses au cours des dernières semaines. « Le risque de sécheresse est mortel pour les petits cèdres, en particulier ceux mesurant un mètre ou moins », explique l’ingénieur agricole Charbel Lahoud.

Des prières pour la pluie
Notons dans ce cadre que les dignitaires religieux musulmans ont invité les fidèles à prier pour la pluie hier, un appel auquel s’est joint le clergé chrétien. La prière du vendredi dans les mosquées de Beyrouth, de Tripoli et du reste du Nord a été consacrée à la pluie, dans un espoir qu’un terme soit mis à la sécheresse.
Le mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, a conduit la prière du vendredi ainsi que la prière pour la pluie à la mosquée al-Amine, dans le centre-ville, en présence de plusieurs personnalités, dont notamment l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, le député Ammar Houri, le président du Conseil de la Fonction publique Khaled Kabbani, et les ambassadeurs de plusieurs pays arabes et musulmans, comme l’Arabie saoudite, l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Autorité palestinienne et le Soudan.
Cheikh Kabbani a dénoncé, dans son prêche, la division des camps politiques au Liban, alors que le peuple souffre de mille maux dans sa vie quotidienne, allant de la faim au chômage, à l’immigration, à l’incapacité de payer les frais médicaux… Abordant le sujet de la sécheresse, cheikh Kabbani a rappelé la responsabilité de l’homme dans les changements climatiques qui en sont la cause. Il a critiqué le mode de vie qui a mené à cette situation et appelé à un retour à la piété et à la prière.
Dans la mosquée Tinal à Tripoli, le mufti cheikh Malek el-Chaar a présidé la prière, à laquelle ont assisté plusieurs personnalités, telles que l’ancien Premier ministre Nagib Mikati, le député Samir Jisr, l’ancien ministre Omar Meskaoui et d’autres. Cheikh el-Chaar a appelé
« à l’expiation des fautes » et prié Dieu « d’envoyer la pluie ». Pour lui, « l’un des principaux péchés de cette oumma est la division des musulmans », appelant à « une unité des rangs en cette période difficile ».
Par ailleurs, un groupe de jeunes s’est rassemblé au centre-ville hier en soirée pour une danse traditionnelle pour la pluie.

Source: L’Orient Le Jour