Bahjat Rizk (et plusieurs intellectuels) dénoncent un plagiat par Jacques Huntzinger des « Paramètres d’Hérodote »

Non classé

Le 29 novembre 2010, par Bahjat Rizk

Bahjat Rizk est attaché culturel du Liban auprès de l’Unesco. Également essayiste, il est notamment l’auteur de L’Identité pluriculturelle libanaise : pour un véritable dialogue entre les cultures (paru en 2002 aux éditions IDLivre, collection Esquilles) et d’un recueil d’articles intitulé Le pluralisme libanais dans l’identité et le système politique.

Quelle heureuse et en même temps désagréable surprise, de découvrir dès la première page ,du nouveau livre de jacques Huntzinger « il était une fois la méditerranée »paru fin septembre 2010 aux éditions du CNRS et en guise de titre du prologue «Les paramètres D’Hérodote et de Huntington», reprenant sur quinze pages, sans même me citer, le titre de mon essai «Les paramètres d’Hérodote» (paru en mai 2009 aux éditions de l’orient le jour) et le contenu (notamment le lien avec Huntington pages 76 à 82).

L’auteur, universitaire, ancien ambassadeur de France en Israël et aujourd’hui secrétaire général des ateliers culturels méditerranéens, initiés par l’Elysée et le quai d’Orsay, reprend le concept des Paramètres d’Hérodote que moi même j’ai élaboré, comme grille de lecture des conflits culturels, s’en approprie, reproduit le lien que j’ai établi avec le travail de Huntington, s’en empare et n’éprouve même pas le besoin de me citer, ni dans le corps du texte ,ni même dans sa bibliographie en fin d’ouvrage. Cela a un seul nom : le plagiat et engage la responsabilité de l’auteur et de la maison d’édition, dans un pays de droit comme la France, où la propriété intellectuelle est plus que sacrée. Par ailleurs, depuis plus de vingt ans à l’UNESCO, j’ai assisté à d’innombrables colloques internationaux et réunions intergouvernementales, consacrant et protégeant ce droit. L’auteur ne prend même pas la peine, de donner la référence dans le texte même d’Hérodote, qu’il ne connaît pas de toute évidence, ayant pillé le concept chez quelqu’un d’autre.

De toute manière, il suffit de taper sur Google « les paramètres d’Hérodote » pour qu’apparaissent immédiatement sur l’écran, des centaines de références, qui toutes, sans aucune exception, concernent mon essai. Hérodote lui-même (père de l’histoire) ne savait pas, il y a 2500 ans qu’il avait établi des paramètres puisque la citation, à la base du concept, intervient incidemment, au détour d’une phrase, qu’il rapporte de la part des Athéniens vis-à-vis des Spartes, qui essaient de se protéger de l’envahisseur Perse (Hérodote, l’enquête, livresVà IX, éditions D’Andrée Barguet, folio classique, 2005, livre VIII, p370, par 144).

On peut facilement retrouver sur Internet certains articles et citations référencées autour de mon essai, dont je cite à titre d’exemple, pris au hasard, l’éditorial de Claude Imbert (fondateur et principal éditorialiste du Point) daté du 18 juin 2009 intitulé L’effet Obama sur le multiculturalisme, où il cite ma théorie dans un long paragraphe et en référence, par honnêteté intellectuelle, en bas de page l’essai publié par les éditions de l’Orient Le Jour. On peut également retrouver sans peine, la conférence publique de monseigneur Brizard, Directeur de L’œuvre d’orient le 26 novembre 2009, à la collégiale de Lyon sous le titre « Le rôle des églises d’orient dans la paix au Proche Orient » où il reprend sur trois pages (7 à 9) mon travail sur les paramètres d’Hérodote, en le citant comme il se doit, abondamment et scrupuleusement, plus d’une demi-douzaine de fois, notamment concernant la question de Jérusalem (des quotations intégrales). A moins de revoir la veille intellectuelle, qui a été consacrée entièrement et enregistrée à l’UNESCO, autour des paramètres d’Hérodote et de ceux de la charte de l’UNESCO (30 avril 2010) ou les dizaines d’articles, dans des revues spécialisées en géopolitique, dont Cosmopolis et la revue de l’Iris(institut des relations internationales et stratégiques), les conférences et les tables rondes (notamment celle du salon du livre 2009 à Beyrouth), depuis bientôt deux ans. Le développement des moyens de communication et le moteur de recherche Google font qu’aujourd’hui, un travail intellectuel est immédiatement identifié, répertorié et qu’il circule. C’est un des bienfaits de la mondialisation. Par ailleurs, plus de deux cents copies de l’essai ont été adressées, dès sa parution, à des intellectuels et des politiques identifiés de la scène française, avec de multiples réponses manuscrites, notamment de Dominique de Villepin, Hervé Charrette (en tant qu’anciens ministres des affaires étrangères) et bien d’autres.

Mais au-delà de l’aspect anecdotique (finalement il faut tout relativiser, l’homme étant lui-même relatif dans sa quête d’absolu), le pillage immoral des idées est courant car selon le cas et l’éthique, elles se partagent ou sont subtilisées. Je suis toutefois scandalisé, qu’à ce niveau de réflexion institutionnelle (ancien ambassadeur en lien actuel avec le quai d’Orsay et l’Elysée et le projet de la méditerranée) un intellectuel français s’approprie d’un concept (il ne s’agit pas, d’une idée fugitive au détour d’une phrase ou d’une simple coïncidence), le pose comme titre et idée maîtresse, de son prologue, sans citer sa provenance. Mon travail inédit (publié en mai 2009) à travers cette grille, que j’ai nommée à dessin les paramètres d’Hérodote (père de l’histoire) et en établissant, l’adéquation avec ceux de Huntington (père de la théorie du choc des civilisations) et ceux de la charte de l’UNESCO (qui utilise les mêmes quatre paramètres dans un sens diamétralement opposé) visait à établir un cadre légitime référentiel, à partir duquel on pouvait, si on en avait le désir et la volonté, procéder à une négociation culturelle rationnelle ,objective et non uniquement, subjective et émotionnelle. C’est également une approche méthodologique, pour poser une problématique adaptée, si difficile aujourd’hui, la diversité culturelle étant ni un bienfait, ni un méfait mais une réalité anthropologique politique, qu’il va falloir d’urgence, tôt ou tard aménager, au cœur de la mondialisation.

J’ai tenu à faire partager, par principe et en priorité, ma réaction outrée et ma réflexion aux lecteurs de l’Orient Le Jour (mon éditeur et le seul quotidien entièrement francophone au proche orient, depuis 1923) car j’ai trouvé le procédé peu rigoureux voire peu scrupuleux et la rigueur, sinon l’honnêteté intellectuelle, sont la base même de ce type d’entreprise. En effet, pour moi, la démarche intellectuelle, autant que le discours politique qui l’accompagne, quels qu’ils soient, et au-delà de leur contenu, commencent par une notion d’éthique qui identifie l’homme pour pouvoir le construire et le faire progresser.

Tout en me réservant le droit d’engager des poursuites médiatiques et judiciaires, tant au Liban qu’en France, et même si l’essai mis en cause « il était une fois la méditerranée » est un véritable fouillis, j’ose espérer que l’ambassade de France au Liban (M. Denis Pietton ayant reçu mon essai depuis plus d’un an) transmettra le contenu de cette tribune à qui de droit car la Francophonie et la Méditerranée aujourd’hui sont des projets d’espaces où devraient prévaloir la reconnaissance d’autrui et des libertés individuelles, et non des espaces d’accaparement clandestin et d’appropriation forcée.

Source: iLoubnan