Nicolas Chouity, as du poker

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Par Carla Henoud | 29/11/2010

Le vainqueur du 6e European Poker Tour.

Le vainqueur du 6e European Poker Tour

Insolite À 24 ans à peine, il a remporté la grande finale du 6e European Poker Tour et raflé la mise… de 1 700 000 euros. Son premier million, en quelques heures, ne l’a pas changé. Nicolas Chouity est resté humble, et surtout lucide.

Le poker est pour lui un jeu de l’esprit, un métier qu’il pratique comme d’autres travaillent dans la Bourse. Sans en être dépendant, sans jamais perdre son sang-froid, ou la tête, Nicolas Chouity se met à une table de jeu, virtuelle ou réelle, comme d’autres vont au bureau. D’une manière calme, disciplinée et réfléchie. Ce n’est donc pas étonnant, avec ce caractère cartésien, qu’il ait opté pour des études de finances à l’AUST.

Né dans un milieu modeste où les choses ne sont pas faciles et l’argent a une valeur, Nicolas n’a jamais eu la folie des grandeurs. Il se prend au jeu, s’éprend du jeu petit à petit, d’abord avec des amis, puis en solo sur Internet. Les casinos, les paris, la folie du jeu, pas pour lui. Nicolas joue prudemment, gagne « un argent de poche », qui se fait de plus en plus consistant. En même temps que ses études, en même temps que ces petites parties qui lui permettent d’arrondir ses fins de mois et surtout de participer à des tournois internationaux, il travaille dans le département marketing d’une entreprise. Le poker devient alors un métier à mi-temps qu’il accomplit tous les soirs à partir de la maison…

« En 2009, raconte le jeune champion, lorsque j’ai fini mes études, j’ai décidé de consacrer une année au poker, pour voir si ça pouvait être rentable. » L’année le fut. Suffisamment pour qu’il puisse participer à de grands tournois online. En 2010, il gagne 200 000 dollars et de nombreuses participations à des compétitions européennes. Jusqu’à ce fameux jour d’avril dernier…

Un adversaire redoutable

« Le tournoi de Monte-Carlo, précise Nicolas, est le second plus important du monde et le plus grand d’Europe. Nous étions 850 participants et de très grands joueurs mondiaux. » Il « investit » 10 000 euros, son droit d’entrée. 5 jours durant, à raison de dix heures de jeu par jour, et des parties parfois interminables et usantes, il grignote patiemment des victoires qui le placent, le 4e jour, parmi les 20 finalistes. « J’ai alors senti que je m’approchais de la victoire et que, yes I can ! » Sur la table finale, Chouity, qui est « chip leader », ne laisse aucune chance à l’Autrichien Josef Klinger. Son carré d’as, dans la salle des Étoiles à Monaco, le mène au septième ciel. Enveloppé du drapeau libanais, entouré de compatriotes et grands supporters, il lève sa coupe à la santé de son pays et savoure ce « rêve réalisé ».

Depuis, Nicolas Chouity poursuit sa « carrière » de joueur professionnel. Ses voyages d’affaires le mènent dans toutes capitales européennes et mondiales, organisatrices de tournois célèbres. Le visage rond, presque attendrissant, une simplicité intelligente et une intelligence simple, utilisée à bon escient, il avoue : « Je n’ai pas changé. Mes amis sont les mêmes, mes goûts aussi. Je me sens plus sécurisé, j’ai pu acheter une maison et une petite voiture, et puis faire quelques investissements, mais rien de plus. J’aime ce jeu, mais je joue pour l’argent, un peu comme les sportifs qui en font un métier. Je ne joue pas pour m’amuser mais pour travailler. Je n’ai jamais investi tout mon argent dans le poker. C’est une chose que je fais bien et qui me réussit, alors je me donne dix ans encore… Le poker, comme je le pratique, est très fatiguant et très exigeant. »

Plus tard, quand il prendra sa « retraite », Nicolas Chouity pourra recommencer à participer à des parties pour le plaisir. En attendant, il travaille, et les affaires vont bien…

Source: L’Orient Le Jour