Si Chopin m’était chanté…

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Par Edgar DAVIDIAN | 27/11/2010

La soprano Nadine Nassar, accompagnée au piano par Przemyslaw Lechowski.      (Marwan Assaf)

La soprano Nadine Nassar, accompagnée au piano par Przemyslaw Lechowski

Concert Une hérésie que d’écouter du Chopin chanté ? Pas tout à fait, même si c’est inhabituel, mais une occasion de découvrir la voix du maître de Zelozowa Wola dans un registre différent.

Organisé par l’ambassade de Pologne et l’Amicale des anciens élèves de Jamhour, un concert intitulé Une soirée Frédéric Chopin a eu lieu au Grand Sérail à l’occasion de la clôture de l’année consacrée au bicentenaire du prince du clavier. Devant un public nombreux, dans une salle brillant des mille feux de ses lustres allumés, une cantatrice: la soprano Nadine Nassar, qui peaufine toujours sa formation vocale à Varsovie. Pour l’accompagner au piano, et jouer aussi en solo, Przemyslaw Lechowski, interprète au-dessus de tout éloge, diplômé de l’académie Karol Szymanowski et lauréat de plusieurs prix, dont celui du concours Paderewski.

Au menu proposé, bien entendu rien que du Chopin, mais avec une variante de poids qui sort des sentiers battus, des opus chantés. Certes des nocturnes, un scherzo, une étude, mais aussi des mazurkas chantées en français et des piesni, poèmes en langue polonaise sertis des mains d’orfèvre dans les lumineuses notes du virtuose de tous les temps du clavier.

Ouverture avec cinq mazurkas (op 50 n°2, op 68 n°2, op 6 n°1, op 33 n°3 et op 24 n°2) déployant en toute soyeuse finesse la mélodie et la souplesse des «mazoure», ces danses populaires profondément ancrées dans la terre des Piast et empreintes de l’esprit «polska».

Sur des textes de Louis Pomey (on doit l’initiative du projet à Pauline Viardot!), la musique de Chopin a brusquement des intonations et des accents certes reconnaissables, mais différents ! La langue de Molière pour les notes opalescentes du pèlerin polonais, l’élégance des vocables de l’Hexagone pour le plus ténébreux des romantiques…

D’une Plainte d’amour aux désarrois d’une Jeune fille, en passant par une Berceuse, le babil d’un Oiselet ou les tourments de Seize ans, les mazurkas mènent rythmes et cadences sur des vocalises aux modulations douces et relativement enjouées.

Pour prendre le relais, un moment qui s’inscrit dans la lignée d’une narration douce et chantante avec le solo de piano de Przemyslaw Lechowski à travers un bouquet de partitions sentant une poésie diaphane et frémissante.

Fragrances simples pour un piano qui chante, pleure, sourit… Avec quand même quelque fièvre existentielle et éruptive avec ce somptueux scherzo en si bémol mineur op 31.

Se sont succédé trois nocturnes (en si bémol mineur op 9 n°1, en si majeur op 32 n°1, en si majeur op 62 n°2), deux mazurkas (en do dièse mineur op 6 n°2 et en si mineur op 33 n°4) et une brève étude (en si bémol mineur op 10 n°6) furtive comme l’effleurement des ailes d’un ange qui se serait perdu en chemin…

Reprise avec cinq chants «chopiniens» désignés par piesni. On retrouve, avec ces textes polonais (signés Stefan Witwicki et Bohdan Zaleski), un Chopin presque gai, parlant, par le truchement de sa musique, du Printemps, d’une Triste rivière, d’un Souhait et des batifolages du cœur avec Où aime-t-elle et du pouvoir de séduction avec Beau garçon… Un Chopin différent de ses angoisses, de ses tourmentes et de la fluidité de ses phrases graciles au long cou de cygne…

Révélation d’un Chopin inédit et dont on n’a pas fini de découvrir, n’en déplaise aux puristes chevronnés, toutes les facettes. Toujours attachantes.

Médailles

En fin de concert, bien après les applaudissements, pour remercier tous ceux qui ont contribué au succès des manifestations pour la célébration du bicentenaire de Chopin au Liban, l’ambassade de Pologne a offert des médailles à May Arida, Myrna Boustani, Nora Joumblatt, Walid Gholmieh et Pierre Azouri.

Sources: L’Orient Le Jour