Nabil Khalifé souligne dans son étude géopolitique sur les chrétiens du M-O l’apport d’un quartette libanais à une vision d’avenir

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27/11/2010

M. Nabil Khalifé, professeur universitaire et chercheur en pensée religieuse et en géopolitique, a tenu hier au Club de la presse une conférence de presse au cours de laquelle il a présenté l’étude géopolitique sur les chrétiens du Moyen-Orient qu’il a élaborée à l’occasion de la récente tenue au Vatican du synode sur les Églises du M-O. Mettant l’accent sur la nécessité d’une lecture géopolitique de ce dossier, complétant les textes du synode qui ont occulté une telle approche, l’étude de M. Khalifé – un document de 25 pages en arabe, traduit en français par nos collègues Michel Hajji Georgiou et Michel Touma – expose une vision et un projet macropolitiques pour les chrétiens d’Orient. M. Khalifé met l’accent dans ce cadre sur l’apport d’un quartette libanais, dont l’action et les idées constituent une précieuse contribution à l’élaboration d’un projet politique historique pour l’avenir des chrétiens de la région. Ce quartette est formé, selon M. Khalifé, de Michel Chiha, du père Michel Hayek, de Rafic Hariri et du père jésuite Paul Noya.

Au début de sa conférence de presse, Nabil Khalifé a d’abord indiqué qu’il avait dédié son étude à la mémoire d’Antoine Choueiri « car celui-ci a été, et restera, dans l’histoire de notre pays et de notre Église, l’une des figures les plus pures et les plus transparentes qui a soutenu, plus que quiconque, la créativité ». Soulignant ensuite que sa démarche s’inscrit dans la logique du rôle que les laïcs devraient assumer au niveau de l’élaboration des choix de l’Église, M. Khalifé a souligné que le problème des chrétiens d’Orient devrait être posé en termes géopolitiques car il s’agit là d’un problème de minorités « qui constitue une partie de l’ensemble du problème des minorités dans la région et dans le monde ». En sa qualité de « croyant libanais, laïc et maronite », Nabil Khalifé a invité le pape Benoît XVI à effectuer une visite au Liban à l’occasion de la clôture, en mars 2011, des cérémonies marquant le 1 600e anniversaire de la naissance de saint Maron.

Avant d’exposer les grandes lignes de son étude, M. Khalifé a rappelé qu’il existe au Moyen-Orient 18 pays, dont 13 font partie du monde arabe et 5 qui sont en dehors de cette zone (Chypre, la Turquie, l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan). Cette région du Moyen-Orient rassemble 555,7 millions d’habitants dont 15,7 millions de chrétiens, soit 2,8 pour cent, contre 540 millions de musulmans, dont 376 millions de sunnites (69 pour cent) et 164 millions de chiites (31 pour cent).

Les grandes lignes de l’étude

L’étude élaborée par Nabil Khalifé est divisée en trois chapitres, précédés d’une introduction.

Le premier chapitre porte sur « Les chrétiens du Moyen-Orient à la lumière du problème des minorités », lequel constitue « l’aspect le plus saillant de ce qui a été connu dans l’histoire sous le nom de question d’Orient qui abordait la question des minorités sous l’Empire ottoman ». Le deuxième chapitre expose certaines solutions qui ont été suggérées pour régler le problème des minorités dans la région, en évoquant les obstacles qui ont entravé et entravent ces solutions (l’attitude d’Israël, les fondamentalismes religieux, la discorde sunnito-chiite…).

Dans le troisième chapitre, Nabil Khalifé expose l’apport de Michel Chiha, du père Michel Hayek, de Rafic Hariri et du père Paul Noya au niveau du « projet de salut » susceptible « d’affirmer la présence et d’assurer le devenir » des chrétiens d’Orient.

Rappelant que Michel Chiha soulignait que tout pays qui regroupe des minorités doit être « un pays de minorités confessionnelles associées », M. Khalifé a indiqué que Michel Chiha avait apporté une réponse à la question de savoir « quels sont les éléments qui unissent ou qui devraient unir les composantes de la société » pluraliste. « La réponse, Michel Chiha l’a définie en deux paramètres, valables pour le Liban, le Moyen-Orient, et le monde en général, à savoir l’unité de la terre et l’unité de destin », a précisé M. Khalifé.

Le père Michel Hayek soulignait que « le chrétien libanais oriental ne doit pas se contenter de proclamer son appartenance à l’arabité, mais il doit considérer qu’il est ancré à l’arabité ». Le père Hayek relevait en outre que les chrétiens d’Orient se caractérisent par « l’enracinement culturel dans l’environnement » régional et par « l’ouverture culturelle sur le monde ».

Quant à Rafic Hariri, M. Khalifé souligne qu’il a été le premier leader arabe et musulman à avoir prôné l’idée d’un État pluraliste, « défendant des choix historiques qui constituent un tournant dans l’histoire du Liban et de la région » (le libéralisme ; la démocratie ; l’attachement au pacte ; la priorité accordée au Liban sous le slogan « Liban d’abord » ; le centrisme et la modération ; et l’arabité, « expression de civilisation et d’un pluralisme culturel dans sa dimension progressiste » ).

Quant au père Noya, M. Khalifé souligne que sa pensée combat les fondamentalismes chrétien, musulman et juif. Le père Noya souligne que les chrétiens sont dévoués à la « religion du Fils » (et non du Père) qui est « la religion du variable » (…) « la religion de la liberté et de la libération de l’homme ». « Dieu nous a créés pour la liberté et non pour l’esclavagisme. C’est à ce niveau précis que le fondamentalisme religieux chrétien chute car la foi chrétienne ne revêt pas un caractère idéologique, mais elle admet que la vie de l’homme dans l’histoire se réalise par des moyens diversifiés et imparfaits ».

Dans sa conclusion, Nabil Khalifé préconise une vision d’avenir et « un projet islamo-chrétien qui préserve aux chrétiens de la région le maximum de présence et de liberté » (…) « dans le cadre d’un espace géographique et d’un État qui a foi dans l’égalité, la justice et la liberté » (…), « un État démocratique et pluraliste, au sein duquel les chrétiens devraient prendre conscience du fait que la référence pour toute solution se trouve en premier lieu entre les mains de la majorité arabe sunnite, sans que cela signifie en aucune façon d’entrer dans une confrontation avec les chiites ».

Source: L’Orient Le Jour