Le Premier ministre libanais Saad Hariri en visite « historique » en Iran

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Saad Hariri à Kwashra, au Liban, le 24 novembre 2010

Saad Hariri à Kwashra, au Liban, le 24 novembre 2010

De Laurent MAILLARD (AFP) – Il y a 2 heures

TEHERAN — Le Premier ministre libanais Saad Hariri a entamé samedi une première visite officielle « historique » en Iran, destinée à poursuivre une normalisation des relations entre les deux pays dans un contexte de forte tension politique au Liban.

Lors de sa visite de trois jours, M. Hariri rencontrera notamment le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, un mois après une visite de ce dernier au Liban où il avait été accueilli en héros par les partisans du mouvement chiite Hezbollah, soutenu par Téhéran.

La visite de M. Hariri est « historique et très importante », a estimé l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth cité samedi par l’agence officielle Irna.

Elle intervient en pleine crise politique au Liban, où un bras de fer oppose M. Hariri au Hezbollah au sujet du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) créé par l’ONU pour enquêter sur l’assassinat en 2005 à Beyrouth de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, père de Saad.

Le puissant mouvement chiite dément toute implication dans l’assassinat, mais a dit s’attendre à ce que le TSL, à la « solde d’Israël » selon lui, publie un acte d’accusation mettant en cause des membres du parti.

Cette éventualité a suscité les craintes d’un regain de violences dans le pays et d’un effondrement du gouvernement d’union de M. Hariri, auquel participe le Hezbollah.

« Cette visite intervient dans un contexte sensible et compliqué au Liban », a reconnu le vice-ministre iranien des Affaires étrangères pour le Moyen-Orient, M. Mohammad Reza Sheibani, dans une interview samedi au quotidien Khabar. « Les questions liées au TSL ont profondément affecté la situation politique et sociale au Liban », a-t-il ajouté.

« Cette visite est importante en raison de son timing au moment où le Liban est en pleine crise en raison de l’acte d’accusation attendu du TSL », a expliqué de son côté à l’AFP une source ministérielle libanaise.

« Les Iraniens vont tenter de rapprocher les points de vue entre le Hezbollah et Saad Hariri », a-t-elle ajouté, ajoutant qu’en retour « Saad Hariri soutiendra le développement des capacités nucléaires à des fins civiles et pacifiques » en Iran.

M. Hariri a estimé que l’Iran avait « un rôle naturel dans la région, particulièrement dans le règlement des crises et le renforcement de la stabilité au Liban », dans un entretien publié vendredi par Irna.

Mais la visite de M. Hariri « ne peut pas être réduite à la question du TSL, qui est une affaire interne au Liban », a souligné samedi le quotidien gouvernemental Iran Daily.

« Le renforcement des relations entre le Liban et la République islamique d’Iran est dans l’intérêt commun et renforcera la résistance face au régime sioniste », a affirmé en écho M. Sheibani.

L’Iran est régulièrement accusé par les pays occidentaux et leur alliés arabes de chercher à déstabiliser la région pour y développer son influence.

Le ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit a encore affirmé vendredi, dans une interview au journal qatari Al-Sharq, que Téhéran devait « laisser l’Irak tranquille, de même que le Liban ».

Téhéran lui a répondu samedi de s’occuper plutôt des affaires de l’Egypte, soulignant en revanche que le rapprochement irano-libanais s’était accompagné de contacts au plus haut niveau entre Téhéran et Ryad, qui est l’un des principaux soutiens à M. Hariri.

La visite du Premier ministre libanais en Iran « peut-être considérée comme un signe de l’évolution positive des relations entre Téhéran et Ryad », selon Iran Daily.

La visite de M. Hariri, qui est accompagné de plusieurs ministres, devrait également permettre de développer la coopération bilatérale, dans la foulée des 17 accords ou protocoles d’accord signés lors de la visite de M. Ahmadinejad au Liban, selon le journal.