Les Bédouins du Liban : ni nomades ni citoyens…

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22/11/2010

De très nombreux Bédouins ne bénéficient pas de la citoyenneté libanaise. Joseph Eid/AFP

De très nombreux Bédouins ne bénéficient pas de la citoyenneté libanaise.

Hiam Abou Ragheb caresse de grands rêves pour ses triplés de 19 mois, raconte Natacha Yazbeck de l’AFP : ses fils, Baha’ et Saad, seront médecins et sa fille Nazek, avocate ou journaliste. Pourtant, il n’est pas certain que les trois enfants puissent aller à l’école : ils n’ont pas de papiers d’identité.

La famille Abou Ragheb, qui appartient à la tribu bédouine des Hourouq, fait partie des plus de 100 000 Bédouins arabes vivant dans l’est du Liban. Nombreux parmi eux se battent depuis des années pour être reconnus comme citoyens libanais.

Autrefois communauté migrante qui vivait de l’agriculture et faisait paître les troupeaux, ces Bédouins ont abandonné leur style de vie nomade au milieu du XXe siècle pour s’établir dans l’est du pays, bataillant contre la pauvreté et la discrimination.

« C’est un problème de droits de l’homme de premier ordre », estime l’anthropologue Hiba Morcos, qui travaille sur la citoyenneté chez les Bédouins du Liban dans le cadre d’un doctorat à l’Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver (Canada). « Leur refuser la citoyenneté revient à leur bloquer l’accès à la vie politique, à l’éducation et aux soins médicaux », indique-t-elle.

La seule loi sur la nationalité, qui remonte à 1925, c’est-à-dire avant l’indépendance du pays (1943), stipule que seul peut être libanais celui ou celle qui a un père libanais. Elle indique également que la citoyenneté peut être accordée à tous les descendants des gens qui vivaient en 1914 dans ce qui est aujourd’hui le Liban.

Le dernier recensement effectué au Liban date de 1932, sous le mandat français. Seuls ceux qui s’étaient fait enregistrer cette année-là ont été déclarés Libanais, permettant à leur descendance d’hériter de la citoyenneté.

Si certains Bédouins ont pu alors être enregistrés comme Libanais, la plupart ne l’ont pas été. « Les Bédouins d’alors avaient une relation avec la terre et pas avec l’État (…), et surtout pas avec la domination étrangère française » qui a pris fin avec l’indépendance, explique Mme Morcos.

Les problèmes politiques et les violences que le pays a ensuite connus n’ont rien arrangé à leurs affaires.

En 1994, l’État libanais a adopté un décret, largement contesté jusqu’à aujourd’hui, qui permettait d’accorder, en principe, la citoyenneté aux Bédouins, comme à d’autres habitants dépourvus de nationalité libanaise.

Mais la bureaucratie et la mauvaise organisation du gouvernement notamment ont fait que beaucoup se sont vu refuser la nationalité. Certains se sont même retrouvés dans une situation étrange, des membres de la famille l’ayant eue et d’autres ayant seulement obtenu un

laissez-passer.

Le ministère de l’Intérieur n’a pas répondu aux questions de l’AFP sur le sujet des Bédouins.

À seulement deux heures de Beyrouth, le village de Faour, où habite Hiam, étale son immense misère, comparable à celle des camps de réfugiés palestiniens du pays.

Les enfants jouent avec de petits morceaux de métal dans des ruelles crasseuses et de nombreuses maisons sont dépourvues d’électricité. « Nos gens ont cessé de migrer il y a plus de trente ans. Nous avons bâti des maisons. Nous parlons le dialecte libanais. Ce petit village a 62 ans », explique la sœur de Hiam, Nada, qui a épousé un Libanais. « La détresse de notre peuple est similaire à celle des Palestiniens, sauf que nous sommes libanais. Nous ne pouvons pas travailler, et le problème ne fait que grandir en le transmettant à nos enfants et nos petits-enfants », poursuit Nada. « J’ai l’impression que je laisse tomber mes enfants, se lamente Hiam. Tout ce que je veux, c’est qu’ils aillent à l’école et qu’ils aient une meilleure vie » que la mienne.

Source: L’Orient Le Jour