Gemayel : Justice d’abord

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22/11/2010

M. Gemayel prononçant son discours.

Commémoration « Nous n’avons pas besoin d’un Taëf II, mais d’un verdict premier », a clamé hier l’ancien président Amine Gemayel lors d’une cérémonie à la mémoire de son fils Pierre.

Tout un pan de la République a pris part hier à la cérémonie religieuse organisée à la mémoire de l’ancien ministre et député Pierre Gemayel, assassiné il y a quatre ans, le 21 novembre 2006. La rencontre s’est déroulée à l’église Saint-Antoine, à Jdeidé, non loin du lieu où Pierre Gemayel a été tué par plusieurs balles tirées dans sa direction.

En gros, l’ensemble du 14 Mars était présent… et l’ensemble du 8 Mars absent. À l’exception notable du Tachnag – qui a délégué son ministre Abraham Dédéyan et son député Hagop Pakradounian – ainsi que, virtuellement, du président de la Chambre, Nabih Berry, qui s’est fait représenter par le député Abdellatif Zein. Le ministre Jean Oghassabian représentait de son côté le chef de l’État, Michel Sleiman, alors que le Premier ministre, Saad Hariri, a mandaté son prédécesseur et actuel chef du Bloc du futur, Fouad Siniora. De même, un officier supérieur de l’armée a été délégué par le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi.

Trois des ministres proches du président de la République étaient également présents à la cérémonie. Ce sont Élias Murr, Ziyad Baroud et Mona Afeiche. En revanche, pas de ministres joumblattistes, mais des députés membres du Bloc démocratique, y compris Élie Aoun, très proche de Walid Joumblatt. Ce dernier a d’ailleurs lui-même téléphoné à l’ancien chef de l’État Amine Gemayel pour lui présenter ses condoléances à cette occasion.

La messe a été célébrée par l’évêque Béchara Rahi, représentant le patriarche maronite, la cardinal Nasrallah Sfeir. Dans son homélie, Mgr Rahi a implicitement fustigé, en termes assez virulents, les contempteurs du Tribunal spécial pour le Liban. « C’est une grande injustice que la vérité sur l’assassinat (de Pierre Gemayel et de son garde du corps Samir Chartouni) soit restée inconnue jusqu’ici, a-t-il dit. Nous vivons une triste époque à laquelle on ne veut plus que la justice dise ce qu’elle a à dire pour découvrir qui a tué Pierre Gemayel et Samir Chartouni ainsi que les éminentes personnalités politiques assassinées avant et après eux. »

« Vingt-cinq personnalités libanaises ont été assassinées depuis 1975. C’est un chiffre terrifiant. Quelle est donc cette justice qui voudrait empêcher que justice soit faite en leur nom ? La vérité sur les assassinats n’est-elle pas la meilleure justification pour faire stopper la série des meurtres ? » s’est-il interrogé.

« N’est-ce pas cette chère nation et son peuple que l’on assassine lorsqu’on cherche à empêcher la justice de dire la vérité ? N’enterre-t-on pas la paix et la stabilité lorsque la justice est tenue à l’écart ? Et si elle remplit son rôle, on les voit se retourner contre la paix et la stabilité, et, en se retournant, ils multiplient les menaces », a-t-il encore dit.

S’adressant au frère et au cousin du défunt, les députés Samy et Nadim Gemayel, Mgr Rahi les a invités à poursuivre le chemin de Pierre, à « ne pas avoir peur », à être « le maillon qui ne cédera pas pour que le Liban ne cède pas » et à incarner l’espoir de la jeunesse libanaise.

Prenant la parole à son tour, l’ancien président Amine Gemayel a d’abord rappelé le rôle de Pierre dans la renaissance du parti Kataëb, avant de s’attaquer à l’actualité brûlante. « Tu as cru en la révolution du Cèdre en tant que mouvement national transcendant les frontières des partis et des communautés. Que ton souvenir soit, dans la bouche des dirigeants du 14 Mars et de ses jeunes, la promesse d’une nouvelle renaissance remplie d’espoir, de vitalité et de résistance », a-t-il lancé.

Et d’ajouter : « Mon cher Pierre, nous n’aurons de cesse de te rendre justice. En effet, nous voulons la justice parce que nous refusons la vengeance ; nous voulons la vérité parce que nous rejetons les faux témoignages, et nous sommes pour le tribunal parce que nous sommes demandeurs de stabilité. Nous ne choisirons pas entre la justice et la discorde, car nous voulons et la justice et la stabilité, les deux étant nécessaires pour l’édification de l’État. Nous voulons la justice pour le bien de la justice. Cela est notre droit et nous n’y renoncerons pas, quelles que soient les difficultés. »

« Il n’y aura pas de retour en arrière. En toutes circonstances, nous ne permettrons pas que le processus de la justice soit stoppé. Nous n’accepterons aucun compromis aux dépens du sang de nos martyrs », a-t-il encore dit.
« Aujourd’hui, a poursuivi M. Gemayel, nous n’avons pas besoin d’un second pacte national, ni d’un Taëf II, pas plus que d’un Doha II. Nous avons besoin d’un verdict premier contre ceux qui ont assassiné nos martyrs. Par la suite, tout pourrait être discuté et toute initiative locale, régionale ou internationale serait mille fois la bienvenue. »

Enfin, s’adressant aux cadres et militants Kataëb, le chef du parti a rappelé que leur option était la création d’un « État fort et juste, capable d’être un parapluie pour tous et ayant le dernier mot ».

Source: L’Orient Le Jour