« Vivement inquiet », Paris convoque des personnalités locales à tour de bras

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Par Élie MASBOUNGI | 12/11/2010

L’intense activité politico-diplomatique de Paris, qui avait commencé par les entretiens du patriarche maronite, Nasrallah Sfeir, avec le président Nicolas Sarkozy, puis la visite officielle de Nabih Berry en France, se poursuivra la semaine prochaine avec l’arrivée de Michel Aoun.

Le récent aller-retour au pays du Cèdre du ministre Bernard Kouchner en fait partie aussi, bien entendu. Le chef de la diplomatie française est rentré « avec une impression de vive inquiétude », selon des proches, qui a poussé la France, après une période d’observations et d’expectative, à s’engager diplomatiquement, parallèlement à la grande mobilisation arabe déployée par l’Arabie saoudite et la Syrie et aussi par l’Iran sous le regard de l’Égypte non moins concernée par l’aggravation de la crise libanaise.

La visite du général Aoun sera suivie par d’autres, assure-t-on à Paris, et notamment d’une visite officielle du Premier ministre Saad Hariri et d’autres leaders et responsables de premier plan. Ces rendez-vous reflètent « un infléchissement de l’attitude française qui, tout en répétant qu’elle est en contact avec toutes les parties, avait limité ses rencontres avec les officiels et les institutions étatiques ».

Sur la vive inquiétude française, des sources proches du Quai d’Orsay estiment toujours en privé que « le point de vue de l’opposition libanaise exposé par Nabih Berry – et qui sera développé très probablement devant Nicolas Sarkozy par Michel Aoun, lundi à midi – a d’ores et déjà été acté par l’Élysée et le Quai d’Orsay, qui ont réagi en conseillant aux dirigeants du 8 Mars d’atténuer leur hostilité au Tribunal spécial pour le Liban et de faire la distinction entre l’action du tribunal et la question des faux témoins sans complètement dissocier ces deux dossiers. Le mot d’ordre français, selon ces mêmes sources, est de laisser faire le TSL tout en accélérant la saisine par les juridictions libanaises ou internationales du dossier des faux témoins ».

Des personnalités gouvernementales françaises, qui suivent de près la situation au Liban, estiment que la crise libanaise est « dans une impasse » et que « tout ce que l’on entend ressemble plus à un dialogue de sourds qu’à des pourparlers sérieux ». Elles ajoutent que « le Liban est à la veille d’un affrontement dont la forme reste indéterminée ».

« Sauf si, ajoutent-ils, le Hezbollah se hasarde à un véritable acte de folie : une mainmise par les armes sur le pays », une initiative « dont les moindres conséquences seraient un isolement local, régional et international ainsi que sur son inscription sur la liste des organisations terroristes ».

Ces personnalités estiment en conclusion que le parti de Dieu mesure les conséquences d’un tel acte et que pour l’instant une confrontation armée à Beyrouth est à écarter.

Source: L’Orient Le Jour