Débat d’en bas

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Par Gaby Nasr

Phénomène typique d’un mental désœuvré, il y a toujours une psychose canaille pour distraire la piétaille. Faut dire que les missiles sont désormais en chômage technique à la frontière sud, que l’arrière-caillou de Chebaa est passé de mode au profit de l’avant-bled de Ghajar, et que le gag de l’implantation, après nous avoir fait marrer un coup, tourne à la ritournelle ringarde et faisandée. De quoi mouiller les yeux de mélancolie et les caleçons de nostalgie.

Alors pourquoi pas le judiciaire où l’on mélange allégrement : torchons et serviettes, acte d’accusation et verdict, procureur et président de tribunal, faux témoins et faux déposants, Cour de justice et cour ordinaire… Étrange débat dans un pays pourtant habitué à la justice expéditive de proximité !

Le vrai pouvoir, dit-on, c’est celui de choisir. Donc si l’on comprend bien, nous sommes tous là, figés, bouche ouverte et glandes au vent, ballottés entre deux stratégies contradictoires : amasser du pognon en s’endettant jusqu’au trognon, ou encaisser des obus de canon en collectionnant les moignons.

Encore heureux que ces deux stratégies aient un dénominateur commun : les fantasmes laborieux des individus qui les pilotent, à savoir Barbichu et Sayyed Barbu. Le premier nous fait miroiter le paradis à très long terme, le second nous promet l’enfer pour tout de suite. L’un représente l’exécutif version poisse, cette guigne illustrée par l’absence de veine chez un individu sans gain, l’autre illustre le sens de l’État milicien dans l’État de trois fois rien. Entre les deux, un Moukhtariote qui s’affiche en solo, dans la solitude du solitaire esseulé.

Alors, aux Libanais de choisir : soit ils donnent au ramolli de Koraytem le temps de convaincre les excités d’en face de surseoir au vote en Conseil des ministres, comme ils se sont essuyés les pieds sur le vote de la population au cours des dernières législatives ; soit ils se livrent pieds et poings liés au Barbu flingueur qui veut tout casser pour libérer la Palestine, le Timor-Oriental, le Tibet, la Tchétchénie et qui sait, les îles Galapagos peut-être… Voilà au moins un mec qui a une idée derrière la tête. Très loin derrière, presque toujours !

On nous en aura fait avaler des boas (Boa constrictor imperator, 3 m, 15 kg) depuis plus d’un quart de siècle ! Habitants d’un pays-bulle suspendu dans l’espace-temps, nous sommes le seul peuple au monde à ne pas savoir où nous allons.

Si nous le savions, nous n’irions peut-être pas…

Source: L’Orient Le Jour

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