Au bonheur des parcmètres

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06/11/2010 – Par Peggy KUPÉLIAN

ParcmètreJ’habite un quartier bruyant de Beyrouth parsemé de boutiques, pharmacies, épiceries, coiffeurs, lingeries, four à manakiche, minimarkets et j’en passe…
Un quartier dont les immeubles ont 50 à 60 ans d’âge, construits à une époque où on ne leur prévoyait pas nécessairement de parkings souterrains. Imaginez donc la difficulté de se garer dans un quartier où chaque famille possède au moins 2 voitures.
Cela dit, ce quartier a été récemment envahi (comme beaucoup d’autres d’ailleurs) par ce qu’on appelle des « parcmètres », plantés de part et d’autre de la rue, avec des panneaux indiquant l’heure de péage : le trottoir de gauche est payant de 9h à 16h, celui de droite de 9h à 17h. Allez savoir pourquoi…
On ne peut donc que s’incliner devant cette belle initiative de la municipalité de notre ville :
– quand les feux de signalisation ne fonctionnent qu’un jour sur deux ;
– quand les mobylettes s’aventurent à contresens (au vu et au su de l’agent) ;
– quand on vit avec le rationnement d’électricité et d’eau depuis plus de 30 ans ;
– quand il est permis à certaines épaves constituant un danger public de circuler en polluant la ville ;
– quand on fait des compétitions de vitesse sur un croisement à 3h du matin, à moto ou en voiture ;
– quand on élargit les trottoirs d’une rue qui fait à peine 2 mètres de large, pendant qu’on ramasse les ordures ;
– quand les chantiers travaillent jusqu’à des heures indues de la nuit ;
– quand soudain l’envie d’asphalter la rue à midi devient soudain pressante ;
– quand le coiffeur du coin installe une chaise devant sa boutique pour que personne ne vienne garer…
Bref, dois-je encore énumérer d’autres preuves de manque de civisme ?
Enfin voyons, me diriez-vous, mais il y a les parcmètres. Quelle évolution ! Certes, mais est-ce vraiment une nécessité dans un pays où tout sens de civisme est absent ? N’y avait-il pas mieux à faire côté « progrès » ? A-t-on pensé aux malheureux habitants du quartier qui doivent payer chaque heure de stationnement 1 000 LL parce qu’ils n’ont pas la chance d’habiter un immeuble avec parking ?
De plus, qui s’occupe du recrutement et du stage de formation de « monsieur-responsable-parcmètre », un gars à moitié endormi qui ne bouge même pas le petit doigt pour vous aider à insérer vos pièces quand cette satanée machine n’avale pas les sous !
Et si par mégarde vous êtes resté garé 5 minutes de plus, il vous colle un PV de 10 000 LL qu’il ne peut pas encaisser si vous n’achetez pas une carte à 20 000 LL ! C’est la meilleure !
J’ai dû me soumettre une fois à ce « règlement », j’ai payé mon PV de cette manière, me disant que je vais certainement utiliser les 10 000 LL restantes sur la carte. Eh bien non ! J’ai dû faire une dizaine de parcmètres dans Beyrouth, ils l’ont tous refusée ! Est-ce de l’arnaque ou me trompai-je ?
Pour conclure, je lance un appel au secours aux responsables afin de prendre les mesures adéquates permettant aux habitants des ces quartiers bouillonnant de commerce et de bruit de pouvoir se garer « gratuitement » au moyen de vignettes, de cartes personnalisées ou de je ne sais quoi, ainsi tout rentrerait dans l’ordre, et les parcmètres auront leur raison d’être.

Peggy KUPÉLIAN – L’Orient Le Jour

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