C’est quoi, Bickfaya ?

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06/11/2010 – Par Léa CHÉBLI

BikfayyaBickfaya, ce village, mon village, niché au cœur des montagnes du Liban…
Mon père m’a toujours dit : « Il y a Bickfaya et il y a le reste du monde. » Je ne le crois pas.
Mais rien n’est comme à Bickfaya, ses maisons de pierre au toit rouge, ses ruelles sinueuses et mal pavées, ses petits restaurants cachés dans les endroits les plus improbables. Et son unique rond-point, ah ! mais quel rond-point ! Il se trouve juste à l’entrée du village, ce petit village qui est le mien, avec ses commerçants toujours en train de hurler, avec les bonnes odeurs de pain frais et les pâtisseries qu’on sent dans tout le village. Avec ses cèdres, ses églises, ses prêtres toujours prêts à vous apostropher.
Bickfaya l’éternelle ! En effet, le Liban changea, évolua, régressa, mais Bickfaya resta. Elle resta comme elle le restera toujours, avec sa petite librairie poussiéreuse, ses habitants chaleureux, ses dos d’âne trop fréquents.
Bickfaya, c’est le soleil resplendissant en été sur les arbres, c’est le brouillard en hiver, avant la messe de minuit.
C’est tout le village massé dans le petit café pour regarder la Coupe du monde de football.
C’est aussi toutes ces familles (tantes, neveux, cousins y compris) groupées autour du poêle en hiver, buvant un thé chaud.
Et puis Bickfaya, c’est la maison de ma grand-mère, où mon père a grandi. Cette imposante maison aux dalles froides contrastant avec la chaleur de l’été. Ses balcons, avec leurs coussins, canapés, et fin rideau pour nous protéger de la chaleur d’été. C’est aussi un plat, un plat tout simple ou tout compliqué, préparé par ma grand-mère dans son irremplaçable cuisine antique. En fin de compte, Bickfaya c’est tout et c’est rien, c’est ma grand-mère, c’est toutes les grandes choses et les petits riens. C’est hors du commun et tellement ordinaire à la fois.
Si je devais vous la résumer, je vous dirais : il y a Bickfaya et il y a le reste du monde.

Léa CHÉBLI
Montréal – Canada