9 % des Libanais âgés de plus de 40 ans souffrent d’une broncho-pneumopathie chronique obstructive

19/10/2010

De gauche à droite : les Drs Pascale Salameh, Mirna Waked, Georges Khayat et Nadim Kanj.

Maladies pulmonaires chroniques – Les résultats de la première étude sur la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) au Liban montrent que 9 % des personnes âgées de plus de 40 ans souffrent de la maladie. Quatre-vingts pour cent de ces patients n’étaient pas conscients de leur condition.

La broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) affecte 9 % des personnes âgées de plus de 40 ans au Liban. C’est ce qui ressort notamment de la première étude nationale effectuée sur cette maladie et dont les premiers résultats ont été révélés à la presse au cours d’une conférence organisée à l’occasion de la Journée mondiale de la spirométrie, célébrée le 14 octobre.
L’étude a englobé près de 2 000 personnes âgées de plus de 40 ans sur l’ensemble du territoire, avec pour but de déterminer la prévalence de la BPCO et des symptômes respiratoires chroniques au sein de la population libanaise. Pour ce faire, des tests de spirométrie ont été systématiquement effectués auprès de l’&eacut e;chantillon choisi. Il s’agit d’un examen qui aide à évaluer la fonction respiratoire d’une personne en mesurant le volume et/ou le débit de l’air qu’elle inspire ou expire. La spirométrie est un outil nécessaire pour évaluer les maladies bronchiques comme l’asthme et la BPCO.
Quelque 33,2 % des personnes incluses dans l’étude (51,2 % des femmes et 48,8 % des hommes) n’ont jamais fumé. Près de 31,8 % fument la cigarette et 20,8 % sont d’anciens fumeurs. De plus, 6,4 % consomment le narguilé, et 4,3 % la cigarette et le narguilé.
« La BPCO est étroitement liée au tabagisme, affirme le Dr Nadim Kanj, président de la Société libanaise de pneumologie. C’est une maladie respiratoire causée par une inflammation chronique et caractérisée par une obstruction progressive des voies respiratoires. D ans les cas avancés de la maladie, le patient peut étouffer. »
En plus du tabagisme, qui demeure la cause principale de la BPCO, le tabagisme passif et la pollution domestique et celle de l’atmosphère peuvent jouer un rôle dans son apparition. La maladie se traduit essentiellement par une toux chronique accompagnée de crachats, un essoufflement et une dyspnée. « Les symptômes sont les mêmes que ceux observés dans l’asthme, mais la cause de la maladie est différente ainsi que le terrain. Sans oublier que l’asthme survient à un âge plus jeune et il est causé le plus souvent par une allergie », explique pour sa part le Dr Mirna Waked, chef du service de pneumologie et réanimation à l’Hôpital Saint-Georges de Beyrouth, professeure de médecine à l’Université de Balamand et principale investigatrice de l’étude. Celle-ci a été conduite entre octobre 2009 et septembre 2010 avec la collaboration des Drs Pascale Salameh, professeure d’épidémiologie à l’Université libanaise, et Georges Khayat, chef du service de pneumologie et réanimation médicale à l’Hôtel-Dieu et maître de conférences à la faculté de médecine de l’Université Saint-Joseph.

 

Les résultats en chiffres
Si la tendance actuelle se poursuit, la BPCO deviendra en 2020 la troisième cause de mortalité dans le monde, après les maladies cardiaques ischémiques et les maladies cérébrovasculaires.
L’étude, dont 1 728 questionnaires ont été analysés à ce jour, a montré donc que 9,2 % de la population libanaise âgée de plus de 40 ans souffre de BPCO et que 79,9 % de ces pa tients ignorent leur condition.
La prévalence de la maladie était plus importante dans la Békaa (14,2 % des cas) et au Liban-Sud (10,6 %). Le taux le plus bas de patients a été noté au Liban-Nord (6 %) après Beyrouth (9,2 %) et le Mont-Liban (9,1 %). Chez les femmes, la prévalence est moindre que chez les hommes (respectivement 6,6 et 12 % des cas) parce qu’elles fument moins. De même, la prévalence de la BPCO est plus importante chez les personnes âgées de plus de 60 ans.
Ce qui est certain d’après cette étude, c’est que les non-fumeurs encourent des risques minimes de développer la maladie puisque 1,7 % des cas uniquement ont été diagnostiqués chez cette catégorie de gens.
« Le tabagisme est un fléau mondial », insiste encore le Dr Mirna Waked, soulignant que plus d’ un milliard de personnes dans le monde sont exposées aux effets néfastes de la cigarette. « Près de 50 % des fumeurs pourraient développer la maladie », note-t-elle.
Notons par ailleurs que selon l’étude menée au Liban et plusieurs autres études mondiales, la BPCO est une maladie qui reste sous-diagnostiquée. C’est une maladie qui limite aussi les capacités des patients à travailler.
Prévenir la maladie consiste à lutter contre le tabagisme « par tous les moyens possibles », affirment les chercheurs. Il faudrait également détecter la maladie le plus tôt possible. Pour ce faire, la population à risque, c’est-à-dire les fumeurs actuels et les anciens fumeurs, les personnes exposées aux produits chimiques et à la poussière urbaine, et à la fumée des chaufferettes et des cuisinières à carburants doivent penser faire une spirométrie à partir de l’âge 40 ans, même en l’absence de symptômes.
Pourquoi à partir de 40 ans ? « Parce qu’on pense que l’histoire naturelle de la maladie n’apparaît complètement qu’à partir de cet âge, c’est-à-dire après vingt ans de tabagisme en moyenne », répond le Dr Waked.
Pour ces raisons, la spirométrie doit être effectuée dans certains cas à un âge plus jeune, notamment si la personne a commencé à fumer très tôt (à partir de 15 ans à titre d’exemple).

N. M.

Source: L’Orient Le Jour