Hariri, Nasrallah, Hanoi et Hong-Kong…

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Par Ziyad Makhoul

Veut-on transformer le Liban en un nouvel Hanoi ou en faire un Hong-Kong encore plus florissant ?
Qu’il le veuille ou non, qu’il le fasse exprès ou pas et aussi prompt à se tromper dans les réponses soit-il parfois, Walid Joumblatt pose (très) souvent la bonne question. Et plus que jamais en cet été caniculaire de 2010, l’alternative Hanoi/Hong-Kong se retrouve au cœur de la dynamique politique libanaise, duelle, nécessairement duelle depuis ce 14 février 2005, séisme des séismes.
Sans aucun manichéisme et loin, très loin, de vouloir opposer deux communautés, ces deux façons de voir et de (dé)faire le Liban sont aujourd’hui défendues à cor et à cri (pour l’instant encore à fleurets mouchetés) par deux porte-étendards qui, chacun à sa manière, ne sont pas prêts d’oublier un certain 7 mai 2008 : d’un côté, un Premier ministre en exercice et patron incontesté du Courant du futur, de l’autre, le chef du seul parti toujours surarmé au Liban, le Hezbollah, détenteur des décisions ultrasouverainistes de guerre ou de paix avec Israël.
D’un côté, l’État. De l’autre, la milice. Et cette semaine qui débute portera nécessairement en elle les shrapnels de leurs toutes dernières prises de position, aussi radicalement opposées que faire se peut – des polémiques médiatisées qui inquiètent tout le monde, notamment la Turquie qui aurait proposé aux grandes capitales un report de l’acte d’accusation jusqu’à la toute fin de l’année, et la Ligue arabe, par le truchement de son très diplomate secrétaire général…
Nous n’avons que faire du Tribunal (spécial pour le Liban), nous n’avons qu’à nous débrouiller entre nous, Libanais…
Côté jardin, il y a Hassan Nasrallah. Au cours de sa troisième intervention en moins de dix jours, celui-ci s’est arc-bouté sur sa toute dernière (et toute divine) mission : décrédibiliser au maximum le TSL, aussi folklorique que soit son argumentation. Hier, il a ainsi continué d’israéliser, voire de sioniser l’instance judiciaire internationale, exigeant, après avoir anticipé son acte d’accusation censé être publié entre septembre et décembre, la création d’une commission ad hoc libano-libanaise qui se penchera sur le cas des « faux témoins » qui avaient « détourné » l’enquête avant l’arrivée de Daniel Bellemare. Petit codicille : le patron du parti de Dieu se charge, dans la foulée, de donner à cette commission dont le très sunnite Sélim Hoss a eu l’idée, son cahier des charges et sa feuille de route.
Pour justifier cela, Hassan Nasrallah place au-dessus de tout la dignité et l’intégrité de la résistance, donc du Hezbollah, annonçant qu’un complot international se joue contre elle, et donc, accessoirement, contre le Liban. Il explique que tout ce qu’il entreprend et toutes ses prises de position ne sont mus que par la défense des intérêts de la résistance (et donc, parce qu’ils doivent être confondus, du Liban), justifiant ainsi toute action qu’il mènerait dans le futur, aussi létale soit-elle pour le pays.
Le Courant du futur (CdF) a été aux premiers rangs du 14 Mars, et a pris sa place dans un mouvement politique national dont l’objectif principal est de restituer le rôle de l’État et de ses institutions dans la gestion de la société libanaise afin de consolider les concepts de liberté, de souveraineté et d’égalité entre les citoyens.
Côté cour, il y a donc Saad Hariri. Et c’est avec ce rappel qu’il a placé au cœur de son discours lors du premier congrès fondateur du CdF que le Premier ministre a officialisé son parti transcommunautaire, s’inscrivant ainsi dans la modération, la modernité et le progrès ; se plaçant au milieu de la famille des fils des institutions et de l’État, au service duquel, tant bien que mal, il s’est mis depuis qu’il a hérité de la abaya de son père puis du fauteuil au Sérail de Fouad Siniora.
Et c’est en commis de l’État qu’il recevra cette semaine (le 30 juillet), aux côtés du président Sleiman, le roi saoudien Abdallah (à déjeuner, pour relancer une énième et probablement dernière fois l’initiative de paix arabe) puis l’émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa (à dîner, pour tenter de renforcer l’accord de Doha) sans que, naturellement, les deux frères pas très amis du Golfe ne se rencontrent. Cela sans compter le déplacement déjà surmédiatisé d’un Bachar el-Assad qui viendra montrer que l’évolution des relations libano-syriennes lui tient réellement à cœur.
Des visites qui pèseront sans aucun doute sur le combat que se livrent les deux logiques, État vs milice, mais qui ne résoudront pas grand-chose tant que le Hezbollah restera convaincu que le TSL se moque bien de la vérité et de la justice, et qu’il n’en a que contre lui ; tant que le Hezbollah restera persuadé que Daniel Bellemare et l’ensemble de la cour ne sont que des mercenaires payés directement par Benjamin Netanyahu.
Une semaine de transition qui s’annonce donc, en attendant la nouvelle apparition télévisée (le 2 août) de celui qui veut à tout prix faire croire que les terres brûlées, parfois, donnent plus de blé que les meilleurs avrils (et que les millions de touristes et autres investisseurs attendus cette année au Liban).