Sous vos applaudissements…

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31/10/2009

Par Ziyad Makhoul

Quarante-quatrième semaine de 2009.

Un cirque. Ce n’est plus qu’un cirque. Tellement miséreux et pouilleux et amateur et cheap et quart-mondiste ce cirque, qu’il en devient réellement fascinant. Fascinant, évidemment lassant, et drôle surtout, très drôle. Oubliant que leur intelligence est giflée presque heure après heure et que mille et une mauvaises surprises les attendent au tournant, à n’importe quel moment, les Libanais se sont installés aux balcons et, de ces premières loges, ils regardent, tout sourire, le(ur)s hommes (politiques) trébucher, tomber, essayer de se relever, se tirer dans les pieds, trébucher de nouveau, faire comme si personne, absolument personne ne les avait vus tomber, marionnettes pathétiques au cœur d’une tout aussi affligeante valse dont la partition, furieusement minable, s’écrit et se réécrit au quotidien par une douzaine, au moins, de mains. Un cirque. Et des pantins.

Un cirque. Et des artistes – par ordre alphabétique…

Michel Aoun ? Le chef du CPL est désormais l’hypercaricature de lui-même : un Néron de pacotille dont les seules réformes consistent en un népotisme effréné et quelques mono-obsessions mégalomaniaques et létales ; un nouveau Émile Lahoud bien plus nocif politiquement que son successeur à la tête de l’armée parce que beaucoup plus populaire que lui, une caution inestimable donc pour le projet irano-hezbollahi. Un bateleur dangereux.

Nabih Berry ? Le numéro deux de l’État n’est plus qu’un fantôme. Ou un ersatz : un ersatz de président de la Chambre et un ersatz de chef d’Amal ; prisonnier politique ad vitam aeternam de/dans sa propre communauté, son propre fief, son propre pays, il ne fait plus qu’attendre les objurgations d’outre-Masnaa en essayant de se consoler comme il peut : en se répétant chaque jour que c’est finalement lui, et uniquement lui, qui détient les clés de la seule institution à même d’insuffler un quelconque changement, aussi infime soit-il. Un ringard affligé certes, mais surtout affligeant.

Samir Geagea ? Le patron des FL promène ses visions et ses conceptions d’idéal(tr)iste de mirages en mirages et d’illusions en illusions, assurément pas conscient pour un sou qu’il est loin encore d’avoir les moyens de ses ambitions et que ses amis peuvent se montrer parfois bien plus retors que ses ennemis. Un wannabe prestidigitateur à qui l’on a confisqué et le chapeau et le lapin.

Saad Hariri ? Le premier Premier ministre désigné qui risque de garder cette couronne d’épines à perpétuité a fini par devenir ce que ses adversaires ont toujours voulu qu’il soit, aussi bonnes que restent ses intentions, aussi méritoires que restent sa patience et sa pugnacité : une mouche du coche qui sautille de rencontre en rencontre et de négociations en négociations sans se rendre compte une seule seconde qu’on se moque royalement de lui. Un cocu magnifique et ridicule.

Walid Joumblatt ? Le chef du PSP ne sait plus quelles mains serrer et quels dîners organiser pour incarner jusqu’au bout du bout ce point utopique où cohabiteraient gentiment le tout et son contraire, ce point qu’aucune géométrie (politique) dans l’espace n’a pourtant su dompter, l’intersection de toutes les improbabilités : le centre. À force de vouloir protéger et blinder une communauté, aussi géographiquement menacée soit-elle et aussi naturel et légitime que soit ce sacerdoce, on finit immanquablement par s’y confiner et s’y dissoudre. Un contorsionniste doué, certes, mais terrifié, donc foncièrement improductif.

Hassan Nasrallah ? Le secrétaire général du Hezbollah est à la fois l’omniscient et l’omnipotent chef d’un mini-État vampire et cancérigène, et le dindon d’une farce macabre qui le dépasse infiniment et qu’il continue de refuser de voir ; il sait pourtant qu’il est pratiquement le seul à pouvoir entraîner ce pays dans des abîmes fous, il oublie juste que si ce pays-là sombre et se noie, il n’aura peut-être même plus ses yeux pour pleurer alors qu’en Iran, la vie continuera comme si de rien n’était. Un apprenti sorcier suicidaire.

Michel Sleiman ? Le président de la (plus bouffonne des) République sait peut-être comment booster sa crédibilité sur la scène internationale, il le fait même parfois très bien, s’autorisant en contrepartie la plus inouïe, la plus stupéfiante et somme toute la plus scandaleuse apathie à l’intérieur de son pays, une apathie qu’il réussit à surmonter de temps en temps mais qui finit par s’avérer d’une stérilité confondante tellement chèvres et choux restent ultraprotégés : la frigidité politique triomphe. Un Monsieur Loyal totalement dépassé.

Et tous les autres, tout le reste, naturellement, à l’avenant.

Un cirque. Ce n’est plus qu’un cirque. Avec des Libanais spectateurs et très bon public de leur propre inertie, de leur propre stagnation. Un cirque. Une arène romaine. Et personne, bien sûr, pour lever le pouce. Ou le baisser.