Erdogan médiateur, idée non approuvée par tous

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Le Premier ministre turc s’efforce à Beyrouth de rester à égale distance des deux camps en présence
 
Erdogan : Prêt à jouer un rôle de médiateur si tout le monde le souhaite
 
Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est efforcé hier, au cours d’une visite d’une journée au Liban, de se maintenir à égale distance des protagonistes de la crise au Liban et s’est dit prêt à jouer un rôle de médiateur « si toutes les parties en formulent le souhait ».
M. Erdogan a mis en garde tout le monde contre les périls d’un conflit sectaire et ses répercussions sur toute la région, et a fait valoir que toutes les parties et tous les pays de la région devraient agir pour trouver une issue à la crise.
Il a rencontré à deux reprises son homologue libanais, Fouad Siniora, et a eu par ailleurs des entretiens avec le président de la République, Émile Lahoud, et le président du Parlement, Nabih Berry.
M. Erdogan devait aussi rencontrer Saad Hariri et Walid Joumblatt, ainsi que le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad.
Le Premier ministre turc était arrivé à 11h à Beyrouth et avait été accueilli à l’aéroport Rafic Hariri par le ministre des Affaires étrangères par intérim, Tarek Mitri.
« Nous sommes favorables à la paix intérieure et à l’unité politique des Libanais, et nous croyons que le dialogue est le seul moyen de résoudre la crise », a déclaré M. Erdogan lors d’une conférence de presse commune avec M. Siniora à la suite de son premier entretien au Grand Sérail.
Interrogé sur l’éventualité qu’il mène une médiation entre la majorité et l’opposition, M. Erdogan a dit : « Nous ne menons pas une médiation par nous-mêmes, mais si tout le monde le souhaite, nous sommes prêts à jouer un tel rôle. »
« Les conflits sectaires au Liban auront des répercussions sur l’ensemble de la région. J’ai dit à M. Siniora que toutes les parties au Liban et tous les pays de la région devraient agir pour aider au règlement de la crise », a-t-il poursuivi.
Il a par ailleurs indiqué qu’Ankara a effectué des contacts avec Israël, les États-Unis et l’ONU au sujet de la question des fermes de Chebaa. « Ces contacts se poursuivent. Nous sommes d’accord entre nous à ce sujet et j’espère que nous parviendrons à un résultat », a-t-il ajouté. Il a toutefois reconnu que cette question n’a pas été examinée en détail et qu’il ne connaissait pas la position israélienne à propos d’un retrait ou non de cette région.
En réponse à une question, il a affirmé que l’Iran et la Syrie « ne sont pas opposés à la création du tribunal international, mais que les deux pays avaient des interrogations » à ce sujet.
De son côté, M. Siniora a affirmé que le Liban était « attaché à de bonnes relations avec la Syrie, pays frère et voisin, ainsi qu’avec l’Iran ». « Seulement, il faut que cela soit basé sur le respect mutuel, la non-ingérence et la non-transformation du Liban en théâtre de conflits pour les autres. Le Liban a dit clairement son point de vue : il ne veut pas être partie prenante dans aucun axe, régional ou international », a-t-il souligné.
« Nous sommes prêts à nous réunir et à discuter de toutes les idées que soumettront nos frères et nos collègues au sein du gouvernement et à l’extérieur au sujet du tribunal à caractère international. Nous voulons écouter leurs observations, mais pas au prix de vider le tribunal de sa substance », a ajouté M. Siniora.
Avant ces entretiens, un communiqué du service de presse de M. Erdogan avait indiqué que le Premier ministre turc devait évoquer « la contribution turque à la Finul et la façon dont la Turquie peut aider à la reconstruction et à surmonter la crise gouvernementale actuelle au Liban ».
À la suite de sa première rencontre avec M. Siniora, M. Erdogan s’est rendu à bord d’un hélicoptère à Smahiya, près de Tyr, où se trouve le QG du contingent turc de la Finul.
Il est revenu en soirée au Grand Sérail pour un nouvel entretien avec M. Siniora qui a donné un dîner en son honneur en présence de MM. Hariri et Joumblatt et d’un certain nombre de ministres.
 

Jeudi 04 Janvier 2007 | 5:00 | Beyrouth 
 

 
La Turquie ne doit pas jouer au médiateur, affirme le chef du PSP à « L’Orient-Le Jour »
 
Tard en soirée, à la suite de son entrevue avec le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, le chef du PSP, Walid Joumblatt, a affirmé à L’Orient-Le Jour que la Turquie ne « devrait pas se poser en médiatrice » au niveau régional dans le cadre de la crise libanaise actuelle, dans la mesure où « le régime syrien ne comprend pas cette logique ». « Bachar el-Assad, comme son père, ne comprend qu’avec la manière forte. C’est un menteur, il ne comprend que par la force », a souligné Walid Joumblatt. « Tous les Arabes sont d’accord sur le fait que le régime syrien ment et qu’une autre approche n’apportera pas de résultats », a-t-il dit. C’est donc un rôle de puissance ou de gendarme à l’échelle régionale vis-à-vis de Damas que M. Joumblatt souhaiterait voir Ankara jouer. « La Turquie ne peut assumer que ce rôle si elle veut recouvrer son rôle de puissance » au niveau arabo-musulman, a-t-il noté. M. Erdogan a par ailleurs remercié M. Joumblatt pour sa position favorable à la participation de la Turquie à la Finul-bis et au déploiement de soldats au Liban-Sud. De son côté, le chef du PSP a rappelé au responsable turc que son grand-père, Chakib Arslane, était citoyen ottoman.
 

Jeudi 04 Janvier 2007 | 5:00 | Beyrouth 
 


 
Mouvement de protestation de la communauté arménienne
 
La communauté arménienne du Liban, plus particulièrement les partis Tachnag, Hentchak et Ramgavar, ainsi que plusieurs associations de la société civile arménienne, ont organisé hier, à 13 h, un vaste mouvement de protestation contre la visite à Beyrouth du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan.
Plusieurs dignitaires religieux arméniens, le député Hagop Pakradounian, les anciens ministres Abraham Dedeyan, Jacques Jokhadarian, Alain Tabourian et Chahé Barsoumian, ainsi que de nombreux représentants d’associations sociales, culturelles, pédagogiques, sportives et économiques ont participé au mouvement de protestation. Dès 13 h, plusieurs centaines de jeunes et de partisans se sont rassemblés en bordure de l’autoroute de La Quarantaine, de part et d’autre de la voie rapide. Faisant preuve de civisme, ils ont bien pris soin de ne pas couper ou entraver la circulation automobile dans le secteur.
Les manifestants brandissaient des pancartes et des calicots dénonçant la visite du Premier ministre turc et rejetant ce qu’ils ont qualifié d’« immixtion de la Turquie dans les affaires intérieures du Liban ».
Ce dernier point a été repris dans un communiqué distribué à la population par les organisations estudiantines et de jeunes des trois partis arméniens. Le communiqué rappelle sur ce plan que « la Turquie et Israël sont des alliés stratégiques, et de ce fait, l’immixtion de la Turquie au Liban, quel que soit le prétexte, sera basée sur les intérêts et les conditions de cette alliance, dans le but de mener à bien les visées hégémoniques de la Turquie dans la région ».
Le communiqué souligne, d’autre part, que « la quatrième génération qui fait suite au génocide perpétré par les autorités ottomanes contre les Arméniens attend toujours que la Turquie reconnaisse ce génocide et qu’elle assume les indemnités qui devraient être versées pour compenser les massacres commis contre nos ancêtres entre 1915 et 1923 ».
En conclusion, le communiqué rappelle que le Parlement libanais a reconnu le génocide arménien en mai 2000.
 

Jeudi 04 Janvier 2007 | 5:00 | Beyrouth