L’émergence d’une identité libanaise

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L’émergence d’une identité libanaise
 
« Après l’assassinat de Rafic Hariri, il y a eu une réconciliation spontanée des gens. Ce qui s’est passé après l’assassinat de Pierre Gemayel, c’est une réconciliation réfléchie des milices de la guerre. Le noyau dur ne s’était pas vraiment réconcilié le 14 février 2005. C’est aujourd’hui qu’on sent que ce noyau dur des différentes milices a franchi un pas supplémentaire », indique Samir Frangié dans une approche symbolique du sang versé par les piliers du 14 Mars.
« Je me souviens que dans les réunions de préparation du 14 Mars, il s’agissait de convaincre les forces politiques de ne pas venir avec leurs drapeaux. En 2006, ce problème n’existe plus. Un drapeau Kataëb au Akkar ne pose plus problème, un drapeau du PSP à Jdeidé non plus. Au contraire, les gens sont contents de se voir, de s’accueillir », dit-il. « Ce à quoi nous assistons, c’est effectivement l’émergence d’une identité libanaise d’un type tout à fait nouveau, qui n’est plus l’apanage d’une communauté, qui n’est pas non plus une identité forcée. Il s’agit d’une identité conviviale. L’adhésion de n’importe qui provoque un effondrement immédiat des barrières. Cette identité se forme dans la lutte. Tous n’y ont pas adhéré au même moment ni de la même façon. Le dernier bloc à y avoir adhéré est le Nord, qui l’a fait dans un moment de fierté, avec ce sentiment de défendre et de préserver les valeurs de la République. Pour la première fois dans son histoire, le Nord joue un rôle déterminant dans l’histoire du Liban, surtout le Akkar. Il y a eu à Tripoli 2 400 victimes de la répression syrienne, 6 000 handicapés, 12 000 prisonniers en Syrie. Tripoli a réagi de manière impressionnante. Ce qui s’y est passé le 10 décembre est l’équivalent du 14 mars 2005 à Beyrouth », note-t-il. « Il en résulte une mise en place de cette nouvelle identité, où personne ne vient chez personne. Elle n’est plus liée à l’histoire propre d’une communauté particulière. Elle est ouverte, moderne, agréable. Elle n’est pas une identité nationale qui pourrait servir de base à un nationalisme expansionniste ou agressif », précise Samir Frangié. Et de conclure : « Il y a aussi une prise de conscience énorme chez les Libanais que de leur unité dépend leur avenir, et la conviction, de plus en plus grande, que le Liban, qui est une extraordinaire niche écologique, peut servir de modèle aussi bien dans le monde arabe qu’ailleurs. »
 

Mercredi 03 Janvier 2007 | 5:00 | Beyrouth