La diplomatie saoudite s’active : un Taëf-bis serait en gestation

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Le cabinet Siniora prépare, contre vents et marées, la conférence de Paris III
 
La diplomatie saoudite s’active : un Taëf-bis serait en gestation
 
L’opinion publique libanaise est soumise à une véritable douche écossaise. Aux rumeurs les plus folles faisant état de velléités d’escalade de la part de l’opposition, succèdent des indiscrétions laissant prévoir une prochaine reprise du dialogue. Il serait question ainsi d’une initiative saoudienne qui pourrait se traduire par une nouvelle conférence nationale qui se tiendrait en Arabie saoudite afin d’aboutir à un règlement radical et durable à la crise. Il s’agirait en quelque sorte d’une réunion semblable à celle qui s’était tenue à Taëf, en 1989. L’idée en est encore à ses premiers balbutiements, mais elle ferait timidement son chemin. Comme pour annoncer la couleur, le patriarche Nasrallah Sfeir s’est prononcé hier soir pour un changement qui toucherait aussi bien la présidence de la République, que le gouvernement et le Parlement.
Dans l’attente d’un tel déblocage, le gouvernement prépare, contre vents et marées, la conférence de Paris III qui doit se tenir le 25 janvier. C’est ce qu’a affirmé hier le Premier ministre Fouad Siniora, qui a souligné que le plan de redressement socio-économique élaboré par le cabinet sera approuvé sous peu en Conseil des ministres. Une importante aide internationale serait attendue dans ce cadre, donnant ainsi une salutaire bouffée d’oxygène au gouvernement en place.
 

Mercredi 27 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
 

 
Les chefs libanais seraient bientôt invités à dialoguer ensemble en Arabie saoudite
 
Paris III envers et contre tout, soulignent Siniora et Azour
 
Le Premier ministre Fouad Siniora a mis l’accent hier sur le fait que, malgré le blocage total sur la scène nationale, le gouvernement déployait tous ses efforts pour la tenue de la conférence Paris III, à la date prévue, le 25 janvier prochain, et qui exprimera un soutien international au cabinet.
M. Siniora, qui a reçu hier les rédacteurs en chef des différents quotidiens au Grand Sérail dans le cadre de sa politique d’ouverture vis-à-vis de l’opinion publique, a indiqué que le programme de réformes sera soumis au Conseil des ministres dans les jours qui viennent. Au plan politique, le Premier ministre multiplie les signes d’ouverture, mais à en croire les sources du Grand Sérail, l’opposition continue à se montrer intransigeante. Il n’en reste pas moins qu’il est question sérieusement d’une nouvelle initiative saoudienne visant à accueillir un « Taëf bis », en l’occurrence une conférence nationale de dialogue, semblable à celle qui s’était tenue à Taëf en 1989, en vue d’aboutir à une solution radicale et durable à la crise. L’idée en est encore à ses premiers balbutiements mais elle commencerait à faire son chemin et M. Nabih Berry œuvrerait en coulisses dans le sillage de cette initiative saoudienne. De là à faire le lien avec son allusion à une autre médiation qui ferait suite à celle de Amr Moussa, il n’y a qu’un pas que certains observateurs n’ont pas manqué de franchir.
Pour en revenir à la conférence Paris III, le ministre des Finances, Jihad Azour, a confirmé que le programme de réformes, qui doit être soumis à la communauté internationale lors de Paris III, a été finalisé, et qu’il sera soumis au Conseil des ministres dans les jours à venir. Avec ce programme, les dirigeants libanais tenteront de séduire les bailleurs de fonds réunis dans la capitale française, le 25 janvier prochain, afin de récolter les capitaux nécessaires pour relancer l’économie libanaise.
Dans les grandes lignes, ce programme sur cinq ans vise à faire face aux problèmes structurels qui minent l’économie du pays, à redonner au Liban son potentiel de croissance et à assainir les finances publiques.
Élaboré depuis plus d’un an et amendé après la guerre de juillet, ce plan a reçu l’aval des institutions internationales. Il a également été soumis, avant l’offensive israélienne, à toutes les forces politiques du pays, dans le but d’obtenir un consensus autour du programme, sans quoi il serait impossible de le mettre en œuvre. Mais l’unanimité ne peut pas se faire sur tous les détails, souligne M. Azour. Pour lui, il suffit d’obtenir l’accord le plus large possible sur les principaux points. Et cet accord, M. Azour estime l’avoir obtenu, d’abord parce que les grandes lignes du programme reposent sur la déclaration ministérielle, ensuite, parce que des ministres, aujourd’hui dans le camp de l’opposition, ont participé à son élaboration. Ainsi, le volet relatif à la privatisation du secteur de l’énergie, par exemple, reprend le programme de réforme mis en place par le ministre démissionnaire issu du Hezbollah, Mohammad Fneich. Quant au Courant patriotique libre, il propose un programme économique très proche de celui du gouvernement.
D’un point de vue purement économique, le programme de réforme ne devrait donc pas faire l’objet de controverses, estime M. Azour. Mais c’est sans compter le climat politique actuel. « Si ce programme est utilisé à des fins politico-politiciennes, comme c’est le cas actuellement, le Liban risque de passer à côté d’une chance unique de se redresser », souligne-t-il.
Et cette chance, il faut la saisir immédiatement. « Cette conférence était prévue en décembre 2005. Depuis, elle a sans cesse été reportée en attendant le moment propice. Aujourd’hui, on ne peut plus le faire », dit-il. D’une part, l’économie libanaise, durement éprouvée par la guerre de juillet, ne peut plus attendre. Et, d’autre part, M. Azour craint que l’intérêt et la solidarité dont fait preuve la communauté internationale ne s’amenuisent. « Aujourd’hui, les éventuels donateurs sont toujours mobilisés et disposés à soutenir le Liban. Mais si les Libanais laissent passer cette occasion, ils n’en auront pas d’autres », affirme le ministre des Finances.
 

Mercredi 27 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth