400 kg de TNT, des détonateurs et des minuteries découverts dans les domiciles de membres du PSNS

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Importante saisie effectuée par les FSI au Koura
 
400 kg de TNT, des détonateurs et des minuteries découverts dans les domiciles de membres du PSNS
 
 Une importante saisie d’armes aux domiciles de membres du Parti syrien national social (PSNS) a causé un électrochoc hier dans le pays. Dans les faits, les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont perquisitionné plusieurs domiciles dans la région du Koura (Liban-Nord). Une grande quantité d’armes, d’explosifs, de détonateurs électriques et de minuteurs a été saisie au domicile d’un des membres du parti. Les FSI ont par ailleurs encerclé des bureaux du PSNS à Beyrouth après plusieurs arrestations au Koura. Selon le PSNS, sept personnes ont été interpellées, toutes membres ou sympathisantes du parti, dont un haut responsable, Tony Mansour, des armes ayant été trouvées à son domicile et dans sa voiture.
Selon une source ministérielle interrogée en soirée par L’Orient-Le Jour, la saisie a permis de mettre la main sur 400 kilogrammes de TNT, plus de cent détonateurs et un grand nombre de minuteries. Le plus grave, ajoute-t-elle, c’est que, au domicile de Mansour, une voiture a été trouvée dans le garage, dont on avait changé la couleur, falsifié les papiers et enlevé le numéro de châssis. Tout, selon cette source, a été fait pour donner l’illusion que la voiture a été volée, alors que celle-ci appartient au propriétaire de la maison, prête à l’utilisation et impossible à retracer. La source constate que ces armes sont de toute évidence destinées à commettre des attentats, et non à la Résistance « que ce parti a quittée depuis 15 ans ». « Cette découverte est particulièrement importante, inquiétante et significative, selon elle, puisque cette cache d’armes existe depuis quelque trois mois. »
Les FSI ont donc publié hier en journée le communiqué suivant : « Suite à des informations sur l’existence d’explosifs à l’intérieur de maisons appartenant à certaines personnes dans des villages du caza du Koura, et sur instruction du procureur général près la Cour de cassation Saïd Mirza, une patrouille des FSI a perquisitionné ces domiciles et trouvé une grande quantité d’explosifs avec des détonateurs électriques utilisés pour des explosions, ainsi que des minuteries, sans compter de grandes quantités d’armes. Plusieurs personnes ayant un lien avec ces armes ont été arrêtées. »
En soirée, le Premier ministre Fouad Siniora a présidé une réunion sécuritaire regroupant le ministre de la Défense Élias Murr, le ministre de l’Intérieur Hassan el-Sabeh, le procureur général Saïd Mirza, le commandant en chef de l’armée le général Michel Sleimane, le directeur général des FSI, le général Achraf Rifi, le secrétaire général du conseil supérieur de la Défense, le général Saïd Eid, le directeur général de la Sûreté générale, le général Wafiq Jezzini, le chef du service des renseignements de l’armée, le général Georges Khoury, et le chef de la section de l’information des FSI, le lieutenant-colonel Wissam Hassan. La discussion a porté sur les dernières arrestations dans les rangs du PSNS, les résultats de l’enquête auprès de ces personnes ainsi que les moyens de la compléter.

« Il faut que les services collaborent plus », selon Joumblatt
Commentant la saisie d’armes, le député Walid Joumblatt a déclaré à L’Orient-Le Jour que « ce qui s’est passé est excellent, mais nous espérons qu’il y aura davantage de collaboration entre les différents services de renseignements à l’avenir ». Selon lui, beaucoup d’armes circulent dans le pays, et beaucoup d’autres sont introduites en contrebande à travers la frontière libano-syrienne. M. Joumblatt affirme que, dans tous les cas, ces armes n’ont rien à voir avec la Résistance et qu’il faut cesser ces surenchères. Il ajoute : « Cet incident me rappelle la saisie de mille kilogrammes d’explosifs par l’armée à Baalbeck, au lendemain de la guerre. Et comme par hasard, selon les premières informations, ces explosifs (découverts hier), estimés à 400 kilogrammes, datent de trois mois, donc coïncident avec la saisie des 1 000 kilogrammes. »
M. Joumblatt insiste sur la nécessaire collaboration entre tous les services, « pour bloquer les infiltrations de terroristes et d’armes provenant de Syrie et pour nettoyer le pays, le stock d’armes à l’intérieur étant très important ». À la question de savoir si, selon lui, il y aurait un lien avec les attentats commis au Liban contre des personnalités du 14 Mars, M. Joumblatt indique que « c’est à la commission d’enquête qu’il convient de déterminer s’il existe un lien ou non », mais que, dans tous les cas, lui-même accuse « tous ceux qui couvrent les agissements du régime syrien au Liban d’être impliqués moralement ou physiquement dans la série d’attentats ».

Geagea
Par ailleurs, au cours d’une rencontre informelle avec les journalistes, Samir Geagea, chef des Forces libanaises (FL), a commenté les saisies d’armes auprès de militants du PSNS. « J’espère que le gouvernement, les autorités judiciaires concernées et les ministères ne feront pas de concessions dans ce domaine et feront tout ce qu’il faut pour protéger les Libanais, surtout que les tentatives d’assassinats et les agressions se succèdent et que la sécurité n’est pas assurée », a-t-il dit. Il a ajouté : « Tout le monde a toujours à l’esprit l’assassinat de cheikh Pierre Gemayel (ministre de l’Industrie), sachant que le nombre d’attentats a atteint les quinze, et que ces méthodes sont inacceptables. »
Interrogé par L’Orient-Le Jour sur le timing des saisies d’armes, le ministre Ahmad Fatfat, qui a été ministre de l’Intérieur par intérim, fait remarquer que le timing obéit en fait à un processus tout à fait naturel, qui veut que les services de sécurité passent à l’acte dès que les informations se confirment, et que l’autorisation est donnée par le parquet. Tout en déclarant qu’il ne dispose pas d’assez d’informations pour commenter davantage les saisies, M. Fatfat souligne toutefois que, durant son mandat, le ministère disposait déjà d’informations similaires, mais qu’elles n’ont été confirmées que maintenant.
Mais pour le député PSNS Marwan Farès, la signification donnée au timing est toute différente. Selon lui, ces arrestations sont « une tentative de cerner le parti pour les positions qu’il a prises au sein de l’opposition ». Il insiste sur le fait que cette saisie « est une erreur qui vient s’ajouter à la liste d’erreurs du gouvernement ». À la question de savoir s’il craint que cette affaire ne mène à une enquête liée aux attentats, il répond simplement : « Nous nous en remettons à la justice, c’est elle qui décide. »

Suzanne BAAKLINI
Vendredi 22 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth