Les chocolatiers libanais ornent la fête malgré la crise

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Présents sur le marché depuis plusieurs décennies
 
Les chocolatiers libanais ornent la fête malgré la crise
 
Synonyme de plaisir, de passion et de séduction, le chocolat est le premier invité à toutes les occasions. Moelleux ou croquant, simple ou fourré, aromatisé ou biscuité, il répond à tous les goûts et flatte tous les palais. En période de fêtes de fin d’année, les saveurs chocolatées sont notamment associées aux truffes, mais aussi à tous ces assortiments qui évoquent les couleurs des fêtes et comblent toutes les fantaisies. Les artisans chocolatiers locaux, qui depuis de nombreuses années rivalisent d’ingéniosité pour offrir aux Libanais une palette de saveurs, n’échappent pas cette saison à la crise politique qui paralyse le pays.
L’effervescence caractérisant les journées qui précèdent Noël manque aux commerçants. Dans les boutiques de chocolat, les arrangements de Noël se comptent sur les doigts des mains, certains artisans préférant même les faire sur commande. À quelques jours de la fête, les magasins sont encore vides et les clients se font rares.
« D’habitude, nous décorions la boutique six semaines avant Noël », déplore Mme Emma Debbas, propriétaire de Chantilly. Mais cette année, ce n’est que depuis une dizaine de jours que la boutique a pris une allure de fêtes.
En 1981, la famille Debbas a racheté Chantilly, fondé dans les années 1950. « Nous l’avons modernisé, nous avons créé une grande usine et commencé notre expansion vers les États-Unis », explique Mme Debbas. Mais un an plus tard, en 1982, l’usine a brûlé. Les propriétaires ont alors déménagé l’usine à Chypre, qui était essentiellement consacrée à l’export. « Nous sommes retournés au Liban en 1990, parce que nous croyions au pays, poursuit-elle. Mais depuis, nous avons encaissé les coups l’un après l’autre. Et vu la situation économique et politique du pays, nous avons décidé après la guerre de juillet de déménager à Dubaï. Notre marché est à 95 % situé à l’étranger. Nous avons failli tout perdre au cours des derniers événements. Au Liban, nous avons commencé à réduire depuis plusieurs années déjà notre personnel, en prévision de la situation. Il y a six ans, nous avions douze points de vente. Actuellement, nous maintenons deux boutiques uniquement, à la rue de Verdun et à Bickfaya. Par contre, l’expansion s’est faite vers l’étranger. Actuellement, nous avons plusieurs franchises dans les pays arabes et en France, et le marché ne cesse de s’agrandir, contrairement au marché libanais. C’est désolant. » Et Mme Debbas d’ajouter : « Nous comptons sur nos clients qui sont fidèles et habitués à la qualité des produits que nous leur offrons et qui reviennent. »
Mme Debbas, qui affirme par ailleurs que les chiffres d’affaires de cette saison ne correspondent pas aux chiffres d’affaires habituels en période de fêtes, remarque qu’ils attendent la fin de cette année pour décider « de ce que nous allons faire ». « C’est triste. Nous n’avons pas l’âme aux fêtes, mais il faudrait continuer souligne-t-elle. Notre métier est gai. Mais avec tout ce qui se passe dans le pays, nous essayons, dans la limite du possible, de donner une petite touche de fête. »

Marché paralysé
Même son de cloche chez Dandy, le premier chocolatier au Liban, fondé en 1948. Mme Dania Hatem, propriétaire de la branche de Kaslik, explique qu’en matière de chocolat, trois grandes saisons sont particulièrement importantes : Noël, Pâques et les mariages en été. « La saison de Pâques était moyenne en raison de la situation, souligne-t-elle. L’été, même s’il a bien démarré, a été paralysé par la guerre de juillet et d’août. Nous avons espéré compenser durant les fêtes de fin d’année, mais la crise politique pèse sur l’économie. Il est vrai que les gens ne vont pas passer Noël sans acheter du chocolat. Ils vont toutefois avoir tendance à se contenter du minimum, d’autant que les invitations se font moins nombreuses. »
Oussama Saadé, l’un des propriétaires de l’usine de Dandy, note pour sa part que l’offensive israélienne contre le Liban a influé sur l’exportation de ses produits. Même après la levée du blocus aérien et maritime, il lui a fallu plusieurs semaines pour redémarrer. « Durant le mois du ramadan et la fête du Fitr, nous n’avons pu couvrir plus de 20 % du marché étranger, déplore-t-il. Nous n’étions pas au bout de nos peines. Nous avions à peine reçu les matières premières que les manifestations ont commencé, paralysant le marché à nouveau. Nous comptons généralement sur les touristes du Golfe qui créent une dynamique sur le marché. Or ce phénomène nous manque cette année. »
Malgré tout, ce chocolatier n’a pas modifié sa qualité. « Notre chocolat est fait à froid, cette technique ne permettant que l’utilisation du beurre de cacao, l’ingrédient le plus cher dans la fabrication de ce produit, ce qui explique que nos prix sont plus élevés », remarque-t-il.
Alpina, chocolatier depuis 1970, a absorbé la crise parce qu’il ne compte pas sur le marché local, « notamment en cette période », et se tourne vers le marché extérieur, principalement les pays arabes. « Nous offrons à nos clients une constance dans la qualité des produits, dit M. Nadim Kronfol, propriétaire de l’usine. Nous demandons l’avis de nos clients et créons des produits qui correspondent à leurs goûts. » Notant enfin que durant la période qui a suivi la guerre, l’usine a connu une légère pénurie dans son approvisionnement en matières premières, M. Kronfol remarque que le marché local ne suffit plus, notamment à la lumière de la crise politique.

N. M.

Jeudi 21 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth