Douze sapins pour souhaiter un Joyeux Noël à ceux qui ont offert leur vie pour le Liban

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Les martyrs de la deuxième indépendance à l’honneur au centre-ville de Beyrouth
 
Douze sapins pour souhaiter un Joyeux Noël à ceux qui ont offert leur vie pour le Liban
 
Pour être dignes de ceux qui sont partis, pour que devienne pérenne le Liban libre et souverain, pour célébrer la Nativité bercée par leur doux souvenir, pour fêter ceux qui resteront, irrémédiablement, éternellement présents, douze sapins de Noël ont été érigés, décorés et dédiés aux martyrs de la deuxième indépendance, celle qui porte le code magique 05.
Tous les personnages de ce récit sont vrais. L’histoire se déroule entre 1977 et 2006. Les faits ont eu lieu au Mont-Liban et à Beyrouth. Tous les personnages sont morts assassinés. L’assassin est le même. Le peuple le connaît, puisque voce di popolo, voce di Dio, la voix du peuple est la voix de Dieu.
Des fidèles du 14 Mars, ceux qui sont restés loyaux à la divine révolution du Cèdre, ont allumé des cierges, hier, devant des sapins de Noël souriant de toutes leurs couleurs, sur la rue qui relie le siège du quotidien an-Nahar, place des Martyrs, à la Maison centrale du parti Kataëb, à Saïfi.
Les enfants d’abord, ceux qui ont perdu un père fauché dans la fleur de l’âge, tel ce petit garçon qui répond au nom de Ramzi Irani, ou encore Gabrielle et Nadia Tuéni, sans oublier Elio, le fils d’André Flouty, ou Amine et Alexandre Gemayel, les fils du dernier des martyrs, le ministre Pierre Gemayel, et d’autres pupilles de la nation souveraine.

Le piège du 16 mars 1977
« C’est une manière de remercier nos martyrs et de passer Noël avec eux », affirme Youmna Gemayel, qui avait deux ans lorsque l’assassin a choisi son père, le président Bachir Gemayel, emporté avec vingt-trois autres Libanais. « C’est une manière de dire que nous voulons vivre, ici, dans un Liban civilisé », poursuit-elle. Fidèle au franc-parler de son père, la jeune Gemayel conclut : « Si tous les partenaires du 14 Mars avaient épousé les idées de Bachir après son assassinat en 1982, nous n’aurions eu aujourd’hui que deux sapins, celui de Kamal Joumblatt et celui de mon père. »
Nora Walid Joumblatt, l’une des promotrices du projet, précise qu’elle aurait aimé disposer de suffisamment de temps et d’espace pour « planter des sapins pour tous les martyrs » du totalitarisme, tel le journaliste Salim al-Lawzi ou cheikh Soubhi Saleh. Sans doute Beyrouth aurait-il été trop petit pour accueillir tous ces arbres.
Il faut dire que le sapin et la plaque qui commémorent l’assassinat du leader druze Kamal Joumblatt remémorent « tous les martyrs du piège du 16 mars 1977 ». « Walid (Joumblatt) tenait à ce que nous évoquions les victimes des représailles qui ont suivi l’assassinat », souligne Mme Joumblatt.
Cela ne fait pas de mal d’entendre parler de réconciliation et de communion des communautés (des martyrs) à la veille de Noël.

Un cèdre sur un sapin
Un troisième sapin est dédié au mufti Hassan Khaled, un quatrième à Dany Chamoun et à sa famille, un cinquième au président René Moawad et aux victimes de l’explosion du 22 novembre 1989. Un arbre est dédié à Ramzi Irani, le dirigeant universitaire des FL, assassiné en mai 2002. Puis il y a des sapins venus tout droit du printemps de Beyrouth : celui de Rafic Hariri et des victimes de la funeste Saint-Valentin 2005 et celui de Bassel Fleyhane. Un arbre est décoré en mémoire du journaliste Samir Kassir. Et Georges Haoui n’aurait probablement pas apprécié les boules orange accrochées au sien. Le sapin de Gebran Tuéni et de ses compagnons de mort (André Mrad et Nicolas Flouty) porte l’écharpe rouge et blanche de l’opposition antisyrienne, chère à Gebran. Pierre Gemayel a un cèdre sur son sapin, celui des Kataëb.
« Les vrais défunts sont ceux qui entravent le travail de la justice », a dit le ministre des Télécommunications Marwan Hamadé, lors de la cérémonie organisée hier soir, en allusion aux positions de l’opposition. « Les vrais défunts sont ceux qui craignent le tribunal et parlent d’entente nationale alors qu’ils cherchent à protéger les criminels », a-t-il ajouté. Devant les sapins, Atef Majdalani, député de Beyrouth (Courant du futur), a renchéri : « De quelle union nationale parlent-ils lorsqu’ils occupent le cœur de Beyrouth et sabotent la saison des fêtes ? »
Et puis Gisèle Khoury, la veuve de Samir Kassir, a rappelé que « tous les martyrs s’étaient opposés au régime policier des services de renseignements ».
L’animatrice de télévision s’est adressée à son compagnon, Samir, et à travers lui, à tous les martyrs : « J’ai écrit ton nom sur un arbre mort, pour la beauté de ton nom, l’arbre est né à nouveau. »

Jad SEMAAN
Jeudi 21 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth