Le départ de Lahoud, clé de toute solution équilibrée

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Le départ de Lahoud, clé de toute solution équilibrée
 
La mission de conciliation entreprise par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, afin de sortir le pays de l’impasse dans laquelle il a été entraîné a relancé le débat interne sur la nature de la solution qui devrait être mise en place dans les plus brefs délais. Le responsable de la Ligue a annoncé la couleur sur ce plan en reprenant à son compte le fameux slogan « ni vainqueur ni vaincu », se plaçant ainsi à l’heure libanaise.
La formule « ni vainqueur ni vaincu » devrait être effectivement à la base de tout règlement si l’on désire véritablement rétablir la stabilité dans le pays. Or la solution réclamée par l’opposition aurait pour conséquence de consacrer, dans la pratique, la victoire de la minorité face à l’alliance du 14 Mars. En réclamant avec insistance le tiers de blocage au sein du gouvernement, l’axe CPL-Hezbollah cherche à l’évidence à contrôler l’Exécutif, ou du moins à bloquer son action. Ce tiers de blocage lui permettrait en effet d’opposer son veto à toute décision importante ou à provoquer la chute du gouvernement. Conformément à la Constitution de Taëf, le cabinet est en effet considéré démissionnaire si plus du tiers des ministres démissionne. Si elle obtient, comme elle le réclame, plus du tiers des portefeuilles au sein l’Exécutif, l’opposition sera ainsi en mesure de provoquer à n’importe quel instant la chute du gouvernement. Cela reviendrait à imposer la « dictature de la minorité », comme l’a relevé il y a quelques jours l’un des pôles du 14 Mars.
Cette « dictature de la minorité » serait alors d’autant plus réelle que l’opposition contrôle déjà aussi bien la présidence de la République que la présidence de la Chambre. De surcroît, la majorité dont dispose l’alliance du 14 Mars au Parlement s’avère dans le contexte présent purement théorique du fait que Nabih Berry se comporte non pas en tant que chef du Législatif, mais plutôt en leader du mouvement Amal et en pôle de l’opposition, de sorte que la Chambre est pratiquement prise en otage par les opposants. Par voie de conséquence, accorder à l’axe CPL-Hezbollah-Amal la minorité de blocage reviendrait à permettre à la minorité de contrôler et de verrouiller tous les échelons du pouvoir, relève un membre du cabinet Siniora.
Les milieux du 14 Mars réfutent dans ce cadre l’argument de l’opposition portant sur la marginalisation de la communauté chiite dans l’exercice du pouvoir. Les milieux en question rappellent à ce propos que le tandem Hezbollah-Amal a imposé l’élection de Nabih Berry à la présidence de la Chambre, alors que la majorité aurait pu faire élire l’un de ses candidats à ce poste. Lors de la formation du gouvernement Siniora, ce même axe a également obtenu les portefeuilles-clés qu’il réclamait, notamment les Affaires étrangères, sans compter la nomination à la tête de la Sûreté générale d’un officier proche du tandem chiite. Et parallèlement, la quasi-totalité des décisions du Conseil des ministres étaient prises à l’unanimité, donc avec l’aval des ministres chiites.
Compte tenu d’une telle réalité, la clé d’une solution équilibrée, basée sur le principe « ni vainqueur ni vaincu », réside dans le départ du président Émile Lahoud et dans l’élection d’un nouveau chef de l’État, soulignent les milieux du 14 Mars. Un changement à la présidence de la République ouvrirait la voie en effet à la formation d’un gouvernement d’union nationale, comme le réclame l’opposition, ce qui permettrait l’adoption d’une nouvelle loi électorale équilibrée, et peut-être même l’organisation d’élections législatives anticipées. Si un nouveau président est élu en replacement du général Lahoud, l’alliance du 14 Mars pourrait en effet ne plus s’opposer à des législatives anticipées puisque quels que soient les résultats des élections, le chef de l’État aurait été élu par le Parlement actuel.
C’est sur un tel « package deal » (présidentielle anticipée en contrepartie d’un gouvernement d’union nationale) que les efforts de médiation sont actuellement axés. Une telle solution globale, prônée d’ailleurs par Bkerké sur base des « constantes maronites », prévoirait de dissocier le dossier du tribunal international des revendications des deux camps en présence du fait que toutes les parties ne cessent de réaffirmer leur soutien au tribunal en question. Encore faut-il que les parties concernées traduisent dans les faits, et par des actes, leur position de principe sur ce plan.
Émile Khoury
Jeudi 14 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth