Gebran, 1 an déjà

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      Pourquoi Gebran ?
 
Un an déjà.
Ce n’est pas cette première commémoration qui remue les souvenirs et ravive la douleur restée comme une plaie béante car l’écho de sa voix est omniprésent et le flot de souvenirs constant.
Comment peut-on ne pas penser à Gebran chaque matin en lisant le Nahar ?
Comment peut-on ne pas ressentir son absence en regardant ce qui se passe autour de nous ? C’est aujourd’hui qu’on réalise pourquoi il a été assassiné.
Assassiné pour détruire l’ambition de cette jeunesse libanaise à qui on ne donne aucun répit, une jeunesse qui était son combat permanent.
Assassiné pour laisser le champ libre aux indépendantistes d’hier de se reconvertir en résistants farouches contre la révolution du Cèdre.
Assassiné surtout pour mettre à genoux cette grande institution qu’est le Nahar, pour faire perdre à ce journal son identité que Gebran avait si bien refaçonnée ces six dernières années malgré toutes les tendances politiques divergentes de ses collaborateurs.
Aujourd’hui, les Libanais ont perdu en Gebran l’espoir d’une nouvelle génération d’homme politique. Le Nahar a perdu en Gebran sa boussole et moi j’ai perdu en Gebran un frère que j’aurais aimé avoir mais qu’il a si bien remplacé.
Le Liban se remettra car toute nation survit à ses hommes.
Le Nahar retrouvera certainement et très prochainement sa boussole grâce à la très grande énergie de Nayla et à l’incomparable expérience du patriarche de la presse libanaise et de la famille qui est Ghassan Tuéni.
Quand à moi, rien ne pourra remplacer ce vide qu’il a laissé.
Avec Makram, 19 ans plus tôt, ce sont tous les souvenirs d’enfance et de la prime jeunesse qui ont été enterrés.
Avec Gebran, c’est le départ du grand frère, l’ultime cousin.
Tu vas nous manquer Gabi, comme tu as dû énormément manquer à Nadia, Nayla et Makram qui t’ont retrouvé aujourd’hui.
Par Karim Hamadé
Mercredi 13 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
 


 
Une route et une sculpture lui ont été dédiées à Mkallès
 
Les lieux de l’attentat portent à jamais l’empreinte de Gebran Tuéni
 
La route des usines à Mkallès porte toujours, un an après l’attentat à la voiture piégée qui a coûté la vie à Gebran Tuéni, les stigmates de cette funeste journée du 12 décembre 2005. Si le souvenir du journaliste est encore vivant dans l’esprit de tous ceux qui l’ont connu, il le sera encore plus pour les habitants de la région et les passants. Désormais, la route des usines est baptisée du nom de Gebran Tuéni. Une sculpture en forme de plume de stylo reposant sur un bloc-notes dont l’une des feuilles porte le fameux serment du député a été érigée au haut de la pente qui mène vers la vallée de Daychounié. Une initiative de la fédération des municipalités du Metn, en la mémoire de celui qui fut – et qui demeure – l’idole de la jeunesse libanaise.
La douleur était intense et bien vive hier à Mkallès, sur les lieux mêmes de l’attentat, qui a coûté en ce fatal lundi la vie à Gebran Tuéni et à ses deux compagnons André Mrad et Nicolas Flouty. Portant encore le deuil de celui qu’ils ont tant aimé, ses collègues, le visage grave et le regard encore voilé par la tristesse, ont commencé à affluer peu avant 10h, pour la cérémonie du lever du voile de la sculpture qui lui est dédiée. La cérémonie s’est déroulée en présence notamment du père du disparu, le député Ghassan Tuéni, de sa veuve, Siham, de ses filles Nayla et Michelle, et de son oncle, le ministre des Télécommunications, Marwan Hamadé.
Étaient également présents les députés Michel Murr et Ghassan Moukheiber, le président de la Ligue maronite, Michel Eddé, l’ancien député Gabriel Murr, la présidente de la Fédération des municipalités du Metn, Mirna Murr Abou Charaf, la caïmacam du Metn, Marlène Haddad, l’ancien président de l’Union internationale de la presse, Roger Parkinson, dont Gebran Tuéni était le conseiller pour les affaires du Moyen-Orient, ainsi que Massoud Achkar, des notables de la région, des étudiants de la faculté des sciences de l’USJ et des élèves du collège du Rosaire.
Sur fond de chansons patriotiques, les présents portaient haut des portraits du journaliste et député victime de la pensée libre. La cérémonie a débuté par l’hymne national, suivi de celui dédié à Gebran Tuéni et composé à sa mémoire.
Dans une allocution, le président du conseil municipal de Mansourieh-Mkallès-Daychounié, William Khoury, a souligné l’importance du serment qu’avait prononcé Gebran Tuéni, le 14 mars 2005, place des Martyrs, appelant les présents à rester fidèles au principe de l’unité nationale entre Libanais.
Émue et éprouvée par le chagrin, Michelle Tuéni a affirmé que la plume de son père disparu manquait aujourd’hui à la presse, cette plume qui a « tant poussé les jeunes à se révolter » et les a appelés « à s’exprimer ». La presse a la nostalgie des « éditoriaux du jeudi » et les programmes télévisés de la voix de Gebran « qui se révolte parce que la loi, la Constitution ou le Liban ont été violés », a-t-elle poursuivi. Et de souligner que Gebran Tuéni manque aux « foules du 14 Mars » qui veulent qu’il leur redonne « l’espoir et la force de poursuivre leurs rêves », aux députés, habitués à le voir transformer les séances parlementaires en un « interrogatoire » lorsqu’il s’agissait de dossiers épineux, comme à ses adversaires qui ont le mal de « l’audace et de la franchise de Gebran ».
« Le Liban a le mal de son fils chéri » qui le défendait « quel qu’en soit le prix » et qui « a payé ses convictions de sa vie », a ajouté Michelle Tuéni. Elle a insisté sur le vide qu’a laissé « mon père chéri » dans sa vie, espérant que « les Libanais libres n’oublieront pas que tu es tombé en martyr pour eux, pour que vive le Liban dont tu as toujours rêvé ».
Au terme de la cérémonie, une délégation de la faculté des sciences de l’USJ, toutes confessions et tendances politiques confondues, est venue déposer une gerbe de fleurs au pied de la sculpture, brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des extraits du serment de Gebran Tuéni et des photos du député martyr. Les étudiants sont venus affirmer au monde « que Gebran n’est pas mort » et que « nous resterons unis comme il l’a voulu ». « Nous sommes l’avenir du pays. Ce pays est le nôtre, affirme Élie Lattouf, un responsable estudiantin. Personne ne peut empêcher les jeunes de combler leurs aspirations. Et nous voulons vivre dans un Liban uni loin des tiraillements politiques. »
Nada MERHI
Mercredi 13 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
 


 
Un an après l’assassinat du député, des milliers de fidèles étaient au rendez-vous 
 
L’émotion avait les couleurs de l’opposition antisyrienne, rouge et blanc, lors de la messe de requiem pour Gebran Tuéni
 
Le rouge et le blanc ont refait une apparition émouvante, hier, lors de la messe de requiem pour Gebran Tuéni. Il y a un an, le député et journaliste était emporté, avec ses compagnons, Nicolas Flouty et André Mrad, par l’explosion d’une voiture piégée. « Celui qui meurt pour la liberté devient plus présent », a rappelé dans son homélie le métropolite de Beyrouth, Élias Audeh, qui a dit la messe des morts, pour le repos des martyrs Tuéni, Flouty et Mrad, en l’église Mar Mitr des grecs-orthodoxes à Achrafieh.
La messe avait des allures de 14 mars 2005 : les écharpes rouge et blanc de l’opposition antisyrienne étaient à tous les cous. À l’intérieur de l’église, les parents des trois victimes, mais aussi des ministres, des députés, d’anciens ministres et députés, des collaborateurs d’an-Nahar, l’ancien président de la Chambre, Hussein Husseini, Nicole et Samy Gemayel, qui ont récemment porté en terre un autre martyr, leur frère, le ministre Pierre Gemayel, des amis et des fidèles sont venus rendre hommage à la mémoire d’une voix courageuse de la révolution du Cèdre.
À l’extérieur de l’église, des milliers de jeunes et de moins jeunes, qui sont restés fidèles, eux, aux idéaux du printemps de Beyrouth, des jeunes qui ne se sont pas trompés de révolution, qui ne se sont pas trompés de lieu de manifestation, qui sont restés dignes de ceux qui sont partis pour que perdure le Liban indépendant et libre des ingérences des frères et des demi-frères, ces jeunes-là ont répété, après Nayla Tuéni, le serment de Gebran Tuéni, prononcé le 14 mars 2005.
Si c’était un tableau de peinture, Ghassan, Nayla et Michèle Tuéni seraient en son centre. La fille aînée suffoque, gémit et s’étrangle dans ses larmes. Les consolations de la ministre Nayla Moawad n’y peuvent rien. Le ministre Marwan Hamadé prend la place de Mme Moawad et tente à son tour d’apaiser Nayla, sans succès. Ghassan et Michèle se tiennent la main comme ils peuvent.
Cela ne sent-il pas le parfum de la révolution du 14 Mars, lorsque les députés du PSP, Walid Joumblatt et Akram Chehayeb, proposent leur place aux parents de Samir Kassir dans une église pleine à craquer ? Il convient de rappeler que les journalistes Tuéni et Kassir se sont retrouvés tous les deux au cimetière de l’église Mar Mitr.
« Nous ne reconstruirons le Liban que dans la concertation et le dialogue, a souligné dans son serment Élias Audeh, le dialogue calme et sérieux, auquel croyait Gebran, le dialogue respectueux où il n’y a de place ni à la terreur, ni aux exigences, ni aux menaces. »
Reportage de Jad Semaan
Mercredi 13 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
 


 
La lettre de Hariri à Gebran Tuéni
 
Dans un communiqué publié hier, le chef du Courant du futur, Saad Hariri, a adressé une lettre à son « frère et ami, Gebran » où il l’assure que « nous n’abandonnerons pas les idéaux de l’intifada de l’indépendance ; nous n’accepterons pas le retour du régime de la tutelle qu’importent les sacrifices qui incombent ; nous ne leur donnerons pas dans des négociations ce que des martyrs ont défendu avec leur sang ; nous protégerons le Liban du coup d’État ; le Liban ne sera pas la victime de la politique des axes ».
Le député de Beyrouth a conclu sa missive en ces termes : « Sois sûr, mon ami, le tribunal international arrive, arrive, arrive. »
 

Mercredi 13 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth