Le souvenir de Gebran Tuéni placé sous le signe de la continuité des principes du 14 Mars

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« La presse en état de siège » au BIEL pour la première commémoration de l’assassinat du journaliste
 
Le souvenir de Gebran Tuéni placé sous le signe de la continuité des principes du 14 Mars
 
 
La salle était comble, hier, au BIEL pour la cérémonie d’ouverture d’un cycle de conférences marquant la première commémoration de l’assassinat de Gebran Tuéni, le 12 décembre 2005. Au nom de « La victoire de la liberté », la cérémonie a été placée sous le thème « La presse en état de siège ». Elle a été marquée par les discours à caractère politique de Nayla et Ghassan Tuéni, et ponctuée de projections de scènes de la vie du journaliste assassiné et d’intermèdes musicaux de Mansour et Oussama Rahbani, chantés par Ghassan Saliba. Elle a été clôturée par la remise du Prix annuel international Gebran Tuéni à la première femme yéménite rédactrice en chef, Nadia el-Sakkaf. Elle s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités politiques, diplomatiques et médiatiques qui ont fait le déplacement, à l’invitation du quotidien an-Nahar et de l’Association mondiale des journaux, en dépit de la manifestation monstre menée, dans l’après-midi, par l’opposition. Étaient ainsi présents le député Yassine Jaber, représentant le chef du Parlement, Nabih Berry, les ministres et députés du 14 Mars, les députés du CPL, notamment Ghassan Moukheiber, Ibrahim Kanaan, Sélim Aoun et Nehmetallah Abi Nasr, et l’ambassadeur des États-Unis, Jeffrey Feltman.
Gebran Tuéni était hier au cœur de la cérémonie animée par le journaliste Walid Abboud. Mais à travers la première commémoration de son assassinat, qui aura effectivement lieu demain, ce sont tous les martyrs de la presse libanaise qui ont été salués et tous les martyrs de la cause libanaise, morts ou vivants. Des martyrs qui, depuis le début de la guerre libanaise, ont lutté et continuent de lutter pour l’indépendance de la presse et pour la liberté de pensée et d’expression, « jusqu’à la dernière goutte de leur sang », pour reprendre ces termes de Gebran Tuéni, quelque temps avant son assassinat.
Après une minute de silence observée en mémoire du dernier martyr de la cause libanaise, Pierre Gemayel, c’est le président du conseil d’administration de l’Association mondiale des journaux, Timothy Balding, ami personnel de Gebran Tuéni, qui a pris la parole en premier, déplorant que l’année 2005 a été « une année sanglante pour les journalistes à travers le monde, mais aussi au Liban où ils ont payé un lourd tribut pour l’amour de la liberté et de l’expression libre ». Il évoquait ainsi les assassinats de Gebran Tuéni et de Samir Kassir certes, mais aussi la tentative d’assassinat de May Chidiac, « qui est avec nous aujourd’hui ». Il a également insisté sur la nécessité pour les familles et les proches « de transformer la douleur de l’absence en défi et détermination à poursuivre le combat. Autrement, ce serait trahir leur sacrifice. Car Gebran se savait en danger, mais la cause passait avant », a-t-il rappelé.

Refus de la guerre civile
Un film retraçant des moments de la vie de Gebran Tuéni a alors été projeté, reprenant nombre de slogans chers au journaliste, notamment le pacte d’honneur scellant l’unité des chrétiens et des musulmans, prononcé le 14 mars, place des Martyrs.
C’est en s’adressant à son père défunt, comme s’il était toujours là, malgré son absence physique, que Nayla Tuéni a affirmé son engagement et celui du quotidien an-Nahar dont elle reprend le flambeau, dans la ligne de conduite du 14 Mars. Un engagement dans la continuité : « Ici tout se passe comme tu l’as voulu, dit-elle. An-Nahar est là et poursuit sa lutte pour défendre le Liban, mais aussi la liberté et la démocratie partout au monde. » Nayla Tuéni dénonce alors « le coup d’État contre la patrie et la révolution du Cèdre », ainsi que « la tentative de retour à l’ère de l’ingérence ». Elle met aussi en garde contre « le risque de lier le Liban aux axes extérieurs, ce qui transformera le Liban en une arène pour les guerres des autres. Et ce pour empêcher la création du tribunal international ». Tout en promettant qu’il n’y aura pas de guerre civile au Liban et que la philosophie de la vie vaincra celle de la mort. Et d’ajouter : « Nous ne permettrons pas la chute du cabinet Siniora sous la pression de la rue. »
À son tour, le journaliste du New York Times, Thomas Friedman, également membre du comité Pullitzer, a salué, dans un message diffusé sur grand écran, le courage de Gebran Tuéni. Indiquant qu’« en Orient, les mots peuvent mener en prison, mais peuvent aussi tuer », il a précisé que le prix Gebran Tuéni, qu’il considère comme une sorte de version arabe du Prix Pullitzer, récompensera chaque année un journaliste qui croit dans les principes pour lesquels a été assassiné Gebran Tuéni.

Refus de la critique
D’une intervention à l’autre, d’un témoignage à l’autre, des professionnels et des amis de Gebran Tuéni, notamment l’éditorialiste du Washington Post, David Aghnassios, la chanteuse Magida Roumi, le directeur général de la chaîne al-Arabiya, Abdel Rahman el-Rached, ainsi que les acteurs d’un gouvernement de l’ombre, formé de jeunes de toutes appartenances communautaires, conformément au rêve de Gebran Tuéni, ont salué son courage et sa plume libre.
La parole revenait alors à son père, le député Ghassan Tuéni, président du conseil d’administration du quotidien an-Nahar, qui a précisé que « la presse ne défend pas uniquement ses libertés personnelles. Mais son combat réside dans la défense des libertés publiques et plus spécifiquement des libertés politiques, de la pensée libre, du droit d’une nation à décider de son sort et à étendre sa souveraineté sur son territoire ». Il a aussi nommé quelques journalistes qui ont payé de leur vie « leur lutte pour les droits de l’homme et la liberté de la presse », notamment Samir Kassir, Riad Taha, Mohammad Choucair, Salim Laouzi, Kamel Mroué et Philippe el-Khazen. M. Tuéni a de plus indiqué qu’il ne pouvait y avoir de liberté sans démocratie, ni de gouvernement démocratique sans libertés, qu’il ne pouvait non plus y avoir de nation libre sans citoyens libres, libérés de la peur, jouissant du droit de vivre dans la sécurité, la paix et la justice.
Évoquant ensuite le thème du colloque, « La presse en état de siège », Ghassan Tuéni a expliqué que cet état de siège venait souvent « de forces politiques extrémistes », qui ne supportent pas les critiques de la presse ou ses appels au respect de l’avis d’autrui. M. Tuéni a ainsi évoqué le combat de la presse « pour garder son indépendance financière », dénonçant les tentatives de mainmise sur l’information, de manière générale, de la part de personnes au pouvoir.
C’est alors que du Grand Sérail, le Premier ministre Fouad Siniora s’est adressé à l’assistance. Discours très applaudi à l’issue duquel le Prix Gebran Tuéni a été remis à la journaliste Nadia el-Sakkaf, première femme yéménite rédactrice en chef, qui œuvre à moderniser la presse et à améliorer la position de la femme dans son pays.

Anne-Marie EL-HAGE
Lundi 11 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
 


 
Messe pour Gebran Tuéni en l’église Mar Mitr
 

La direction du quotidien an-Nahar et la famille Tuéni annoncent que la messe pour la première commémoration de l’assassinat de Gebran Tuéni et de ses camarades Nicolas Flouty et André Mrad aura lieu en l’église Mar Mitr, à Achrafieh, demain, mardi, à 17 heures, et non pas en la cathédrale Saint-Georges, place de l’Étoile, comme il était prévu. Et ce, pour permettre à tous les participants d’arriver sans encombres, vu les mesures de sécurité au centre-ville de Beyrouth.

 
Lundi 11 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth
 


 
Marche silencieuse à Paris
 
Pour la première commémoration de l’assassinat de Gebran Tuéni, une messe du souvenir a été célébrée hier en l’église N-D du Liban de la rue d’Ulm, en présence de plusieurs centaines de fidèles dont des amis libanais et français du journaliste disparu.
L’office divin a été célébré par Mgr Saïd Saïd, vicaire patriarcal en France, en présence de représentants de diverses communautés libanaises.
Après la messe, les organisateurs, c’est-à-dire le Courant du futur, les FL, la Gauche démocratique, les Kataëb, le PSP et l’ULCM, ont organisé une marche silencieuse jusqu’à la place du Panthéon où des mots de circonstance ont été prononcés, évoquant la mémoire et le martyre de Gebran Tuéni.
Après ce rassemblement, un groupe restreint d’une trentaine de personnes, représentant des responsables des forces du 14 Mars et des membres de la famille Tuéni, s’est rendu au Jardin du Luxembourg pour déposer une gerbe de roses au pied du cèdre planté dans ce lieu, à proximité du Sénat, en hommage aux martyrs de la révolution du Cèdre.
Paris, d’Élie MASBOUNGI

Lundi 11 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth