Lahoud refuse de valider la création du tribunal Hariri

Non classé
 
A la veille d’une nouvelle grande manifestation, le président Lahoud refuse de valider la création du tribunal Hariri
 
 
Comme on s’y attendait, le président libanais pro-syrien Emile Lahoud a refusé samedi de signer le projet gouvernemental de création d’un tribunal chargé de juger les suspects de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri en février 2005.

Ce refus, qui risque de rajouter encore de l’huile sur le feu de la crise libanaise, intervient à la veille de la grande manifestation, prévue dimanche, à l’appel du Hezbollah qui la qualifie d’"historique et décisive" contre le gouvernement et jure que le 10 décembre marquera un tournant et le début de l’escalade.

Alors que l’opposition pro-syrienne occupe déjà le coeur de Beyrouth dans un sit-in qui dure depuis désormais neuf jours, le ton est monté entre les deux camps jeudi et vendredi. Le Premier ministre Fouad Siniora, reclus dans ses bureaux du Grand Sérail depuis plus d’une semaine, a accusé le Hezbollah de vouloir fomenter un coup d’Etat. "Ce que nous avons vu hier était un accès inutile de colère et de grossièreté que nous n’acceptons pas", a-t-il tonné. "Sayyed Nasrallah (…) menace d’un coup d’Etat et ses déclarations portent en germe la discorde et la menace".

Le chef du Parti de Dieu avait en effet attaqué le premier jeudi, affirmant que le gouvernement Siniora avait a fait le jeu d’Israël pendant la guerre de l’été.

Quant au président Lahoud, proche de Damas, il avait reçu le 27 novembre ce projet portant création d’un tribunal soutenu par l’ONU. Dans le communiqué rendu public par ses services samedi, le président renvoie le texte au gouvernement "pour revue dès qu’un gouvernement constitutionnel et légitime sera constitué".

Le président considère en effet que le gouvernement de Fouad Siniora est illégitime depuis que six ministres pro-syriens, dont les ministres chiites, en ont démissionné peu avant que le gouvernement donne son feu vert à la création de ce tribunal.

L’équipe Siniora devrait donc transmettre le texte portant création du tribunal directement au Parlement. Mais son président, le chiite Nabih Berri, proche du Hezbollah, a déjà fait savoir qu’il ne convoquerait pas le Parlement pour qu’il vote sur ce projet.

Le tribunal est devenu la dernière arme dans le bras-de-fer en cours entre les pro et les anti-syriens au Pays du Cèdre. En fin de course, l’ONU pourrait passer outre la décision libanaise et approuver de son côté la création de ce tribunal. Ce dernier devrait comporter plus de juges internationaux que de membres libanais.

Le Hezbollah réclame le tiers des sièges gouvernementaux, soit un droit de veto effectif sur toutes ses décisions. Il a depuis choisi la voie de la confrontation via les manifestations de rues, espérant ainsi faire tomber l’équipe Siniora. Ce dernier, qui bénéficie du soutien de Washington et de nombre de pays arabes, affirme qu’il ne cèdera pas à la pression de la rue et ne démissionnera pas.

La région entière observe avec angoisse la crise libanaise. Le président égyptien Hosni Moubarak a dénoncé les manifestations, y voyant "des risques d’ingérence étrangère", et disant craindre qu’elles ne puissent "aboutir à des affrontements très graves et même conduire à la destruction du Liban". AP

Source: Article publié dans Le Nouvel Obs le 09.12.2006