«Une diva qui illumine les jours sombres de Beyrouth»

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CORRESPONDANCE – Feyrouz dans le « New York Times »
 
«Une diva qui illumine les jours sombres de Beyrouth»
 
 
L’art au Liban l’a emporté sur la politique dans l’édition du dimanche du New York Times qui a consacré trois colonnes au spectacle Sah el-Nom, alors que le sit-in de l’opposition est relaté en une colonne. L’article intitulé Une diva illumine les jours sombres de Beyrouth est illustré d’une très belle photo de Feyrouz étalée sur trois colonnes.
On peut notamment lire: «Lorsqu’elle est apparue sur scène vêtue de soie couleur abricot, il y a eu dans l’audience des larmes, de forts applaudissements et des cris de joie. Feyrouz se produisait à Beyrouth et son pays, semble-t-il, n’a jamais eu autant besoin d’elle.» Et l’auteur de l’article, Katherine Zoepf, de rappeler que durant ces derniers jours, des tanks de l’armée avaient pris position aux intersections du centre-ville où se déroulait la grande manifestation du Hezbollah alors que les rumeurs d’une nouvelle guerre civile étaient sur toutes les lèvres: «Mais les Beyrouthins de tous les quartiers étaient d’accord pour que Feyrouz se produise comme prévu.» Et de rappeler que notre ambassadrice auprès des étoiles devait à l’origine se produire en juillet dernier dans le cadre du Festival international de Baalbeck, mais dont le programme avait été annulé à cause de la guerre avec Israël.
Ce nouveau rendez-vous avec le public a tenu malgré tout. Et ce dernier y a répondu, relate le New York Times: «Les spectateurs ont bravé la manifestation, les routes bloquées et les barrages de sécurité pour s’installer sur des chaises en plastique blanc, alors que des soldats patrouillaient dans les environs. Ils étaient venus de Beyrouth, de Saïda, de la Békaa.» La journaliste américaine a recueilli leurs témoignages. « Feyrouz est le rêve de tous les Libanais. Elle est majestueuse et mystérieuse, et on la voit rarement. Durant ce dernier week-end, il y a eu des rumeurs de coup d’État, mais Feyrouz a refusé d’annuler le spectacle. Ma sœur et moi sommes si heureuses. Guerre civile ou pas, c’est peut-être la seule fois que je la verrai » dit Rosine Hajjar, 28 ans, originaire de la Békaa et psychologue. Pour Amal Hachem (29 ans, avocate beyrouthine), «le fait que Feyrouz ait tenu bon est important, car elle est le symbole du Liban. Du Liban en guerre, du Liban en paix et du Liban en révolte. Elle nous fédère.»
Le mot de la fin est réservé à la présidente du Festival international de Baalbeck, May Arida, qui, en voyant la salle se remplir, a dit: «Nous savions qu’il y aurait une certaine peur. C’est hier que nous avons decidé que “the show must go on”. En ces temps difficiles, nous avons besoin de Feyrouz.»
WASHINGTON, d’Irène MOSALLI
Mardi 05 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth