À l’origine de la crise : les relations avec le régime syrien

Non classé
 
 
  À l’origine de la crise : les relations avec le régime syrien
 
 
La crise à laquelle se trouve aujourd’hui confronté le pays ne provient pas du débat suscité autour de la question de majorité-minorité, encore moins sur la question de gouvernement d’union nationale, censé assurer une véritable participation des différents acteurs en présence. De l’avis d’un ancien diplomate, le Liban pâtit d’un seul problème, à savoir celui de ses relations avec son voisin syrien qui n’ont fait que s’aggraver depuis pratiquement le retrait des troupes de Damas. Un camouflet que le régime syrien n’a toujours pas avalé, d’où la série de réactions négatives exprimées par le président Bachar el-Assad, qui a souligné à maintes reprises que la majorité actuellement au pouvoir n’est que temporaire et passagère, signifiant clairement que le Hezbollah finira immanquablement par marquer une victoire politique après son triomphe militaire face à Israël.
Et le diplomate de rappeler les propos du ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, prédisant la discorde et le chaos au Liban, à l’instar de l’Irak.
Par conséquent, précise la source, les tentatives arabes ou internationales seront toutes vouées à l’échec si entre-temps les contacts entre les parties libanaises sont interrompues.
Et de reprendre l’historique de ces contacts, notamment ceux qui ont eu lieu à la table du dialogue engendrant une unanimité sur nombre de dossiers importants.
Autant de décisions qui seront cependant sabotées par la Syrie, qui refuse notamment l’application de certaines résolutions-clés telles que la création du tribunal international, le tracé des frontières dans la région des fermes de Chebaa, la représentation diplomatique entre Beyrouth et Damas et le désarmement des Palestiniens en dehors des camps.
C’est toujours la Syrie qui fera d’ailleurs échouer plus tard, les tentatives pavant la voie à la visite du Premier ministre, Fouad Siniora, à Damas. Par la suite, elle conseillera à ses alliés libanais de refuser l’idée même d’examiner, à la table des concertations, l’épineuse question de la présidence de la République, rappelant que l’actuel chef de l’État, Émile Lahoud, restera en poste jusqu’à la fin de son mandat. Enfin, l’insistance de l’opposition à obtenir le tiers de blocage a achevé de torpiller les chances de trouver une issue à la crise, ce qui a permis ainsi aux alliés de la Syrie au Liban de faire monter les enchères en réclamant non plus un gouvernement d’union nationale, mais carrément un changement de gouvernement, voire d’en désigner un second en parallèle. Certains ont même été jusqu’à demander que Fouad Siniora – dont la tête est réclamée par la Syrie – ne préside plus un éventuel nouveau gouvernement.
Bref, autant de signaux adressés aux médiateurs arabes et internationaux pour leur signifier notamment le désir de Damas qu’un terme soit mis à l’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, ainsi qu’à la création du tribunal international y afférant, ce qui paverait la voie au retour de l’influence syrienne au Liban.
Pour cet ancien diplomate, la seule issue possible passe nécessairement par un compromis avec la Syrie, auquel devrait œuvrer les pays arabes et occidentaux concernés par la situation libanaise, notamment l’Arabie saoudite, l’Égypte, les États-Unis et la France.
Un compromis devrait également être trouvé avec l’Iran car, soutient l’ancien ambassadeur, toute tentative avec des pays autres serait condamnée d’avance à l’échec.
À défaut, l’axe syro-iranien poursuivra l’exécution de son projet dans la région tout en œuvrant à contrer le projet américain. Et si l’axe Damas-Téhéran venait à triompher au Liban, cela préluderait à sa victoire dans l’ensemble de la région, ce qui conduira inéluctablement à une guerre régionale voire internationale, qui se soldera par le démembrement des pays sur des bases confessionnelles et communautaires.
Reste à savoir si les Libanais – toutes tendances confondues – parviendront à s’accorder sur le type de régime qu’ils désirent pour leur pays, et à le préserver de la guerre des axes et des projets prévus dans la région.
Émile KHOURY
Mardi 05 Décembre 2006 | 5:00 | Beyrouth