Futur Président des Kataëb

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Éclairage – On a voulu tuer l’avenir du parti, mais aussi l’interlocuteur de la nouvelle génération, estime Pakradouni
 
 
Pierre Gemayel était destiné à devenir le futur président des Kataëb…
 

 
Le parti Kataëb est totalement sous le choc. Depuis la terrible nouvelle de l’assassinat en plein jour et en pleine rue de cheikh Pierre Amine Gemayel, les membres du parti sont en état second. Au-delà de l’enjeu national de cette terrible perte, pour eux, c’est un coup porté au parti qui n’en finit pas de payer pour les Libanais en général et pour les chrétiens en particulier, puisque son histoire est intimement mêlée à celle du pays depuis l’indépendance.
Le président du parti, Karim Pakradouni, reconnaît que l’assassinat de cheikh Pierre est une catastrophe pour les Kataëb qui commençaient à peine à reprendre leur élan sur la scène chrétienne.
Karim Pakradouni, dont le mandat à la tête du parti expire en 2009 – suite à une réforme des statuts qu’il avait lui-même initiée et qui fixe le mandat du président à quatre ans renouvelables une seule fois – raconte que cheikh Pierre devait être le futur chef du parti. M. Pakradouni révèle ainsi qu’après la période de division entre lui et l’ancien président Amine Gemayel et sur une initiative de Pierre lui-même, qui était convaincu qu’il fallait dépasser les clivages pour réunifier le parti, les ponts avaient été rétablis avec le président Amine Gemayel. Les deux hommes avaient même convenu, au cours d’une longue et franche discussion, de commencer à préparer la relève au sein du parti. Tous deux étaient conscients qu’une nouvelle génération était née, formée de jeunes qui avaient de nouveaux repères et un nouveau langage et il fallait à tout prix trouver un moyen pour communiquer avec eux. Pierre Gemayel avait ce don inné de savoir parler aux autres et de parvenir toujours à trouver un terrain d’entente. Il était jeune, enthousiaste et déterminé, mais il était aussi proche des jeunes, avide de dialogue et toujours prêt à l’action. Pour toutes ces raisons, Amine Gemayel et Karim Pakradouni avaient vu en lui le futur président du parti et traitaient avec lui sur cette base. Selon Me Pakradouni, cheikh Amine était fier de son fils et il lui faisait confiance au sein du parti, où il lui avait laissé les mains totalement libres.

8 000 nouveaux adhérents
En quelques mois d’ailleurs, cheikh Pierre avait réussi à pousser 8 000 jeunes à adhérer au parti. Ce qui avait augmenté le nombre des membres de 22 à 30 000. Un record pour une si courte période. Et cheikh Pierre avait à cœur de parrainer personnellement l’ouverture de nouvelles permanences, tant il était passionné par sa nouvelle mission au sein du parti. D’ailleurs, plus cette mission pouvait être difficile et se heurter à des obstacles divers et plus Pierre Gemayel s’y attachait. Selon Karim Pakradouni, il avait accompli, en quelques mois, un véritable travail de titan sur le plan de la mobilisation des jeunes. Le président du parti n’hésite pas à comparer Pierre Gemayel à son oncle Bachir, assassiné lui aussi au même âge, tant il était actif et dynamique.
C’est donc un futur chef que le parti pleure aujourd’hui, avec d’autant plus de tristesse et de révolte que le parti avait eu, grâce à lui, le sentiment de tourner une nouvelle page et de sortir enfin des années noires où il avait été contraint à rouler au ralenti.
Mais Pierre Gemayel n’était pas seulement l’espoir du parti Kataëb. Il avait sa propre place et son charme particulier qui avait, selon ses proches, conquis cheikh Saad Hariri avec lequel il s’entendait à merveille. Cheikh Pierre avait aussi réussi à avoir de très bons contacts avec les ministres chiites, notamment Trad Hamadé, proche du Hezbollah. Ce dernier raconte ainsi que même lorsque leurs points de vue étaient divergents – ce qui se produisait apparemment souvent – le ton était toujours courtois et Pierre Gemayel savait éviter la rancœur et la rancune.
C’est d’ailleurs une des raisons qui ont poussé le Hezbollah à vouloir à tout prix présenter ses condoléances à la famille du défunt et particulièrement à son père cheikh Amine. Le contact a d’abord été établi avec Karim Pakradouni avec lequel le commandement du parti entretient depuis des années de bonnes relations. M. Pakradouni a sondé l’ancien président qui a aussitôt déclaré être prêt à répondre à cette initiative. C’est ainsi que le secrétaire général du Hezbollah est entré en contact avec cheikh Amine Gemayel, par le biais du téléphone portable de Karim Pakradouni. Apparemment, l’échange était émouvant, les deux hommes ayant évoqué le martyre en général et leurs expériences personnelles en tant que pères de jeunes emportés dans la fleur de l’âge. Mais sayyed Hassan Nasrallah n’a pas voulu que cette initiative s’arrête là. Il a donc profité de cette petite brèche pour envoyer hier à Bickfaya une importante délégation de son parti, présidée par le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, et comprenant les deux ministres Mohammad Fneich et Trad Hamadé ainsi que des cadres du parti. Toutes les mesures avaient d’ailleurs été prises pour que cette visite se déroule dans les meilleures conditions et la délégation du Hezbollah a été accueillie à l’entrée de Bickfaya. Après les condoléances, le président Gemayel a tenu une réunion avec les membres de la délégation, en présence de Karim Pakradouni, et la situation politique a été probablement évoquée, d’autant que le Hezbollah souhaitait remercier le président Gemayel qui, la veille, avait exclu dans une interview à la chaîne al-Jazira une éventuelle implication de cette formation dans l’assassinat de son fils.
Cette visite et l’attitude du président Gemayel et des membres de sa famille contribueront certainement à réduire la tension actuelle, mais il faut encore d’autres initiatives du même genre pour que le climat de dialogue, notamment sur la scène chrétienne, règne de nouveau. Les messieurs bons offices ont du pain sur la planche…

Scarlett HADDAD
Lundi 27 Novembre 2006 | 5:00 | Beyrouth