Ils veulent tuer la jeunesse

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Ils veulent tuer la jeunesse
 
Samir Kassir, 45 ans. Une pensée jeune, en évolution permanente, promue aux sommets ; un aigle abattu en plein envol. Gebran Tuéni, 48 ans. La fougue de ceux qui font l’opinion publique, véritable icône des étudiants, irrémédiablement jeune au fil des années. Pierre Gemayel, 34 ans. Un enfant entré trop tôt dans le monde des adultes, arraché trop tôt aux siens, un cœur joyeux et sincère.
La politique du vide, on connaît. Depuis plus de trente ans, c’est la même technique d’élimination physique des élites politiques qui se poursuit, dans un cycle infernal, ininterrompu, désormais intolérable. Le vide appelle l’instabilité, l’annihilation des élites vise à rompre le contact avec les masses, à les provoquer, les déchaîner, les pousser à réagir instinctivement, les unes contre les autres. En des termes moins scientifiques, et sans détour, on pourrait qualifier cela d’usage de la barbarie, celle des assassins, pour produire de la barbarie, sous-entendu des réactions impulsives, des dérapages dangereux.
Le concept de l’assassinat politique est choquant. Il traduit la faiblesse des Assassins face à ce qu’ils ne peuvent réduire au silence autrement que par la violence. Il est significatif, a contrario, du pouvoir du verbe, de l’irrésistible force de la démocratie et de la liberté.
Mais ce qu’il y a d’encore plus grave, c’est cette volonté évidente chez les Assassins de s’en prendre à l’espoir, de l’étouffer dans l’œuf. Ils veulent tuer l’espoir. Il ne s’agit plus uniquement de s’en prendre aux élites politiques, mais d’empêcher tout renouvellement potentiel de ces élites. En d’autres termes, de liquider physiquement tous ceux qui pourraient un jour assurer la relève. Ces Assassins sont assoiffés de sang. L’esprit de vengeance les aveugle. Cependant, l’objectif est cette fois tout désigné. Par-delà toutes les analyses qu’il est possible de faire de l’assassinat de Pierre Gemayel, il y a une volonté criminelle de s’en prendre à la nouvelle génération, celle dont l’enfance n’a été qu’un long déluge de violence, et qui est appelée maintenant, dès à présent, à diriger le pays, que ce soit au sein de la société civile ou du pouvoir politique stricto sensu.
Par-delà le meurtre de Samir Kassir, Gebran Tuéni ou Pierre Gemayel, c’est, de toute évidence, à la nouvelle catégorie dirigeante que les tueurs ont déclaré la guerre. Il est nécessaire que la communauté internationale et que l’ensemble de la société libanaise, toutes catégories confondues, le sachent. Ce que veulent ces Assassins, ce qu’ils ont toujours voulu, c’est empêcher le Liban d’avoir un avenir, par tous les moyens. Il est temps que ce massacre prenne fin. Il est temps pour les élites libanaises, politiques et civiles, d’avoir d’autres options que l’émigration, ou le martyre, lorsqu’elles ont choisi de rester dans leur pays et de se mettre au service de leur société. Jusqu’à quand la jeunesse de ce pays doit-elle vivre dans le malheur, sacrifiée sur l’autel de la criminalité des régimes despotiques ?
La relève est en danger. Si elle disparaît, le pays disparaît aussi. Ceci est un véritable cri d’alerte. La jeunesse de ce pays a déjà payé un trop lourd tribut. N’acceptons plus de la voir conduite à l’abattoir, de voir les parents pleurer leurs enfants. Cela suffit.
Les Assassins n’arrêteront pas de tuer. Il faut les arrêter.
Michel HAJJI GEORGIOU
Vendredi 24 Novembre 2006 | 5:00 |