La chaleur d’un sourire…

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La chaleur d’un sourire…
 
Il est si difficile d’imaginer Pierre Gemayel mort, tué par les balles de lâches assassins. Il était si jeune, si vivant et si chaleureux. Lancé dans la politique, alors même que son père était encore à l’étranger, il avait su se faire accepter de toutes les parties, assumant avec courage les responsabilités au sein de la famille et tentant une reconquête du parti, à une période où toute la classe politique jugeait cela impensable. Bien que nouveau venu sur la scène, il portait sur les épaules un lourd héritage, mais malgré tout, il n’avait de contentieux avec personne, si ce n’étaient les divergences politiques habituelles. Et quelle que soit la violence de ses propos, il parvenait toujours à effacer d’un sourire toutes les rancœurs qu’il pouvait soulever.
Le sourire, il l’avait large et sincère, avec toujours une pointe d’humour, comme s’il savait malgré tout que les honneurs et les succès, mais aussi les brouilles et les mises en veilleuse, sont éphémères en ce bas monde.
En quelques années, il avait réussi à imposer un nouveau style, décontracté, simple et direct, à son image, et tous ceux qui le rencontraient étaient touchés par sa gentillesse fondamentale et son respect des autres.
Qui a donc pu ne pas déceler toutes ces qualités et décider de l’éliminer ? Ou peut-être est-ce à cause d’elles que cheikh Pierre Gemayel n’est plus aujourd’hui qu’un destin brisé en plein envol. De lui, il restera sans doute beaucoup de choses que le temps se chargera de trier, mais son sourire qui, même dans les séances les plus difficiles du dialogue ou du Conseil des ministres, parvenait toujours à dédramatiser les situations les plus complexes, manquera à tous.
Au-delà des considérations politiques, les Libanais ont le sentiment d’avoir perdu un ami, un de ces jeunes sur lesquels ils misaient pour l’avenir…
Scarlett HADDAD
Jeudi 23 Novembre 2006 | 5:00 | Beyrouth