« Courage en journalisme » : May Chidiac à l’honneur

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« Courage en journalisme » :
May Chidiac à l’honneur
 
La journaliste May Chidiac (photo AFP), victime d’un attentat à la voiture piégée le 25 septembre 2005, a reçu hier le prix « Courage en journalisme » à New York. Elle était l’une des quatre lauréates de ce prix décerné par l’International Women’s Media Foundation. May Chidiac doit rencontrer aujourd’hui à Washington la secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, pour une interview. 

Correspondance de Sylviane ZEHIL

 


 
La présentatrice vedette rencontrera aujourd’hui Condoleezza Rice à Washington

Le prix du « Courage en journalisme » décerné à May Chidiac et à trois autres lauréates

«Je me souviens encore de chaque détail de l’explosion qui a failli me tuer, la déflagration, la chaleur de la fumée, le goût du sang dans la bouche. En ce jour particulier, quelques criminels avaient décidé de m’éliminer de sang-froid, mais j’ai survécu, et ce n’est un secret pour personne que ma survie relève du miracle. Les paroles prononcées par un officier syrien, “Je boirai de votre sang”, resteront à jamais gravées dans ma mémoire. » C’est ainsi que May Chidiac s’est adressée, d’une voix forte et assurée, à une audience émue venue l’applaudir et la soutenir, lors de la grande cérémonie annuelle de remise du prix « Courage en journalisme » organisée mardi à l’hôtel Waldorf Astoria par l’International Women’s Media Foundation (IWMF). Elle doit rencontrer la secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, pour une interview aujourd’hui à Washington.

Symbole de la liberté d’expression, du courage et de la détermination dans l’exercice de son métier, May Chidiac, journaliste à la LBCI âgée de 43 ans, gravement blessée lors d’un attentat à la voiture piégée le 25 septembre 2005, est une des quatre lauréates à recevoir ce prix. Les trois autres sont Jill Caroll (28 ans), journaliste au Christian Science Monitor, attaquée en Irak en janvier dernier avec son chauffeur et son interprète, et relâchée en mars, Gao Yu (62 ans), journaliste chinoise condamnée en 1993 à six ans de prison « pour divulgation de secrets d’État », relâchée en mars 1999, et la célèbre journaliste et écrivaine franco-mexicaine de 74 ans, Elena Poniatowska Amor.

Ci-contre (de gauche à droite): May Chidiac du Liban, Jill Carroll des Etats-Unis, Elena Poniatowska du Mexique et Gao Yu de Chine.

Dans son discours, May Chidiac s’est dit prête à poursuivre son travail, malgré tous les obstacles qui pourraient se dresser devant elle, « pour un Liban démocratique et libre ». S’inspirant des fameuses paroles du président Kennedy et évoquant ses nombreuses souffrances, elle s’est déclarée « encore menacée », assurant qu’elle allait poursuivre son combat en exerçant sa profession « sans peur et prête à faire face à n’importe quel danger ».

Abordant des sujets politiques, May Chidiac a décrit la situation au Liban et les périls qui le guettent encore. Rappelant qu’« en journalisme, le courage est de parler fort, de prendre des risques », elle a évoqué la mort « affreuse » de Samir Kassir et de Gebran Tueni, ainsi que l’attentat sans précédent contre une femme, celui qui l’a visée. « Ils avaient peur de notre influence sur la jeunesse », a-t-elle déclaré. Le problème, a-t-elle poursuivi, est que le « tueur en série est toujours en fuite, son but étant de saper notre détermination à créer un tribunal international pour juger les responsables des crimes contre nos leaders et contre les journalistes d’opinions, y compris moi-même, d’anéantir notre espoir de réaliser la justice et de créer une vraie démocratie dans un Liban multiconfessionnel, vivant en paix, dans la prospérité et l’égalité, régi par de nouvelles lois ».

Sortir le Liban de « la gueule du loup »
Évoquant les rumeurs qui courent au sujet du rapport Brammertz, qui, en n’indiquant pas de noms, ouvrirait la voie à des « compromis pour sauver certaines personnes et certains régimes », la journaliste s’est déclarée inquiète pour sa famille et les familles des victimes du 14 Mars, qui comptent sur ce rapport. Par ailleurs, elle a suggéré de trouver une solution au problème des fermes de Chebaa (toujours occupées par Israël) en les mettant « sous tutelle onusienne », en vue d’enlever, selon elle, tout prétexte à « la présence armée de la Résistance » au Liban-Sud. Elle a conclu en condamnant fermement l’agression israélienne contre le Liban, évoquant les 1 200 victimes de cette guerre et considérant que les souffrances de leurs familles lui rappelaient son propre calvaire.
May Chidiac a plaidé pour le peuple libanais « blessé » qui « a besoin de soutien ». Et d’ajouter : « Nous apprécions ce que fait la communauté internationale, les résolutions du Conseil de sécurité et la Finul renforcée. Mais nous nous trouvons dans la gueule du loup. Nous avons vraiment besoin d’aide pour nous en sortir. »

Un programme chargé attendait May Chidiac aux États-Unis. Après New York, elle s’est rendue à Washington puis à Los Angeles. À New York, elle a pris part à des débats organisés à la Columbia University Graduate School of Journalism et à la National Geographic Society, puis a rencontré les membres du Comité pour la protection des journalistes. Par ailleurs, elle a été invitée à un banquet offert par la Bank of America. Lors d’un entretien accordé à L’Orient-Le Jour dans sa chambre d’hôtel, May Chidiac a indiqué qu’elle avait transmis un message aux Libanais de la diaspora, celui de « l’importance de l’attachement au Liban ». « Il ne faut pas considérer que c’est un pays où on ne peut pas vivre, a-t-elle plaidé. Le Liban n’est pas un hôtel. Il n’est pas donné à tout le monde d’accepter de faire des sacrifices pour son pays. C’est une période critique et les choses finiront bien par s’améliorer. » « J’ai demandé aux Libanais de la diaspora d’utiliser tous leurs contacts pour essayer d’influencer leurs leaders », a-t-elle également confié.

À signaler que la fondation qui a organisé cette remise de prix, la IWMF, a pour devise : « Pas de liberté de la presse sans une participation égale des femmes ». Fondée en 1990, l’IWMF a mis au point des programmes pour aider les femmes journalistes à trouver des solutions pratiques qui leur permettraient de faire face aux obstacles professionnels. Le prix « Courage en journalisme » honore avant tout les femmes journalistes qui luttent pour la liberté de la presse à travers le monde. La plupart des lauréates ont souffert de violences sexuelles, de harcèlements, de menaces de mort. L’IWMF a en outre mis sur pied de nombreux programmes de formation et décerné des prix à des journalistes du monde entier.

New York, de Sylviane ZEHIL

Source: L’Orient Le Jour
Jeudi 26 Octobre 2006 | 5:00 | Beyrouth