Assassinat d’une journaliste russe

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Anna Politkovskaïa assassinée, la liberté de la presse en danger
 
Elle était l’une des plus fortes, sinon la plus forte, voix dissonante dans la Russie de Vladimir Poutine. Des tortures perpétrées en Tchétchénie par les forces russes ou par les miliciens du Premier ministre prorusse, Ramzan Kadyrov, aux violences au sein de l’armée russe, en passant par la personne même du maître du Kremlin, Anna Politkovskaïa n’avait pas de ligne rouge dans son combat pour les droits de l’homme. Ce combat, elle l’a payé de sa vie. Samedi, son corps criblé de balles a été retrouvé dans l’ascenseur de son immeuble. Cet assassinat a suscité, sur la scène internationale, une vague d’inquiétude pour la liberté de la presse en Russie ainsi que de vives condamnations, alors que le président Poutine n’avait toujours fait aucun commentaire hier soir.

Informations et article d’Émilie SUEUR

 


 
La journaliste russe était célèbre pour sa couverture très critique de la guerre en Tchétchénie
 
Émotion et indignation dans le monde après le meurtre d’Anna Politkovskaïa
 
Le meurtre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, célèbre pour sa couverture très critique de la guerre en Tchétchénie, a suscité indignation et émotion hier en Russie et dans le monde.
Des États-Unis au Conseil de l’Europe, nombre de responsables occidentaux se sont associés aux journalistes et défenseurs des droits de l’homme pour condamner l’assassinat de la journaliste indépendante samedi à Moscou. « Nous perdons une voix forte, de celles qui sont nécessaires dans toute démocratie authentique », a déclaré le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Terry Davis, alors que la Russie préside actuellement cette instance.

Mémorial improvisé à Moscou
En Russie, l’assassinat de la journaliste, dont les obsèques auront lieu demain, faisait la une hier des journaux télévisés. L’élite au pouvoir, à commencer par le président Vladimir Poutine, n’avait toujours pas réagi en revanche 24 heures après le meurtre. En milieu de journée, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées place Pouchkine, au centre de Moscou, une affluence notable dans un pays où les manifestations à l’appel des défenseurs des droits de l’homme réunissent rarement plus de quelques dizaines de personnes.
La manifestation, initialement organisée pour dénoncer la campagne contre les Géorgiens de Russie, a tourné au rassemblement en mémoire de la journaliste. « Le Kremlin a tué la liberté de parole », « Poutine, tu répondras de tout », pouvait-on lire sur les pancartes, tandis qu’un mémorial improvisé, avec fleurs, bougies et icônes, était dressé au pied d’un réverbère. « Son œuvre doit être poursuivie. Il faut que les journalistes suivent son exemple. Elle a vécu héroïquement et elle est morte héroïquement », a lancé la présidente du groupe Helsinki de Moscou, Lioudmila Alexeeva, la voix brisée par l’émotion. « Je croyais que nous vivions désormais dans un pays différent, mais nous sommes revenus vingt ans en arrière », a déploré Marina, 26 ans, traductrice.
Anna Politkovskaïa, 48 ans, a été tuée alors qu’elle sortait de l’ascenseur de son immeuble pour aller faire les courses dans sa voiture. Son meurtrier l’a visée à la poitrine avant de l’achever d’une balle dans la tête, ont rapporté les agences russes en citant des sources policières. Il a abandonné son pistolet Makarov sur place. La police a diffusé des images vidéo du suspect, le visage dissimulé par une casquette, sortant de l’immeuble.

« Un meurtre politique »
Pour beaucoup, le meurtre de la journaliste qui dénonçait les exactions en Tchétchénie, ainsi que la corruption et les atteintes aux droits de l’homme dans la Russie de Vladimir Poutine, ne peut être que lié à ses activités professionnelles. « Ce crime ne peut être que politique. Elle ne s’occupait pas de business, elle était désintéressée », relève Mme Alexeeva.

Un article de Politkovskaïa attendu aujourd’hui
La journaliste, qui travaillait pour le bihebdomadaire Novaïa Gazeta, préparait un article sur la torture en Tchétchénie. « Nous attendions un article pour l’édition de lundi (aujourd’hui). Elle devait l’écrire et l’avait peut-être déjà écrit », a précisé à la télévision NTV Vitali Iarochevski, rédacteur en chef adjoint de Novaïa Gazeta. Selon Dimitri Mouratov, le rédacteur en chef du journal, la journaliste « avait aussi des photographies très importantes montrant tout cela ». « Nous avons certaines de ses notes et nous allons bien sûr en publier une partie », a-t-il ajouté.
Récompensée par de nombreux prix à l’étranger, Anna Politkovskaïa avait publié plusieurs livres, dont Voyage en enfer. Journal de Tchétchénie et La Russie de Poutine. Elle est la 42e journaliste tuée en Russie depuis l’effondrement de l’URSS et la 12e depuis l’arrivée de M. Poutine au pouvoir en 2000, selon le Comité pour la protection des journalistes.

 
Lundi 09 Octobre 2006 | 5:00 | Beyrouth