Siniora: Je suis le 1er ministre pour tous les libanais

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Parmi ceux qui appellent à un changement de cabinet, certains font des « calculs mesquins », affirme Berry
 
La force tranquille de Siniora :
Le gouvernement reste et compte bien regarder vers l’avenir
 
Romano Prodi en visite à Beyrouth les 10 et 11 octobre Peretz met en garde le Hezbollah contre des « provocations »
 
Pour sa troisième conférence de presse depuis le 12 juillet, entre deux chiffres, témoins de l’ampleur de la catastrophe qui a touché le Liban aussi bien que du sérieux et de la détermination de son gouvernement à l’endiguer, le Premier ministre a choisi la force tranquille. « Nous devons cesser de douter les uns des autres », a dit Fouad Siniora, insistant sur le fait que la 1701, tout comme le rôle de l’armée au Sud, sont « on ne peut plus clairs ». Pour lui, la résolution onusienne « n’a rien à cacher » ; quant à la troupe, elle « ne s’opposera pas au Hezbollah, elle est chargée de protéger le Liban. Que l’on cesse de fantasmer », a-t-il souligné.
Fouad Siniora, qui rencontrera en début de semaine son homologue italien Romano Prodi, en visite au Liban les 10 et 11 octobre, a également insisté sur le fait que son gouvernement ne partira pas, et qu’il n’entend absolument pas regarder derrière lui, mais vers l’avenir : « Je refuse de perdre mon temps à regarder derrière, à m’accrocher au passé, sauf pour en tirer les leçons qui s’imposent », a-t-il affirmé, particulièrement serein. Et il semble pouvoir compter sur l’appui de Nabih Berry, qui a déclaré hier que parmi ceux qui appellent à un changement de cabinet, certains le font à partir de « calculs mesquins ».
Pendant ce temps, de l’autre côté de la ligne bleue, Israël continue de se débattre dans les répercussions internes de la guerre de juillet, et son ministre de la Défense, Amir Peretz, a jugé bon de mettre fermement en garde le Hezbollah contre d’éventuelles « provocations ».
 


 
Troisième conférence de presse du PM axée sur les modalités de règlement des indemnisations pour les habitations détruites
 
Siniora : La 1701 et le rôle de l’armée sont on ne peut plus clairs ; que l’on cesse de douter les uns des autres…
 
Fouad Siniora a tenu hier une conférence de presse axée sur les modalités de règlement des indemnisations des habitations détruites ou endommagées durant la guerre de juillet – à l’exclusion de la zone résidentielle de la banlieue sud. Et il en a naturellement profité pour rappeler une série de credo politiques : « La 1701 est on ne peut plus claire, et elle ne cache rien » ; « on doit cesser de douter les uns des autres » ; « renforcer l’armée est une revendication nationale, absolument pas destinée à faire face à la Résistance, et sa mission au Sud consiste à protéger le pays d’Israël et à confisquer toute arme qui ne soit pas la sienne » ; « le gouvernement ne changera pas », etc. Fouad Siniora a également insisté sur le fait qu’il refuse de perdre son temps en regardant derrière, en s’accrochant au passé, « sauf pour en tirer les leçons qui s’imposent », tout en assurant que ses relations avec le Hezbollah « ne sont pas crispées » et que des contacts ont lieu entre lui et le directoire du parti.
Le Premier ministre a entamé sa (troisième) conférence de presse en évoquant le cas spécial de la banlieue sud, sur laquelle se penche, « de façon régulière », une commission pluridisciplinaire, composée de toutes les parties, et qui a déjà « enregistré des progrès notables dans son travail consistant à mettre en œuvre une vision globale pour la reconstruction » de la banlieue. Cette vision, a révélé Fouad Siniora, laisserait aux propriétaires et aux ayants droit la latitude de reconstruire après définition du montant des indemnités qui leur sont dues ; quant à l’État, il se chargerait de reconstruire l’infrastructure, en y introduisant des changements destinés à combler certaines lacunes : désengorger la banlieue et en finir avec les embouteillages monstres, multiplier les parkings, les jardins et les espaces verts, et pallier le manque d’écoles publiques dans la zone.
Fouad Siniora s’est ensuite attaqué au reste, en insistant sur l’ampleur de la catastrophe, et rappelé que le gouvernement, après avoir mené la bataille diplomatico-politique, s’est employé, une fois que les hostilités ont cessé, à lever le blocus et à permettre à la vie de reprendre ses droits. « Nous sommes en train d’approfondir toutes les propositions et tous les mécanismes concernant les aides à apporter aux secteurs industriel, agricole et commercial », a-t-il souligné, rappelant aussi, à titre d’exemple, que le gouvernement avait demandé aux pays amis, dès les premiers jours de la trêve, de l’aide pour la construction des ponts provisoires (six ont d’ailleurs déjà été édifiés par la France et un par le Royaume-Uni, qui va se charger de deux autres, tandis que la Russie va en bâtir six aussi). « J’ai parlé des ponts pour bien faire comprendre qu’il n’est pas facile de reconstruire, dans le laps de temps souhaité, tout ce qu’Israël a détruit », a dit le PM, précisant que sur les 92 ponts détruits, 68 seront reconstruits grâce à des dons privés, et qu’il en reste 24 qui attendent leurs bienfaiteurs.
Fouad Siniora a évoqué également les bombes à fragmentation, dont le nombre s’élève à un million, et dont le désamorçage ressemble à un travail d’Hercule. Le PM en a profité pour remercier tous les pays amis, à commencer par les Émirats arabes unis, qui ont décidé d’aider le Liban (et son armée, qui, selon le général Pellegrini cité par le chef du gouvernement, désactive 800 bombes par jour) à se débarrasser de ce fléau.
Les routes, ensuite. Fouad Siniora a ainsi indiqué que le ministère des Travaux publics a pris en charge la réhabilitation de 151 voies terrestres, avant d’évoquer l’aéroport Rafic Hariri et les efforts de l’Aviation civile pour réhabiliter tous les tarmacs et pistes d’atterrissage détruits ou endommagés. Et au sujet de l’énergie, il a affirmé que deux unités électriques sur cinq fonctionnent de nouveau à la centrale de Jiyeh ; quant à la distribution, elle est pratiquement entièrement réhabilitée. Idem pour les 10 centraux de télécommunications détruits par Israël, en cours de reconstruction, et 47 des 58 centraux du Sud qui sont en outre réparés. Et concernant les lignes téléphoniques, 60 % de ce qui a été endommagé au Sud est réparé, 30 % dans la banlieue et 80 % dans la Békaa.

La transparence
« Je donne de petits exemples pour témoigner réellement de l’ampleur de la catastrophe et l’importance des difficultés », a répété le PM, « mais laissez-moi vous dire que notre détermination et notre implication resteront intactes. Tout ce que nous souhaitons, c’est la compréhension des citoyens ; ces derniers exigent un retour immédiat à la normale, c’est leur droit, et nous faisons tout pour ne pas les décevoir, aussi intenses que soient les campagnes d’insultes et de mises en doute… Cela est notre devoir, et nous tenons à assumer toutes nos responsabilités, et nous ne voulons, en retour, que la quiétude du citoyen et l’assurance d’éviter au pays de pareilles expériences. La leçon à tirer est la suivante : que ce qui s’est passé ne se répète pas ; ce qui s’est passé doit être la dernière occupation de notre territoire », a martelé Fouad Siniora, « persuadé que tout le monde partagera » cette vision des choses.
Reconnaissant des manques au niveau des secours et de la reconstruction, « comme cela se passe dans tous les pays touchés de plein fouet par la catastrophe », le PM a tenu à citer David Shearer, le commissaire onusien chargé des opérations de secours, qui avait fait part de son admiration après avoir constaté, en comparant avec d’autres pays ayant vécu de telles situations, à quelle vitesse le Liban réapprenait la vie, entreprenait de reconstruire ; à quelle vitesse les secours étaient offerts. Fouad Siniora a affirmé à ce sujet que le Haut Comité de secours n’a reçu que 10 % des dons envoyés au Liban (le reste a été réparti entre différentes ONG et associations civiles), et qu’il rendra public, dans les jours à venir, un rapport sur tout ce qu’il a reçu et sur l’itinéraire complet de ces aides.
Évoquant ensuite le mécanisme lié aux dons et que le gouvernement a mis en place à l’intention des pays ou des individus désireux de donner pour la reconstruction du pays, le PM a insisté sur l’importance de la transparence, la clarté et la crédibilité de ce mécanisme, le tout transitant par la Banque centrale. « Par exemple : l’argent offert par les Émirats arabes unis a été placé sur un compte au nom du Haut Comité de secours – aides de l’État des EAU, et ce compte est géré par ce dernier qui a donné procuration à des gens qu’il a lui-même nommés », a expliqué Fouad Siniora.
Concernant la reconstruction sous parrainage de l’État, le PM a dressé une liste des pays bénévoles et de leurs intentions d’aide. Ainsi, l’Arabie saoudite s’est engagée à reconstruire 29 villes, villages ou bourgades (dont Baalbeck, Nabatiyeh, Tyr, Marjeyoun, Deir Mimass, Marouahine, Wazzani, Saida…) ; le Koweit 21 (dont Houla, Alma el-Chaab, etc.) ; le Qatar 4 (dont Bint-Jbeil et Khiam) ; les Émirats 18 ; la Jordanie 7 ; l’Égypte 7 ; l’Espagne 5 ; la Syrie 3 ; le Yémen 1 et Bahreïn 1.

Stop aux fantasmes
Puis le chef du gouvernement a répondu aux questions des journalistes ; et il en a profité pour rappeler les antiennes de son équipe. Pressé de commenter le dernier rapport de la Finul, qui indique que la force onusienne a le droit d’utiliser la force même si ce n’est pas de la légitime défense, Fouad Siniora a répondu que la 1701 est on ne peut plus « claire, et qu’il n’existe rien de caché ». « Que l’on cesse de douter les uns des autres », a-t-il demandé, soulignant, en réponse à une autre question, que ceux qui fantasment sur l’armée face au Hezb « sont dans la plus grande erreur ». « Nous souhaitons renforcer l’armée à tous les niveaux, la moderniser, c’est une revendication nationale, et rien n’est fait dans les chambres noires, tout est demandé et débattu sur tous les toits », a-t-il ajouté.
Le PM a d’ailleurs martelé que l’armée « ne s’opposera à personne, elle est l’armée de tous les Libanais, chargée de protéger le Liban de n’importe quelle agression israélienne, alors que l’on cesse d’inventer des histoires et de fantasmer sur des combats chimériques ». Et d’ajouter : « Les soldats de l’armée ne traiteront pas avec les nobles combattants du Hezb, qui se sont sacrifiés pour le Liban, comme s’ils étaient des brigands de grand chemin, mais en tant que citoyens à part entière. Sauf que ces soldats ont le devoir d’interdire l’exhibition d’armes, et toute arme découverte sera confisquée. L’armée n’est pas en excursion au Sud, elle y est pour rester », a-t-il résumé.
Interrogé ensuite sur la campagne contre son gouvernement, Fouad Siniora a « objectivement » défendu son équipe en rappelant qu’elle a préservé l’unité nationale pendant la guerre de juillet, et qu’elle a défini les fameux sept points ayant pavé la voie à l’adoption de la 1701, amendée grâce à sa ténacité, et à l’arrêt des hostilités. Rendant hommage à la solidarité de Nabih Berry, Fouad Siniora a également rappelé que c’est ce gouvernement qui a réussi à envoyer l’armée au Sud après 35 ans d’absence, qui a obtenu le retrait d’Israël, et qui n’a pas épargné le moindre effort pour obtenir toute l’aide possible en faveur du Liban. Il a en outre explicité dans le détail toutes les propositions d’aide faites par l’Iran, précisant, en réponse à une question portant sur des rumeurs selon lesquelles le gouvernement a refusé le soutien iranien, qu’elles ont toutes été acceptées.
Prié ensuite de commenter la dernière déclaration du général Michel Aoun, qui avait qualifié son équipe de « gouvernement de la mafia », Fouad Siniora a répondu : « Personnellement, cela ne me dérange absolument pas ; que celui qui souhaite ouvrir des dossiers n’hésite pas à le faire. Moi, ce qui m’importe, c’est de ne pas perdre mon temps à regarder derrière, sauf pour en tirer les leçons qui s’imposent. Je regarde devant moi, et le Libanais ne veut pas vivre entouré d’illusions et de fantômes ; il veut reconstruire son pays, y élever ses enfants », a-t-il dit, promettant aux Libanais qu’ils vont vivre en paix, sachant que « Dieu ne peut nous aider que si nous nous aidons nous-mêmes ».

 
Vendredi 06 Octobre 2006 | 5:00 | Beyrouth